dimanche 26 juillet 2026

Le complexe de Jésus-Christ (DTRH16)

 (7 juillet 2025) Le rabbithole de la def du rabbithole

Ça fait plus d’un an déjà que je suis tombé dans ce rabbithole de l’enfer. À aucun moment je ne me suis demandé comment diable j’en sortirai et ce n’est que lorsque le tunnel a plongé d’un coup et moi avec lui que je me suis rendu compte que j’étais baisé. Ce foutu trou était si profond que je suis tombé bien bas, si bas qu’aujourd’hui, je n’en suis toujours pas tout à fait remis, ni tout à fait sorti. Et comme je n’y comprend pas grand chose, encore aujourd’hui, à ce que j’ai découvert dans ce monde qui ne recèle aucune merveille, mais bien nombre d’horreurs, je fais ce que je fais toujours quand je suis perdu et que je ne comprends rien à rien : je m’arrête, je réfléchis. Et c'est pas triste.

Et je plonge dans cet autre rabbithole qu’est … la définition du rabbithole. Parce que oui, je reprends tout depuis le début, vu que je réessaye d’écrire des vidéos (EDIT : pour la cinquième fois de suite, ce projet a été abandonné) pour synthétiser tout ça et y voir plus clair. Du coup : c’est quoi un rabbithole ?
Ce qu’est un rabbithole, c’est jamais la question. Comme tout sur internet, ce terme de jargon a moins de sens que d’usages : c’est que les internautes sont des pragmatistes malgré eux. Pour eux, rabbithole, ça recouvre tout ce qu’ils peuvent en dire sans que personne ne leur tombe dessus. L’expression renvoie ainsi à l’ensemble des discours efficaces tenus sur les rabbitholes, ce qui peut amener à une dispersion de sa signification, mais cette dispersion n’est rien tant que tout le monde se comprend et accepte ce qui se dit. Et peu importe qu’ils s’entre-tueraient si, au delà de cet accord unanime, ils cherchaient à définir précisément la chose.

Or, définir précisément la chose, c’est justement ce que je me propose de faire. Mettez ça sur mon complexe de Jésus-Christ.

Comme je l’ai dit, pour ne pas me faire crucifier sur place, il faudrait que je recense l’ensemble des usages de l’expression sur le net, que je les classe, que je dise : voilà ce que c’est. Personne n’apprendrait rien et de toute façon j’ai trop la flemme pour me lancer dans ce travail d’archiviste. Je vais plutôt prendre le risque de proposer une analyse conceptuelle du rabbithole entendue comme un certain type d’expérience que nous avons tous vécue sur le net. Ça n’en sera pas moins un calvaire, mais ce calvaire éclairera peut-être son monde.

Et en parlant d’éclairer le monde : vous savez de quand elle date, cette satanée expression ?


White Rabbit


Chercher quelle est l’origine de l’expression est un rabbithole en soi. Alors, bien évidemment, l’expression apparaît en 1865, quand Lewis Carroll publie Alice au pays des merveilles. Mais, là, l’expression n’est pas une expression : Alice tombe littéralement dans un terrier de lapin pour se retrouver dans un autre monde. Moi, ce que je veux savoir, c’est depuis quand on s’inspire du livre de Lewis Carroll pour évoquer une expérience tout autre. Je pensais, vu que c’est une expression qui tourne sur le web, qu’elle était née sur le web. Je ne lui donnais donc pas plus de 30 ans. Et l’expression est partout en effet, et ce depuis le début du web. Impossible, pour moi en tout cas, de retrouver une toute première occurrence. Bonne chance à qui voudrait combler les trous.

J’en ai cependant trouvées pas mal, pas toujours pourtant dans le sens où on l’utilise aujourd’hui ; une des références les plus anciennes que j’ai trouvée est … un groupe consacré au body art. Pas ce que je cherche. Avec la page TVTropes créée en 2009 on s’en rapproche, mais ce n’est pas ça non plus. On est là sur une analyse d’un schéma narratif, type Matrix. On s’en approche plus encore avec cette tentative d’explication, qui date de 2009, bien insatisfaisante. J’espère faire bien plus. Et mieux.

Je suis plutôt content d’avoir trouvé cette description enthousiaste de Minecraft comme rabbithole, mise en ligne le 30 novembre 2010. Cette même année, on rêvait rabbitholes dans la lune. Je m’arrête cependant sur ce vieux post tumblr daté du 15 juillet 2000 :

« Banjo-Kazooie actually has a very fascinating history to it regarding what the project for the game that ended up becoming Banjo-Kazooie in its final iteration began as, and all the tribulations and changes Rareware went through (such as a change of platform from SNES to N64 mid-development) before settling on making the game as we know it today. Look up « Project Dream » and go down the rabbit hole of how Boy And Dog became Bear And Bird – it’s well worth it! »

Je m’arrête là. J’ai ce qu’il me faut. Un texte mis en ligne il y a tellement longtemps que son auteur a peut-être bien oublié l’existence de ce Tumblr, avec l’expression que je traque, qui dit ce que tout le monde comprend immédiatement : le développement du jeu Banjo et Kazooie a été un tel chaos qu’il y a des dingueries à découvrir en creusant un peu. Et il nous dit même qui a creusé. Et ce n’est même pas l’occurrence la plus vieille. J’en veux pour preuve cet article de Slate sur l’affaire Lewinsky, publié le 13 février 1998 :

« Since leaks became a big issue in the Clinton sex scandal, the whole affair has taken on a surreal Alice in Wonderland quality. (…) We slipped down the rabbit hole Feb. 6, when the New York Times reported that the president’s secretary, Betty Currie, had, while testifying to a grand jury, contradicted Clinton’s sworn testimony about his relationship with Monica Lewinsky. »

Attend, quoi ? Lewinsky, c’est un rabbithole ? Pas l’affaire en soi, mais, visiblement, le fait que le journalisme s’appuie sur des fuites anonymes. Ça en fait vriller certains faut croire, plus que le fait que la principale fuite vienne de la braguette présidentielle. Moi je veux bien, mon rabbithole à moi, c’est une citation de merde, alors je suis prêt à tout accepter. Faut quand-même dire : ça surprend. J’avais tendance à croire que les rabbitholes, c’étaient surtout des phénomènes internets : ARG, sites douteux, discussions sur des messageboards, mods de doom, vidéos sur youtube, je remarque que les exemples que je trouve concernent tous autre chose. Le scandale Clinton quoi, c’est un peu le dernier truc que j’aurai appelé un rabbithole. Même en connaissant la définition scabreuse du terme. Alors du coup, si le moindre scandale d’État est un rabbithole, vu que des scandales d’État y en a un un peu à chaque présidence dans chaque pays, ptet que ça dépasse le web ce que je traque. Que si l’expression y est partout depuis le début, ce n’est pas parce que l’expression est née sur le web, dès le début du web, mais parce qu’elle lui préexiste, et les internautes s’en sont simplement emparé, voyant bien que brancher son modem et ouvrir la page du navigateur, c’était plonger dans un rabbithole cher à te ruiner un bourgeois à l’issue duquel on ne savait pas quelle scène loufoque, quel personnage burlesque on allait rencontrer. Bon si, on savait : un prédateur sexuel. Mais on ne savait pas sous quel déguisement il se présenterait, madhatter_02 ou Cheshirecat_du_88, et ça, ça faisait tout le charme de l’expérience.

L’avantage, c’est que pour prolonger l’enquête, je n’ai pas à changer de méthode, juste d’onglet. Je passe de google à google books et oh surprise, « le sol s’abaisse brusquement, si brusquement qu’avant d’avoir pu songer à m’arrêter, je m’aperçois que je tombe dans un puits très profond ».

Oh super, encore un ….


Plus bas, encore plus bas, toujours plus bas

Là encore je trouve des trucs. Des trucs pas encore trop vieux, mais ça viendra.

Un premier indice m’est donné par le Merriam Webster Dictionnary of allusions, publié en 1999, qui consacre une entrée, moins choquante que celle-là, à l’expression « down the rabbithole », mais plus intéressante :

« Down the rabbit hole » Into a bizarre, surreal or strange situation, episode or series of events. The phrase is the heading of Chapter One of Alice’s Adventures in Wonderland, the 1865 classic of Lewis Carroll. Alice’s adventures begin when she follows the White Rabbit down a large rabbit hole, « never once considering how in the world she was to get out again ».
She follows the hole like a tunnel for some way, and then suddenly falls down what seems like a very deep well. The descent is slow enough for her to see pictures, bookshelves and cupboards along the sides. After a long, slow drift downward she suddenly lands at the bottom and her peculiar adventures begin in earnest.

The term in use, by William Plummer in People, July 29, 1991 :
For 10 years, virtually since that night at Little Joe’s when he fell down the rabbit hole of cocaine addiction, Steve Howe has been trying to regain the ground he held with the Dodgers in the early ’80s, when he was one of the top relievers in the game.
And by James Ridgeway in the Village voice, October 15, 1991 :
Like any investigationve reporter disappearing down the rabbit hole of Iran-contra or the OCTOBER SURPRISE, Danny Casolaro had entered a world of shadowy grudges and wispy suspicions that are often difficult to follow, much less prove.
Also, from the New York Times Book Review, May 8, 1988, in a review of What they owed to the scandal sheets by Justin Kaplan :
He probes a strain of pre-Civil War popular litterature and culture he calls « subversive », as distinguished from the genteel, conventional and conformist. He shows the subvertive to have been a nurturing subsoil for the major writers, and, farther down the rabbit hole, an underworld of eroticism, bizarre fantasy and radical impulse that disturbed and darkened their imaginations.

Je traduis ce long morceau avec lequel perso je ne jouerai pas les lapins :

« Tomber dans le rabbithole », dans une situation, un épisode ou une série d’événements bizarres, surréalistes ou étranges. La phrase est le titre du premier chapitre d’Alice au pays des merveilles, le classique de 1865 de Lewis Carroll. Les aventures d’Alice commencent quand elle poursuit le Lapin Blanc jusque dans un large terrier de lapin, « sans se demander une seule fois comment diable elle pourrait bien en sortir ».
Elle continue dans ce trou comme dans un tunnel pendant un moment, et tombe d’un coup dans ce qui semble être un puits incroyablement profond. La chute est si lente qu’elle a le temps de regarder les images, les étagères et les buffets qui longent les parois. Après une longue chute elle tombe soudain au fond et c’est alors que son étrange aventure commence vraiment

J’aime bien l’idée d’avoir un livre pour m’expliquer les allusions culturelles qui m’échappent. Mais j’aurai trop peur d’avoir l’air bête au milieu de la conversation à feuilleter les pages pendant que les autres rient.

Je poursuis :

« L’expression est utilisée par William Plummer dans un article de People, du 29 juin 1991 :
Pendant 10 ans, pratiquement depuis cette nuit au Little Joe’s quand il tomba dans le rabbithole de l’addiction à la cocaïne, Steve Howe s’est efforcé de retrouver le niveau qu’il avait atteint avec les Dodgers au début des années 80′, quand il était un des meilleurs releveurs du circuit. »

Là y a une blague à faire entre le terrier du lapin blanc et ses narines, mais elle ne me vient pas. Je préfère poursuivre :

« Et par James Ridgeway dans le Village Voice du 15 octobre 1991 :
Comme n’importe quel journaliste d’investigation avalé par le rabbithole du scandale Iran-contra et de la SURPRISE D’OCTOBRE, Danny Casolaro est entré dans un monde de rancunes tacites et de suspicions larvées qu’il est souvent difficile de remonter, et plus encore de prouver.
Aussi, tiré du New York Times Book Review du 8 mai 1988, dans une critique de What they owed to the scandal sheets de Justin Kaplan :
Il explore un courant de la littérature et de la culture d’avant la Guerre Civile qu’il appelle « subversif », pour le distinguer du courant conformiste plus gentillet et respectueux des conventions. Il montre que le courant subversif a été un terreau fertile pour les plus grands écrivains et, s’aventurant plus loin dans le rabbithole, il y a trouvé tout un monde clandestin d’érotisme, de fantaisie bizarre et de pulsions violentes qui bouleversaient leur imagination et la rendait plus sombre. »

Bien bien bien, on a la drogue, sans passer par le Jefferson Airplaine, l’enquête dans laquelle on s’embourbe et nous laisse avec nos doutes, et tout un monde de découvertes tordues. Rien n’a changé en 30 ans, c’était internet déjà, sans les claviers. Et de 1999, date d’édition du dictionnaire, on remonte 10 ans plus loin, en 1988.
Peut-on descendre plus bas ?

On le peut. Mais d’abord, parce que la chute est lente et que j’ai le temps de feuilleter les livres sur les étagères alentour, j’aimerai évoquer rapidement le livre de 1996, Handwriting in America, a cultural history deTamara Plakins Thornton. Parce qu’elle dit là-dedans un truc qui est très proche du sens qu’on entend aujourd’hui donner à l’expression. Elle n’avait pas prévu d’étudier l’écriture manuscrite. Tu m’étonnes. C’est arrivé par accident, quand elle a trouvé un manuel du XVIIIe siècle qui conseillait aux marchants d’adopter une calligraphie qui traduise les valeurs et les qualités d’un bon marchant. L’autrice découvre que l’écriture n’est pas le reflet de la personnalité, comme elle le croyait, mais qu’il y a tout un monde dans lequel l’écriture manuscrite se contrefait. Le fake it till you make it des premiers coachs en auto-entreprise en somme. Et c’est comme ça qu’elle tombe dans le rabbithole et se lance dans sa drôle d’enquête. Image à l’appui :

Dans les années 70, parce que personne n’en doutait, on va chuter jusque là, les rabbitholes étaient moins érudits. En 1978, je trouve un manuel à l’attention des parents dont les enfants ont des troubles psychologiques : Help for your child, a parent’sguide to mental health services qui s’ouvre sur ces mots : « Les parents et les enfants qui bénéficient d’une aide en santé mentale se sentent parfois comme Alice quand elle tombe dans le rabbithole. Comme pour elle, chaque étape apporte son lot de perplexités. » En 1976, ce n’est pas la psychiatrie, c’est la drogue : dans Viva la différence, de Pénélope Ashe, un passage compare la prise de LSD à l’expérience d’Alice. Et le relisant, je me dis qu’on est pas très loin de ce que j’avais lu en 1996 dans les pages de The art of fiction writing, or how to fall down the rabbithole without really tryingQuel programme...


Je trouve aussi l’expression dans un livre sur l’apprentissage des sciences comme une « enquête continue » en 1973, dans un autre sur les dessous des grands empires médiatiques et économiques, Down the programmed rabbithole, d’Anthony Haden-guest, qui, au vu des snippets, a l’air juste dingue, mais je suis incapable de dire jusqu’à quel point il tire profit de l’expression. Enfin, en 1970, Damon Knight publie une enquête sur Claude Fort, un des premiers new-age bullshitters à employer la méthode du mille-feuille argumentatif et à noyer son monde sous une avalanche de faits surprenants. Cette noyade est l’objet du chapitre 7 : « down the rabbithole ». Il y indique comment il a exploré ce rabbithole pour y mettre de l’ordre et s’y retrouver. Ce serait passionnant si on pouvait lire ça en entier, rien que la première page me donne le vertige, je n’imagine pas le reste.

Arrivé là, mais arrivé où ? on peut se dire qu’on a fait une sacrée descente déjà : on a glissé sur près de 30 ans, on a bien eu le temps de regarder les livres sur les étagères pendant qu’on tombait, de fureter, de papillonner. Et de nous inquiéter : n’avons-nous pas là touché le fond déjà ? N’allons-nous pas traverser les siècles, les millénaires jusqu’à l’hadéen ?

Non. Pas encore. Et non, j’espère pas. On va se contenter pour l’instant d’une décennie supplémentaire. Nous voilà en 1961. Et c’est terrible. Robert Jay Lifton consacre un livre au lavage de cerveau et à lapsychologie du totalitarisme. Il prend l’exemple de la Chine, des prisonniers politiques enfermés dans les asiles : ils clament leur innocence, mais cela est lu comme un symptôme de leur maladie, et les autres patients sont là à les pousser à avouer leurs crimes, crimes qu’ils n’ont pas commis. « Le sentiment d’inversion totale de la réalité est celui qu’Alice éprouve après être tombée dans le rabbithole mais l’étrangeté de l’expérience rappelle surtout celle des héros de Kafka. » Par pitié me lancez pas sur Kafka.

L’humanité touche le fond, mais pas nous. Pas encore. 1958. Marjorie Grene écrit dans la préface à son Introduction à l’existentialisme un passage pour expliquer l’absence de chapitre consacré à Heidegger dans la première édition :

« Finalement, je n’ai pas, quand j’ai écrit ce livre, affronté l’ontologie de Heidegger. Je ne pourrai suivre son argument sur l’Être, j’avais dit alors, qu’à la manière dont on poursuivrait Alice au fond du rabbithole. C’était pas très courageux. Depuis j’ai fait de mon mieux pour trouver mon chemin dans cet abominable pays des merveilles, et c’est un monde désolé, hideux et pratiquement vide. »

Le Heidegger-bashing, ça me fait toujours plaisir. Moins d’un siècle sépare Alice et Marjorie. On touche au but. J’imagine qu’il y aura toujours un écart, entre ce qu’on peut trouver et la sortie du livre, que l’expression n’a pas été un hit immédiat, mais je me demande jusqu’à quel point on va pouvoir le réduire. Jusqu’aux dimensions d’un trou de souris peut-être ?

Plus de suspens. L’écart, je le réduis à 70 ans. Sacrée souris ! En juin 1935, dans les pages de la revue Fortune, l’article And all because they’re smart est la véritable merveille que j’espérais atteindre en faisant toutes ces recherches. On est là dans le rabbithole du business de la radio, l’article étant écrit pour expliquer comment la Columbia Broadcast System (CBS) a pu faire près de 20 millions de bénéfice et étendre son réseau d’antenne comme aucune autre station. Le passage qui nous intéresse est malin, alors je traduis vite fait :

« Pour l’investisseur non initié ça semble être le business le plus dingue au monde. Tombé dans le rabbithole du studio de radiodiffusion, il se retrouve dans un pays peuplé de chapeliers fous et de cavaliers blancs, qui vendent du temps, une denrée invisible, à des êtres fictifs appelées corporations afin des les aider à influencer une audience que personne ne peut voir. C’est un business, on pourrait dire, qui commence avec rien et finit nulle part, et pourtant à l’arrivée ça rapporte 73 millions de dollars par an aux 600 diffuseurs américains qui toucheraient plus de 20 millions de postes radio et donc entre 55 et 65 millions d’auditeurs. »

Rien que ça.

En 1935, un journaliste américain tombe dans le rabbithole de la radio parce que c’est trop bizarre de faire autant d’argent en faisant ce qu’on connaît bien aujourd’hui, à savoir vendre du temps de cerveau disponible à Coca-Coca, mais qui à l’époque est une absolue nouveauté. Et près d’un siècle plus tard, alors que la radio, toujours bien vivante, rapporte nettement moins, qu’elle reste encore, dans plusieurs de ses applications pourtant presque entièrement abandonnées, en place presque de manière fantomatique, FeldUp s’intéresse à la radio non comme moyen de s’enrichir, mais comme rétrotech cheloue, comme une technologie mystérieuse, vestige d’une époque révolue, bizarre, un peu inquiétante, utilisée par quelques nostalgiques, de rares explorateurs et … des espions. Le finding 103/104 est la réplique lointaine de cet article. Sa sombre conclusion.

Tout était noir au dessus de sa tête

Peut-on remonter plus loin ? Ouais, sans doute. Mais je m’arrête là. D’abord, parce que j’aime l’idée que le premier rabbithole soit un rabbithole technologique. Sur la radio. La technologie de pointe à l’époque. Et aujourd’hui, pour parler de ce qui concerne la nouvelle techno de pointe, on parle toujours de rabbitholes. Y a une constante, l’émerveillement s’exprime toujours par des mots d’enfants, les mêmes mots d’enfants, ceux que Lewis Carroll avait mis dans la bouche de son Alice. Ça donne une origine technologique, mais surtout nostalgique au truc, et un peu sombre, comme si on avait besoin de se frotter à la pointe, à ce qui échappe, à ce qui inquiète, pour retrouver des émotions et des frissons perdus depuis longtemps. Internet est notre réplique de la radio, et la radio était la réplique lucrative du livre pour enfant. Et tout ça vibre, tremble et craque. Et nous engouffre dans des histoires pas possibles dont on sort difficilement, et pas toujours indemme. Moi, mon rabbithole, ce n’est qu’une citation de merde, alors ça va, mais vous ? C’est quoi votre rabbithole ? Et comment vous vous en sortez ?


Mais je m’arrête là surtout parce que merde, je viens de faire très exactement ce que je ne voulais pas faire : je me sacrifie, moi et mon plaisir, à jouer les archivistes de l’usage du mot pour en dégager un vague sens. Et je vous jure que c’était un calvaire. Et je sens bien que ce calvaire n’a pas porté les fruits qu’il devait porter. Mais maintenant que c’est fait, allons y. Essayons d’en tirer une conclusion. J’ai laissé de côté une quantité AHURISSANTE de références, qui me semblaient anecdotiques, qui l’étaient peut-être, mais enfin, d’autres sans doute trouveraient des trésors dans ce que j’ai rejeté. Alors amusez-vous. Faites pareil, trouvez des dingueries, remontez plus loin que je ne l’ai fait. Creusez jusqu’en 1865.

Ce que je retiens pour l’instant, c’est que pour l’essentiel, ce qui compte dans l’expression, ce n’est pas la chute dans le terrier, dans le puits, c’est le pays des merveilles qui est derrière, avec sa logique bizarre, ses étrangetés, ses personnages hauts en couleur, avec ce monde qu’on ne soupçonnait pas, qui nous dépasse et dans lequel on s’efforce de sortir (la drogue, l’univers concentrationnaire chinois), ou de s’y repérer afin de comprendre ce qui se passe et comment (l’enquête sur Claude Fort, l’article sur la radio) ou pourquoi (l’essai sur l’écriture manuscrite). Très peu évoquent la chute en elle-même, encore moins ce qui y mène (le lapin). Et c’est dommage.

Surtout, le rabbithole est le rappel que, pour peu qu’on y regarde, il y a des portions du réel et de l’activité humaine qui nous laissent perplexes et démunis, ou joyeusement dépaysés et qui méritent d’être découverts et mieux compris, mieux analysés. Là dessus on est tous d’accord. Mais on est loin tout de même de comprendre par là exactement ce qu’est un rabbithole, pour nous, aujourd’hui. Ce qui devrait suffire à prouver la nécessité d’un vrai effort de définition. D’un effort philosophique. Conceptuel. Et cet effort, c’est celui que je me propose. Mettez ça sur mon complexe de Jésus-Christ. Mais remarquez bien, cette note le montre, qu’il ne faudra pas venir me tomber dessus après si vous n’êtes pas d’accord.

Un metroidvania auquel personne veut jouer (DTRH15)

(27 mai 2025) Super.

J’ai l’impression d’être Samus quand elle revient sur Zebes. Je m’enfonce plus profond, toujours plus profond dans les galeries souterraines de ce rabbit hole de l’enfer débusquer des méduses ; mais tout ce que j’ai, ce sont leurs clones roumains. Dans super metroid, on retrouve des lieux connus, des ennemis connus, les pirates, les metroids, motherbrain, mais tout est plus bizarre, parce que clairement, les premiers metroids croisés ont un côté temu et que motherbrain mute pour devenir une gueule de cauchemar. Et en même temps tout est plus simple, parce qu’on s’y retrouve. On a une carte, les lieux n’ont pas tellement changé depuis le premier. Surtout : on a acquis des skills. On sait quoi faire. Là, moi, mes metroids, ce sont des clones roumains d’une citation ramenée des limbes par quelques frankensteins du cyberespace qui ont cru qu’elle pourrait aider l’humanité à se libérer de ses chaînes. Alors pour les uns, qui tirent à gauche, les chaînes, c’est la bourgeoisie, pour d’autres, qui tirent à toute force à droite, ce sont les juifs et moi au milieu, pris dans ces chaînes, je me débat à essayer de leur dire à tous que ce ne sont que des abrutis. Qu’au lieu de tirer de leur côté ils feraient mieux de laisser tomber tout ça et de rentrer chez eux que je puisse respirer. J’ai qu’une envie c’est de me rouler en boule et de dash loin de tout ça mais j’ai une Brundle-motherbord à débusquer et je ne quitterai pas ce trou à pirates avant d’avoir fait ce pourquoi je suis venu. Localiser mes fausses citations, comprendre comment elles sont arrivées là.


Roumanie

Parce que oui, la fausse citation a essaimé en Roumanie. Je le sais parce que j’ai une habitude à la con dont il faudrait vraiment que je me déprenne. Dès que j’entends parler d’un pays où les fascistes ont le vent en poupe, je dégaine google trad et je tire quelques rafales. Souvent ça fait mouche. Je tape « pour étouffer par avance toute révolte », je choisis une langue d’arrivée et je cherche. C’est un peu ma roulette russe à moi. Et même quand je gagne, j’y perds.

Ces derniers temps, en Roumanie, politiquement, c’était chaud. T’as eu un nostalgique de la garde de fer (avec laquelle, rappelons-le, ont fricoté Mircéa Eliade et Cioran) poussé par la russie, qui a failli être élu, les élections ont été annulées pour cause d’ingérence étrangère, puis de nouveau l’internationale fasciste a failli l’emporter. Mais aux dernières nouvelles : non. C’est dans ce contexte que j’ai ouvert cette nouvelle galerie qui, vraiment, me dépayse. Outre que je ne comprends rien à ce que je lis, j’étais, au début, incapable même de savoir quelle est la nature des textes que je survolais et leur orientation politique. Mes skills ont des limites. Essentiellement des limites linguistiques. Autant, avec des sites francophones, les relents de confusionnisme, je les perçois vite. Autant là, c’est Wonderland. Une chenille pourrait me cracher au visage sa fumée que je ne me rendrai même pas compte de la bizarrerie de la chose. Ni qu’elle est une chenille. Ni de l’écran de fumée. En même temps, j’avoue que « pentru a înăbuși dinainte orice revoltă » sonne à mes oreilles bien plus comme une formule magique que comme le verbiage haineux de quelques bouffons numériques.

Et comme toute formule magique elle m’a ouvert les portes d’un monde étrange et inquiétant. Que je me fais une joie mauvaise de vous partager.
Inquiétant parce que les premiers résultats sur lesquels je suis tombé sont des journaux. Bon, je sais, journal, ça veut pas dire grand chose. J’ai bien démontré ailleurs comment Le Monde a été à l’origine de l’explosion d’une faussecitation. Le premier m’a d’abord apparu comme un journal sur un poète roumain du XIXe, Eminescu, comme on en fait nous-mêmes sur les écrivains français. Pour écrire sur sa vie, son œuvre, son contexte historique. A priori rien de bien fou. Sauf que : aucun lien avec Günther Anders. Il a fallut que j’y relise pour dissiper mes doutes. La fausse citation apparaît en novembre 2022 https://www.certitudinea.com/certitudinea-print/vom-pune-sexualitatea-pe-primul-plan-al-intereselor-umane/ dans le numéro 124 : https://www.certitudinea.com/certitudinea-print/certitudinea-nr-123-israelizarea-galopanta-a-romaniei/, titré : « l’israélisation galopante de la roumanie« . Il y a dedans des articles pour dire que l’homosexualité va entrer officiellement à l’école, sur le vrai résultat de la guerre que la Russie mène contre l’Ukraine, sur la Roumanie pendant les années 40, je me demande même quel est le rapport avec le poète mis en avant sur le site. Mais du coup je comprends mieux la présence de la fausse citation. Moins surpris aussi de voir un blog complotiste et admirateur de la garde de fer le reprendre directement : https://www.incorectpolitic.com/jidanii-vom-pune-sexualitatea-pe-primul-plan-al-intereselor-umane/

Je me l’explique moins quand elle apparaît dans des journaux bien plus journaux qu'eux : Puterea, Crainou, EVZ, etc. J’en ai recensé, sauf erreur de ma part, 7. C’est beaucoup.
Puterea, ça m’a l’air d’être un journal assez récent, national, avec édition papier, et édition en ligne qui n’a même pas 10 ans. C’est dire que c’est récent.
En octobre 2022, ce journal la fait apparaître dans la rubrique opinion, et je dois dire que c’est une opinion bien réac, bien conservatrice que Ion Teleanu nous livre là. Pour lui, le pseudo-Anders montre les étapes par lesquelles on peut imposer dans l’esprit des gens quelque-chose qu’ils rejetteraient autrement. Ce serait la méthode pour élargir la fenêtre d’overton et faire accepter aux roumains l’homosexualité. C’est marrant mais pas marrant comme y a un drôle d’air de famille pour le moment entre ceux qui la reprennent.
Crai nou est un journal plus ancien, régional, et là aussi, la manière dont la citation y apparaît n’est pas glorieuse. Depuis 2009, Cézar Straton, un écrivain un peu reconnu, y tient chronique. Ça vaut tout ce que valent les chroniques d’écrivains dans les journaux : rien. Là, c’est pire que rien. C’est du journal de choses lues pendant le covid, ça va de cette fausse citation à des blagues pathétiques. Il se paye même le luxe de mettre deux fois exactement le même texte à quelques jours d’intervalle : le 23 mars 2023 : https://www.crainou.ro/2023/03/23/cand-s-a-pus-problema-mascarii-mastilor/ et le 30 mars 2023 : https://www.crainou.ro/2023/03/30/de-unde-nici-nu-te-astepti/
Est-ce que quelqu’un relit ce bouffon au moins ??
Plus journal encore que ces derniers, EVZ, l’évenement du jour, existe depuis 89. Depuis 2020 il est réduit à n’être qu’un pure player, mais tout de même, grosse rédac, grosse légitimité. Malgré ça, dans les pages opinion (l’auteur est « invité » par le journal), on trouve un auteur, artiste, journaliste roumain, Octavian Hoandra, qui ne prend même pas la peine de mettre la citation en entier mais qui tricote avec une réflexion insensée à l’occasion de la mort de la reine d’Angleterre. Aussi anthologique que le monologue de Pogo. https://evz.ro/moartea-reginei-noua-lume-a-viteilor-cool-si-drumul-spre-conditionarea-colectiva.html Je ne saurai même pas résumer, mais lui, ce qu’il déplore, c’est « l’apologie de la légèreté », qui ferait de nous des veaux, et évoque Deleuze et Guattari pour dire que … faire de la philosophie quand des enfants meurent est indécent ? Mais mec, ce qui est indécent, c’est de citer un auteur sans jamais l’avoir lu et de venir derrière jouer les donneurs de leçon. Ça c’est l’indécence.

Minciuna adevărului și adevărul minciunii

 Là j’arrive pas à dire si c’est un vrai site ou juste s’il en a l’air. Y a des moments je me dis que c’est legit, même si l’équipe journalistique est très réduite, d’autres fois, surtout quand je regarde les caricatures ou que je lis cette intervention (rubrique opinion, toujours), que c’est un peu bizarre. Le mec ne sait pas si le texte qu’il cite est un programme ou une prédiction. Bah fais tes propres recherches, connard, au lieu de te signer comme si ce texte était le diable en personn… Ooooh en fait maintenant que je le dis … Mais non content de dire qu’il n’en sait rien, son sentiment c’est quand même que c’est un programme. En gros : « moi j’y connais rien, mais j’ai aucun doute sur le fait que ce soit un complot ». Mec, si t’y connais rien, ferme ta gueule. Et va surtout pas étaler ta merde dans deux journaux : https://www.national.ro/news/minciuna-adevarului-si-adevarul-minciunii-849253.html/#:~:text=Am%20citit%20%C3%AEnt%C3%A2i%2C%20am%20recitit,sa%20publicat%C4%83%20de%20Editura%20Tact.

Je creuse encore dans les strates : en octobre 2021, un … journal ? Un organe de propagande ? Je ne sais pas, publie la fausse citation : https://noi.md/md/valori-europene/anders-un-individ-incult-nu-are-decit-un-orizont-de-gindire-limitat
La rubrique « valeurs européennes » de NoiMd, est une charge contre l’union européenne et les homosexuels, et même contre la pop culture occidentale qui ferait la promotion de l’homosexualité et du cannibalisme avec la série Hannibal. Priceless. Le tout évoqué avec le concept de fenêtre d’overton : Je ne sais pas si c’est commun chez eux, ou si c’est significatif. Comme je vous le disais, j’évolue là dans un monde que je ne comprend pas et les repères manquent vraiment pour déterminer à coup sûr la nature et l’orientation de ce qui se présente à l’écran. Ce que je peux dire en tout cas, c’est qu’à chaque fois que je tombe sur un journal, c’est dans les pages opinion. La rubrique opinion, c’est ordinairement le caniveau ; le moyen, pour des journaux très orientés idéologiquement, de se lâcher, de balancer toute sorte d’immondices parce que dans ces pages, la déontologie n’a plus tellement cours. Ainsi, même si les sites sont de vrais sites d’information, la fausse citation apparaît toujours dans la zone grise où les faits, la vérité, le sérieux n’exercent plus leur contrainte sur le contenu. Comme ici : https://www.mediafax.ro/stirile-zilei/comentariu-valeriu-suhan-amintiri-despre-viitor-20518275. Et puis il y a Ziua news.


Toujours plus profond

Ziua news. Journal créé en 1994, imprimé jusqu’en 2010, qui se survit à lui-même sur le net, qui balance la fausse citation dans la rubrique « News » . Et ose présenter le livre de Anders comme un Traité de néo-marxisme en devenir ! Mais c’est pas un journal ça, c’est une blague ! La page wikipedia affirme qu’il n’y a pas eu de mise à jour sur le site depuis janvier 2010. Mais alors, qu’est ce que je suis en train de lire ??? Un double ? un ersatz ? Une version zombie du site ? Quand je fouille un peu plus dans le site, je découvre qu’aucun article que j’ouvre n’a de nom d’auteur. C’est louche. Que de plus ils sont très très bizarre. Au point que j’irai pas jurer qu’ils sont tous écrits par des humains. Là c’est plus que louche. Dans la rubrique « potins » par exemple, je découvre que l’humanité va rapidement disparaître, à cause du réchauffement climatique etautres, mais que les derniers humains vivront sur la « ultima pangea » … Donc on verra malgré notre fin annoncée, la réunification de tous les continents ? On va mourir bientôt alors ou pas ? Je comprend plus rien. Je découvre également dans la rubrique « divulgations » que Donald Trump aurait une grave maladie et que les vaccins contre le covid ontfait muté notre code génétique.
Je comprends mieux. Je suis dans l’aile FranceSoir de l’internet roumain. Et cette aile est un gouffre dans lequel j’ai perdu plus que des heures : 

https://euroinfonews.ro/de-ce-esueaza-protestele-in-europa/
(Pourquoi les manifestations en Europe échouent-elles ?)

Au début j’ai cru que EuroInfoNews était un site d’info. Ce que je peux être naïf parfois. C’est en fouillant que j’ai découvert un article sur Jacques Attali, qui a levé tous mes doutes. Selon cet article, Attali « l’initié » dévoilerait dans un livre le plan secret des francs maçons pour créer un « nouvel ordre mondial » : J’y ai découvert, incrédule et hilare, que dans ce plan secret le féminisme est l’avant-poste du transhumanisme parce que les femmes auxquelles ont donne de l’argent sont altruistes. Et donc ? Quoi ? Quoi ? Le transhumanisme c’est de l’altruisme ?

Interrogé, dans une interview avec Charlie Rose, sur les raisons pour lesquelles 80% des microcrédits sont accordés aux femmes, Attali a décrit le phénomène comme « quelque chose d’étrange », mais dans le livre, il expose la véritable raison.
Les femmes feront confiance au collectivisme d’État. D’ici 2060, Attali voit l’hyperdémocratie (un gouvernement collectiviste unique) devenir une réalité, et il appelle les pionniers de ce système des « transhumains ». Les « transhumains » trouveront du plaisir à servir les autres dans leurs communautés. Ils « inaugureront une économie de l’altruisme, de la disponibilité volontaire, du don mutuel, du service public, de l’intérêt général ». Les femmes deviendront plus facilement transhumaines que les hommes, trouvant du plaisir à donner, un plaisir propre à l’instinct maternel. L’augmentation progressive de la part des femmes dans toutes les dimensions de l’économie et de la société en particulier, grâce à la microfinance, augmentera considérablement le nombre de transhumanistes.

Je ne tiens pas à essayer de comprendre cet article minable si ça doit me jeter dans un autre rabbithole. Je suis trop vieux pour ces conneries. Je rush cette aile maudite :

https://www.informatii-agrorurale.ro/agropedia/putregaiul-apical-la-ardei/
Là, clairement, tout dans le style, les images, le manque de lisibilité de la page, crie la page complotiste. Elle reprend et le texte de Certitudinea, qui semble indiquer comme titre du livre de Anders « le conditionnement collectif, we are watching as it happens! » qui sort de je-ne-sais-où, sans doute d’un meme de réseaux sociaux, et le texte de Puterea.

Il y a même un extrait de livre avec la fausse citation. J’ai l’impression que c’est de l’autoédition, mais franchement, si ça s’avérait être un vrai livre, je n’en serai même pas étonné.

Ce que je remarque, c’est que la citation semble avoir végété pendant près d’un an sur le site romanorthodox avant d’apparaître en juillet 2022 surfacebook et d’être reprise partout :
Après ça, c’est l’explosion. Relative. Je compte sur Facebook 60 posts pourcette seule année. On retrouve dans ce premier post facebook la couverture de l’édition française, ce qui m’indique je pense qu’il l’a tire d’un site ou d’un compte français et non pas du site romanorthodox. Dans certains posts de 2021, je retrouve des images que j’ai vu par ailleurs dans des sites étrangers qui eux aussi traduisaient la fausse citation et, pour beaucoup, des photos qui circulent partout sur le net. Pas sûr qu’on puisse en affirmer quoi que ce soit, si ce n’est simplement que les textes ne circulent pas seuls et pas seulement. Des images aussi circulent et il suffit que des images et des textes circulent dans un même milieu pour avoir une chance d’être associés. Que des tableaux de la renaissance retouchés par IA afin de faire porter aux figures des masques accompagnent ce texte, est-ce une association rare, qui permettrait de remonter directement de ce compte aux pages qui présentent la même association, ou est-ce un hasard, ce texte et ces images circulant dans le même brouet complotiste ? Je ne sais pas, il faudrait que je sois aussi attaché qu’au début à tout éclaircir, ou que quelqu’un mieux outillé s’amuse à cartographier les fils de soie qui unissent tous ces comptes. Moi, je me roule en boule et je me casse loin d’ici.


Goulet d'étranglement

Et je me déplie dans ma langue maternelle pour jeter un coup d’oeil aux dernières apparitions du pseudo-Anders sur l’internet français. Début novembre, E&R la redonne a bouffer à ses ouailles. La section commentaires est un festival de crétineries, un concours d’ignorance que je ne suis pas étonné de voir là. Le fait même de donner à lire ce texte comme étant de Anders donne le la.
Par contre : y a pire :
L’horizon africain, encore un journal, a priori sérieux, Congolais celui-ci, au moins dans ses pages numériques, diffuse la fausse citation. Et en République du Congo, c’est loin d’être la seule occurrence … Je suis tombé également sur cette page, ou plutôt ces pages : 

La science philosophique au service de la politique  , « Engagement pour une citoyenneté comme précadre inaliénable de la réconciliation nationale pouvoir-opposition armée et politique pour un‘’Nouveau-Congo-Notre Maison’’ uni, libre et développé »

Clairement, le type se répète dans les deux textes et il déploie un style encore plus lourd que le mien qui m’a découragé de le lire en entier. J’ai préféré chercher des traces académiques dans les facs qu’il revendique mais je n’ai rien trouvé. De là à dire qu’il nous a fait une Aberkane y a un monde, j’ai clairement pas assez creusé pour mesurer précisément ses lettres de recommandation philosophiques, mais peu importe : ce type m’intéresse moins que sa source :

Anders GÜNTHER cité par Willy Okey et Flavien Nkay Malu, Valeurs, principes et symboles de la république (composante éducation à la citoyenneté, Unité d’enseignement destinée aux étudiants en L1/LMD, Université Saint Augustin de Kinshasa, Editions de l’Académie de la Paix, Juin 2024, p. 5

Pour ce que j’en ai vu, Willy Okey est bien prof de philosophie là-bas, et au vu de la facture académique de la citation, je suis ok pour partir du principe qu’elle est juste. Ça veut dire que depuis 2014 que le faux est avéré, produit collectivement en France par un phénomène d’ignorance collective et d’emballement, il a, en 2024, abouti à une existence académique en République du Congo. Dans un cours puis un livre édité par des professeurs de philosophie. Une fausse. Citation. D’un philosophe. Par des profs. De philo. 10 ans, c’est le temps qu’il faut pour faire d’une fake news internet une vérité académique internationale. En la matière on ne peut pas les regarder de haut, jouer nos colonialistes du savoir et hausser les épaules comme si c’était rien : j’ai des indices qui me laissent penser que la fausse citation a été diffusée dans des cours à l’ENA, donc soit-disant au plus haut niveau d’éducation en France, parce qu’il est impensable qu’elle apparaisse dans un colloque organisé par l’ENA, dans le livre de Christophe Bofarul, qui y donne des cours, et qu’elle n’apparaisse pas dans les-dits cours. Si jamais un lecteur là-dessus a des billes, qu’il les partage. (EDIT : et des connaissances en culture roumaine, pour nous éclairer sur la nature exacte de ces sites)


 


vendredi 24 juillet 2026

Demain les chiens (DTRH14)

(13 février 2025) Depuis deux mois que je me promets de ne plus revenir là-dessus, rien n’y fait. Chaque fois j’y reviens. J’y reviens avec l’envie d’en finir. Je ne me suis pas fané tout le youtube espagnol à la recherche de la vidéo virale qui a promu jusque sur TikTok le faux Anders. Je pensais le faire. Mais flemme. Je laisse ça à d’autres. J’ai fait ma part. Faut que je passe à autre chose. Et je passerai bientôt à autre chose. Et ça sera putain de glorieux. (EDIT : je ne suis toujours pas passé à autre chose...)

Mais pour le moment la purge : faut que je me justifie, que j’éclaircisse un point ou deux. Alors voilà : une note chiante. C’est pas la première je crois, c’est la dernière j’espère.

Contexte

Loris Guémart, journaliste à Arrêt sur Image, avait évoqué mes recherches le 26 novembre 2024 dans son émission Twitch, Proxy. Je l’avais contacté après avoir réussi à convaincre Joseph, de TrucsdePhilo, c’est lui qui m’a conseillé de le faire. Alors je l’ai fait. Il a accepté d’en parler parce que cela concerne le journalisme, la qualité du travail journalistique et l’éthique du journalisme. En effet, plusieurs journalistes, mais aussi des hommes politiques, se sont retrouvés à user de cette fausse citation et, mis en face de leur erreur, refusent de la corriger. C’est moche. Je le rappelle : Denis Robert dans un édito : prévenu, pas de correction. Bernard Valetes dans L’écho de l’ouest ; rédaction prévenue, pas de correction, pas de réponse, rien. Servir, la revue des anciens de l’ENA : prévenue,auteurs prévenus, pas de réponse, pas d’erratum, rien. Humanisme,la revue du grand orient de france : prévenue, pas de réponse,pas d’erratum, rien. J’ai contacté à l’époque une revue de sociologie, direct ils m’ont répondu. J’ai contacté récemment les Presses Universitaire du Septentrion, direct j’ai eu une réponse. Les mecs ils sont content quand on leur dit qu’une erreur est passée, qu’on les corrige, qu’on les alerte. Mais y en a plein ils sont pas contents. Ou pire ils s’en foutent. Tellement que d’autres citations fausses sont régulièrement utilisées par des journalistes et des chercheurs sans égard pour la vérité : ils ne vérifient pas et, quand ils se trompent, ne se corrigent pas. C’est peut-être un problème de merde, tout juste bon à satisfaire un lecteur maniaque comme moi, mais ça reste un problème et il faut le mettre en lumière. Et le corriger si possible.

Et puis merde. C’est pas un petit problème. Je rappelle que le faux Anders est écrit par un mec qui cite Hitler, pense à partir de Guénon et de Julius Evola et a écrit trois saloperie de bouquins complotistes sur le covid. Le mec croit aux anges descendus de la constellation des Pléiades. En tout cas il trouve le principe pertinent. N’en déplaise aux gens, mais c’est lui qui se retrouve cité dans les pages de Blast, de Mediapart, qui se retrouve cité par des hommes politiques, par des profs, dans leurs cours, par des mecs dans toute l’europe etce dans toutes les langues. Un mec qu’il ne viendrait à l’esprit de personne de prendre au sérieux. Alors, ouais, c’est massif comme problème. Aussi massif que la bibliographie que je pourrai établir juste sur la base des quelques fausses citations que j’ai étudiées. Ma seule erreur avec Loris, c’est de n’avoir communiqué que sur le faux Anders et pas sur le problème plus global des fausses citations. J’avais encore la tête en plein dedans, j’ai pas vu que, pour Arrêt sur image, il fallait élargir et insister sur l’aspect global de tout ce bordel. Moi à ce moment-là cet aspect global je ne le voyais pas vraiment, je n’ai pu le voir qu’après mes échanges avec Joseph, avec Loris, mes premières notes sur Mediapart. Une fois donc que le plus urgent à mes yeux ne fût connu et partagé. Du coup, mal pensé mal passé. Et je le comprend. C’est pourquoi je me retrouve à faire de la retape pour ma propre enquête, qui parle pourtant d’elle-même.

Et ça me gonfle au plus haut point.

Bon, je vais pas mentir, c’est mal passé surtout parce que les gens ont lu la version courte, la version Mediapart, et pas la version longue, qui fait nettement plus saigner des yeux. Là encore, j’aurai pu développer plus, je le reconnais. Alors je vais prendre deux commentaires, et répondre. Trois en fait.


Courrier du cœur avec les poings

Une réponse qui a du chien

On commence avec une lettre de JD. JD qui nous dit :

« Je suis atterré par votre article.
Je suis atterré par ton commentaire, JD.
« Que la citation vienne de Carfantan ayant fait son résumé (prosopopée) du Meilleur des Mondes, soit. D’autres internautes l’avaient déjà remarqué. Votre article aurait dû s’arrêter ici.
Je sais que ça s’adresse pas à moi mais je vais faire comme si. Pour les autres aussi.
Je fais plus, JD, ce serait sympa de le remarquer. Qui s’est posé la question de qui est Carfantan ? Personne avant moi. De ce qu’il pense ? De ce qu’il a écrit ? D’où il l’a écrit ? Personne avant moi. Qui a montré l’origine de l’erreur et l’étendue du désastre ? Personne avant moi. Je suis le premier à montrer à quel point l’enfumage est massif, à dire qui est Carfantan, et le portrait que je dresse de lui devrait te faire dresser les cheveux sur la tête. Parce que c’est le cauch’.
« Mais valider qu’il y ait une ressemblance avec Les Protocoles des Sages de Sion est une divagation. Ou alors tout y ressemble.
Carfantan est un complotiste qui reprend toutes les fake-news covidosceptiques, dont certaines à teneur antisémites, et je l’ai vu citer Hitler en effaçant l’antisémitisme d’Hitler du texte qu’il reprenait. C’est ça qui a fait que j’ai flairé un lièvre. Y a rien de plus suspect que sa citation d’Hitler dans L’étrange affaire Corona. Alors s’il arrive à javeliser l’antisémitisme dans les phrases d’Hitler, quel autre texte a-t-il javelisé ? Sa prosopopée est complotiste, Carfantan lui-même le reconnaît. Est-elle antisémite ? L’a-t-il javellisée ? Pour le prouver, il me faut du luminol. je l’ai trouvé chez Platon. Mais comme Platon c’est chiant pour une démonstration, je vais te parler chiens, JD. Je vais te parler concours canin. Parce que vois-tu, les juges des concours canins sont sans doute les derniers vrais platoniciens.
T’es juge dans un concours, imagine, t’as 10 chihuahuas sous les yeux, chacun prétend être le plus représentatif de sa race. Toi t’es là t’es comme un con, sur quel critère tu te bases, à qui tu donnes la médaille, comment tu te justifies ? Celui qui te plaît le plus ? Oui, mais si t’aimes pas les chihuahuas, comme c’est mon cas—t’es d’accord avec moi que c’est moche ces horreurs ?—, tu vas prendre le moins chihuahua de tous. Et le pire c’est que tu ne peux même pas y aller par élimination comme dans un QCM : vu qu’ils sont tous de race ! De la race de Caïn qui dans la fange vit et meurt misérablement, la truffe à hauteur de merde mais enfin, de race malgré tout, alors comment faire ?
Bah comme faisait Platon. Lumineux. On va pas se fier aux chihuahuas tels qu’ils sont et les comparer entre eux, on n’arriverait à rien. Ils sont tous aussi tartes les uns que les autres. On va faire mieux : on va faire descendre du ciel des idées l’idée unique du chihuahua, le Chiwawaouh pur et parfait. Tellement parfait que, peut-être, aucun chihuahua réel n’a jamais totalement correspondu à cette description idéale. Mais ça c’est pas grave, parce que ce qu’on cherche à avoir par cette idée, c’est un terme fixe à partir duquel juger de manière impartiale. En comparant, non plus les chiens entre eux, mais chaque chihuahua à l’idée de chihuahua, on comparera la proximité de chacun à l’idéal. Le plus proche décroche la timbale. Ce que faisait Platon dans ses dialogues. Cette idée prend ici la forme d’un ensemble de mensurations et de caractéristiques physiques : https://www.ccce.org/races/chihuahua/standard.html
Tous vont être confrontés à ce standard, qui permet de les départager. J’ai fait pareil. Je disais que ce texte de Carfantan avait des relents d’antisémitisme, on m’a dit que non ; j’ai dit qu’il ressemblait à rien, on m’a dit que le pastiche était parfait ; alors j’ai cherché le standard des textes antisémites, le texte antisémite de base, sur lequel se sont moulés tous les textes antisémites historiques, et j’ai trouvé les Protocoles. Paye ton idéal … J’ai comparé ce texte qui pue la merde à cet autre texte qui pue la haine. Et la correspondance est parfaite. Je n’y croyais pas moi-même ! J’ai fait ça à 3h du mat et n’en ai pas dormi de la nuit. Le parallèle une fois fait était trop troublant pour être ignoré.
« D’abord Les Protocoles des Sages de Sion est un plagiat de Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Protocoles_des_Sages_de_Sion
https://fr.wikipedia.org/wiki/Dialogue_aux_enfers_entre_Machiavel_et_Montesquieu
Donc l’idée de tromper, d’endormir le peuple est antérieure aux Protocoles. Je suis sûr qu’un historien pourrait nous dire que cette idée était banale pour l’époque.

Ça je le sais bien mon gland. Mais t’oublies l’essentiel. Dans le Dialogue, je sais qui agit, je sais comment, je sais pourquoi et quand. Napoléon III a réussi contre toute attente son coup-d’état. Il est au cœur du pouvoir, il a l’armée avec lui, il n’a que quelques jours pour agir. Il doit prendre des décrets et envoyer l’armée et la police pour agir vite, imposer une constitution pour asseoir sa domination. L’essentiel est d’aller vite afin de prendre de court ses opposants et ne pas être renversé ni efficacement combattu sur telle ou telle décision. Plus tard serait trop tard. Toutes les décisions ont pour but de réduire à rien l’opposition, de plaire au peuple pour qu’il soit de son côté, de cadenasser le pouvoir. Totalement pas la même chose dans les Protocoles. Dans les protocoles. Ce sont les juifs. Ils n’agissent pas dans la précipitation et avec force, mais avec des méthodes sournoises et depuis toujours. Et pourquoi font-ils ça ? Pas pour conserver un pouvoir arraché de force, mais … mais pour quoi au fait ? Pour dominer le monde ? Pour l’argent ? Parce qu’ils sont méchants ? Et comment ? Le plagiat est une réécriture qui change la nature du texte et de ce qui est dénoncé. Il ne répète pas : il transforme. Et pour cause : le but n’était pas de dénoncer un coup-d’état, mais d’empêcher le tsar d’écouter les réformateurs. Les Protocoles servent à lui faire croire que, derrière les révoltes populaires, qu’il pourrait à juste titre croire légitimes, les juifs sont à la manœuvre pour renverser l’empire. Et qu’il faut donc rester sur une ligne forte, et la renforcer : mater les révoltes et tuer les juifs.
Maintenant JD attention, la grande question : dans la prosopopée, qui agit ? Comment ? Sous quelle temporalité ? Pour quelles raisons ? Éclaire-moi là-dessus si tu veux bien.
« Ensuite, il est étonnant de trouver une ressemblance entre le résumé de Carfantan et  Les Protocoles : l’antisémitisme est absente du résumé.
Je t’assure, il est absent aussi du résumé des Protocoles. C’est son usage, ses effets et sa critique qui font dire qu’ils sont antisémites. Tu devrais regarder qui relaie ce texte (qui n’est pas un résumé du Meilleur des mondes ôte-toi ça de la tête) à l’internationale. Mais passons. Je suis d’accord, c’est étonnant comme rapprochement. Mais 1) depuis quand c’est un argument 2) c’est étonnant, mais plus important : est-ce que le rapprochement est convaincant ? Oublie Huxley : lis les passages que je rapproche : est-ce qu’ils disent la même chose ?
« D’ailleurs le cheminement du blogueur à atterrir sur Les Protocoles est aussi absente : il passe de ce n’est pas une citation du Meilleur des Mondes ni de L’obsolescence de L’Homme à je vais montrer la proximité avec Les Protocoles !
https://blogs.mediapart.fr/pleaseunquote/blog/101024/derriere-la-fausse-citation-andershuxley-les-protocoles-des-sages-de-sion
Aussi un commentateur fait remarquer au blogueur que ce résumé est dans l’esprit du Meilleur des Mondes :
https://blogs.mediapart.fr/pleaseunquote/blog/110924/pour-etouffer-par-avance-toute-revolte-huxley-na-jamais-dit/commentaires
Et le blogueur acquiesce. Donc ce résumé ressemble aux Meilleur des Mondes qui ressemble aux Protocoles !!!

Tu veux les détails ? lis ce blog. Mais OK, pour toi : reprenons. J’acquièsce, oui, mais avec réserve et je note à la fin de ma réponse qu’il y a une distance entre les deux textes. J’ai déjà dit la distance entre la prosopopée et Anders (EDIT : enfin, je crois, il me semble). Huxley maintenant. Première chose à dire c’est que c’est pas un auteur de SF. Lis ses premiers romans. C’est un moraliste. De la pire espèce : il descend les autres pour se rehausser. Il dresse dans ses romans un portrait à charge de la upper-class, qui a accès à la culture mais ne se laisse pas pénétrer par elle, qui agite des idéaux tant que cela donne un style, mais qui s’en détourne dès qu’il s’agit de s’installer. Lui, il est systématiquement du côté de la culture qui transperce, de l’idéal qui guide la vie. Il se peint en artiste maudit et sans concession. Il aurait connu internet, ce serait un Edgelord et il serait cringe-worthy. Il aurait un blog coloré dans lequel il se donnerait le bon rôle en montrant à quel point ceux qui font profession de culture sont des gros nazes. Wait what ?? Sauf que le Meilleur des mondes a été écrit avant internet, du coup il raconte l’histoire de l’upper-class qui renie ses rêves pour s’installer, sauf trois Edgelords, dont l’avatar de l’auteur et un va-nu-pied qui n’est là que pour servir de vengeance au premier. C’est Chrome Yellow dans le futur. Et même dans le futur c’est pas ouf.
« Le blogueur morcelle le résumé pour trouver des échos dans Les Protocoles : « Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. » Mais cette phrase trouverait une ressemblance dans des dizaines, centaines, peut-être des milliers d’ouvrages. Idem pour la suivante : « Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. » Etc.
Je pourrais trouver des ressemblances dans Les Protocoles avec des livres de Chomsky, Lordon, Marx… bref toute la littérature anti-système. 
C’est le principe du cherry picking !
Mais dans leur ensemble, ces livres sont complètements différents du Protocoles.

Je le morcelle, oui, comme je morcelle ta réaction, mais je le prend en entier. Je prend TOUT le texte. Montre moi un texte ENTIER de Lordon ou de Chomsky dont chaque proposition trouve un équivalent dans les Protocoles. Je te jure que si tu m’en trouves un pour lequel le parallèle est aussi convaincant que celui que je fais, je révise tout de suite mon jugement. Attention : pas une idée ou deux mais TOUTES. Et je vais même te dire : j’en serai soulagé. Ouais : soulagé. Parce qu’en l’état, j’estime que le destin de ce texte est inquiétant, mais si tu me démontre que c’est rien, que j’ai juste eu peur de mon ombre, mec je te paye une bière, je te tape dans le dos et je rigole de tout ça.
« Et la cherry sur le cake est l’argument de la vidéo : un facho trouve aussi que ce résumé ressemble aux Protocoles ! C’est donc officiel !
Ce blogueur n’a toujours pas compris que l’extrême droite recycle, détourne toutes les idées dans l’air du temps, même celles de gauche. Je me dois de lui apprendre que le NSDAP n’était pas socialiste.
Mec, y a pas qu’un facho. Y en a plein. Et je te jure que Carfantan, il est pas de gauche. Du coup rien n’indique que ce texte le soit. Je me suis battu une paire de fois sur le net contre des couillons qui disent qu‘Hitler est de gauche et que Pétain a été mis au pouvoir par le front populaire, tu vas pas me la faire.
« Ce blogueur devrait prendre des vacances.
Je suis d’accord. Je te réponds et je passe à autre chose.
« Je trouve juste intéressant la fin de la vidéo, on voit le prêcheur facho répondre à des ouailles intellectuellement perdues.
Lis toute mon enquête, mec, je suis sûr que tu trouveras d’autres choses intéressantes.



Une bibliophilie fantastique

Yanne, de son côté :

« Je ne comprends pas tellement de quoi parle cet article.
Des journalistes qui mettent des citations dans leurs articles sans les vérifier. Et qui se retrouvent à citer un Hurluberlu qui croit que le vaccin contre le covid est un plan secret des élites pédo-satanistes pour dépopulationner la planète. Ce qui est quand-même con t’avouera.
« Mais sachez qu’il existe un livre de Huxley qui s’appelle « Retour au Meilleur des Mondes » qui date de 1958
C’est un essai où l’auteur se demande si le monde de la fin des années 50 se rapproche de la dystopie du « Meilleur des Mondes » Et où il décrit comment la manipulation soft qui a débuté aux USA à partir de ces années-là, a été pensée et intégrée à la communication générale. Il ne parle pas de Juifs, ni de complots.

Ouais, je l’ai lu. Des barres de rire. Il estime que les USA se rapprochent de la société qu’il a décrite parce qu’il a lu dans un journal texan que le taux de divorce était en hausse. C’était la preuve à ses yeux que les américains cherchent le plaisir et non plus à fonder un foyer. Un moraliste je vous dis. De la pire espèce. Celle qui lit les journaux texans. Perso j’y vois la preuve que les américains sont tellement invivables que même leurs femmes s’en rendent compte et fuient vers un destin à la Thelma et Louise. Qui prétendra que j’ai plus tort qu’Huxley ?
« Cette lecture va sans doute vous mettre du plomb dans la tête, au lieu de dire des inepties.
Oh Yoyo, tu suis ou quoi ? Tu te souviens que le texte, qui est l’objet de l’article et de mes recherches, n’est pas de Huxley mais de Carfantan ? On est d’accord là-dessus ? On est d’accord aussi que j’ai jamais traité Huxley d’antisémite ni dit que ses textes l’étaient ? Lis Carfantan sur le Covid, ça te mettra peut-être du plomb dans la tête, au lieu de dire des inepties.
« La grande SF dystopique anglo-saxonne du vingtième siècle a été produite par des intellectuels de gauche d’un très bon niveau. Voir 1984, Jack Barron et l’éternité, les langages de Pao, tout Philip K Dick.
Quelle bande d’ignares !!

Hahahahaha, et tu crois qu’on retrouve quoi dans mes étagères ? Hein Yoyo ? Oh bah c’est bizarre ça : Norman Spinrad ! Georges Orwell (et pas que 1984) ! Dick ! Ah ! Quel ignare je fais !

D’ailleurs, tu veux hurler ? Jean-Pierre Andrevon, notre monument national dela SF, l’année même pendant laquelle il publiait L’anthologiedes dystopies, en plein confinement, a lu le texte de Carfantandevant un journaliste de France3 pour un petit reportage régional,en l’attribuant à Huxley. Quel ignare il fait ! Il a refusé de commenter et j’ai pas eu de réponse du journaliste, parce que les fausses citations sont un problème pour personne. Mais ça pose question non ? Le mec écrit sur Le meilleur des mondesdans son anthologie, lit par ailleurs un texte qu’il dit à tort en être tiré et ne se rend pas compte qu’il débloque. Ça interroge non ? Ça peut être la preuve qu’Andrevon est sénile ou que le pastiche est réussi comme on m’a dit. Moi j’envisage ça comme la preuve d’un immense pouvoir d’enfumage. La citation est tellement attribuée à des auteurs anciens et importants qu’il est difficile de s’arracher à ce premier contexte de lecture pour lire à nouveau frais ce texte. Et voir qu’il est tarte. On voit comme c’est dur : toi-même tu crois que je parle de Huxley ! Le délire !! il suffit de voir tout ce que j’ai dû écrire sur cette citation pour offrir justement un autre contexte de lecture. Afin qu’on la voie sous un autre jour. C’est pourquoi il est important de rendre à leurs véritables auteurs les phrases qu’on se plaît à faire circuler. Parce que vraiment, une phrase trouvée chez Huxley, peut ne pas vouloir dire ce que dit cette même phrase dans un autre contexte, chez Carfantan par exemple. « Le temps est à l’orage », dans la bouche de madame météo, ça veut pas dire la même chose que dans la bouche d’un espion qui doit rencontrer son contact. D’ailleurs, dans sa bouche, cette phrase ne veut rien dire. C’est juste un code, un moyen de se faire reconnaître, qui n’informe en rien du temps à venir, qui n’engage pas à prendre son parapluie, qui n’est là que pour se voir répondre : « mais il fera beau demain ».


« Il fera beau demain » mon derche. Demain temps de chien, oui !
Mais ne parlons pas politique, lisons le troisième commentaire.

Désespoir sans élégance

Carnéade le fataliste commente, non sous l’article, mais sous la vidéo :
« « ne commencez pas à débattre de la validité de cette citation »… j’ai rarement entendu un truc aussi affligeant que ça.
L’identité de qui a écrit que le ciel est bleu (enfin ici un résumé plutôt pertinent du type de société décrite dans le Meilleur des Mondes -si avec quelques anachronismes par rapport à celui ci et un amusant înstant corporatisme de prof de philosophie-, qui peut être raisonnablement décrit comme celui dont nos sociétés néolibérales sont les plus proches) devrait normalement être sans importance, et seule la pertinence du propos (le sien ou surtout celui de ceux qui l’emploient pour juger l’usage qu’ils en font) avoir de l’importance.

Ça, c’est de l’idéalisme. Idéalisme béat même. La même phrase, dite par un menteur et par un mec sincère, aura le même sens pour toi, donc ? Si je te dis que ton commentaire est admirable de pertinence, ce que je dis aura le même sens que je sois sincère ou non ? Si je te mens, t’auras pas l’impression que je me fous un peu de ta gueule ? Pourtant rien dans la phrase ne permet de dire qu’elle est insultante. Ce qui permet de la dire insultante, c’est le fait qu’elle complimente un commentaire dans lequel vraiment il n’y a rien à complimenter. Le sens d’un mensonge ou d’une ironie ne réside pas dans ce qui est dit, mais dans le contexte d’élocution.

Croire que le sens d’un texte dépend uniquement de sa matière et non de son contexte, de production et de réception, c’est de l’idéalisme. Je le montre bien avec la phrase « les méthodes du genre de celle d’Hitler sont dépassées ». Elle est chez Anders, c’est une extrapolation pertinente. Mais en 29 ou en 31, c’est du délire. Aujourd’hui c’est de nouveau faux. Merde quoi, suffit de regarder Trump, Netanyahu et compagnie. Même en Allemagne les nostalgiques du IIIe reich se prennent à rêver d’une victoire électorale avec l’AFD et d’un bon retour aux vieilles méthodes. Un texte, écrit en 2007, propulsé en 2014 (période confusionnisme et manif pour tous), dont chaque proposition fait écho, volontairement ou non, à un passage des Protocoles des Sages de Sion, ça ne devrait pas être regardé comme anodin. Y a eu entre les deux texte un événement qui devrait tout de même un peu nous faire dire que, dans le doute, faudrait quand-même y regarder avant de dire que je délire et que tout va bien avec ce texte.
« Malgré tout un quarteron de bloggeurs et vidéastes qui font mine de découvrir le phénomène des citations mal attribuées sur internet décident de faire une espèce de scandale que ce texte que nimporte qui aurait pu écrire soit repris un peu partout car par malheur son auteur est un allumé notoire plutôt que les célébrités annoncées (ignorant complètement que ça ne l’empèche pas de faire une bonne synthèse de ce que de nombreux gens plus connus ont pu en dire, Huxley le premier).
On découvre pas bonhomme. On informe. Le problème, c’est pas les fausses citations sur internet. Et tu le saurais si t’avais été attentif. Si elles sont sur internet, tôt ou tard elles arrivent dans la presse, dans les livres, dans les articles de revue, dans les devoirs et les cours donnés au collège, au lycée, à la fac, dans les grandes écoles, et s’exportent à l’international. Sérieux, lis l’enquête entière. Arrivé là c’est foutu : elles appartiennent à la culture et elles passent crème. Parce qu’on est tellement habitué à les voir que même un démenti circonstancié est impuissant à corriger le tir. Alors oui mon combat n’est pas héroïque, il est pas dans l’air du temps, il est un peu minable et désespéré. C’est pour ça que je m’y colle. Parce que les postures héroïques me barbent, que je suis pas dans l’air du temps, que je suis un peu minable et bien désespéré.

Tu veux savoir à quel point je suis désespéré ? Hier en ville, une gentille petite dame s’approche de moi avec des journaux dans la main, elle m’en tend un, je m’apprête à le prendre, je les connais ces journaux minables, un truc genre le moniteur universel, l’organe d’un groupe bien religieux et moraliste–tiens, encore des moralistes, et cette imbécile elle me glisse tout bas, comme une nonne : « pour un monde meilleur ». Je bloque. Je la regarde, interloqué, et j’éclate de rire comme ça faisait longtemps que je n’avais pas ri. « Pour un monde meilleur ! Haha ! parce que vous y croyez encore, vous ? » et j’ai ri encore plus fort, elle a fui loin du scandale, parce qu’on nous regardait et en marchant, c’était plus fort que moi, je riais encore. J’en avais mal aux joues. « Pour un monde meilleur, que je me suis dit, y en a qui manquent vraiment pas d’humour ». Voilà à quel point je suis désespéré, au point de rire à l’idée que le monde puisse être meilleur. Mais si je suis désespéré, qu’est-ce que tu veux que ça me fasse ? il n’en faut pas moins documenter l’étendue du problème pour que toi, et d’autres, face à la masse des documents relevés, vous finissiez par vous dire : bon, c’est vrai que ça fait beaucoup là, et que ce serait bien de faire quelque-chose. Parce que relayer des trucs faux, bah, même si tout le monde le fait, quel que soit l’angle sous lequel on regarde, ça revient toujours à dire des conneries. Et dire des conneries ça craint.
« Puis deuxième vague, pour plus de sensationnalisme ils vont y trouver 2 phrases et demi vaguement similaires à des extraits des Protocoles des Sages de Sion (ouf Loïc Guémard n’est pas convaincu par l’analyse, tout n’est pas perdu… jusqu’au moment où il succombe au procès par association suivant).
« 2 phrases et demi vaguement similaires » ? T’es sérieux là ? T’as un truc à vendre pour être de mauvaise foi comme ça ? T’es Carnassier le Mercantiliste ? Un truc à cacher comme une vieille Carne Maréchaliste peut-être ? CHAQUE PROPOSITION de la prosopopée, CHAQUE PROPOSITION bordel ! TOUT LE TEXTE, à une exception, est similaire. Et pas vaguement, merde ! Je suis pas statisticien, mais on est loin de la coïncidence là ! Mec, sérieux, pour qui tu me fais passer là ? S’il n’y avait eu que deux phrases et demi je me serai dit balek, je m’assoie dessus. J’ai aucun mal à jeter une hypothèse à la poubelle, ça a été l’essence de mon métier pendant 8 ans. J’ai même aucun mal à dire qu’une hypothèse est foireuse. Quand je dis que la prosopopée agit comme un toxoplasme, honnêtement, j’irai pas défendre ça bec et ongle. Par contre le parallèle avec les Protocoles, tu peux pas évacuer ça comme ça. J’ai dit à quelles conditions je l’abandonnerai, j’attends avec impatience qu’on me donne tort là-dessus.
« Ce qui aboutit à quelque crétin dénonçant comme « fasciste » ce qui est avant tout une dénonciation maintenant plutôt classique de la société du spectacle/consommation (qui pourrait tout aussi bien avoir pour base une citation in extenso du Meilleur des Mondes qui décrit exactement la société produite -dont le truc dénoncé par le vidéaste cité comme signe d’un message réactionnaire, l’importance donnée au sexe-, ou tout bêtement quelque bon vieux panem & circenses – de préférence attribué faussement à Jules César ou Néron). Je passe sur le sophisme assez manifeste de l’argumentation présentée à la minute 2:21.
Ah mais ne mélangeons-pas tout. Ce texte n’est pas une dénonciation, c’est un tour de prestidigitation. Tu y trouves ce que tu y a projeté et tu t’émerveilles de trouver un texte si proche de tes idées. C’est barnum. Dénonce-t-il le capitalisme ? Oui, si tu le lis comme tel, mais c’est toi qui remplit les trous. D’autres le lisent en disant que ce qu’il dénonce, c’est les juifs. Ou les wokes. Ou le nouvel ordre mondial qui vise à éradiquer les pauvres de la planète avec une fausse pandémie (p134 et suivantes). Eux aussi projettent dans le texte. Mais soit ce texte est vraiment trop con est ne veut rien dire, auquel cas tout le monde à tort d’y voir ce qu’il veut y voir, soit l’auteur avait bien un truc en tête en l’écrivant et à ce moment-là, y a une catégorie de lecteur qui a plus raison que les autres. Ce qui aboutit à quelques crétins qui s’imaginent que ce texte est une dénonciation du capitalisme. Ou à d’autres qu’il dénonce les wokes pédo-satanistes du N.O.M. Soit l’un soit l’autre. Maintenant dis-moi mon petit Carny, fais-tu assez confiance à la fibre anticapitaliste de Carfantan pour continuer à dire les yeux fermés que c’est toi qu’as raison ? ou tu prends en compte ne serait-ce qu’un peu les délires de Carfy et t’acceptes la possibilité que tu sois la dupe d’un mec louche ?
« Tout ça servant à l’arrivée de prétexte pour créer d’étranges passerelles entre le propos d’un Denis Robert et celui d’un obscur membre de l’action française, pour la plus grande joie du système.
C’est moi qui l’ai faite cette passerelle ? Tu m’en veux en fait ? J’ai fait tomber ta glace quand t’étais petit et c’est ton origin story ? Donc d’après toi c’est moi qui fait dire à l’autre fasciste que ce texte de merde est de Anders ? C’est moi qui ai mis dans les pattes de Denis Robert cette citation pour qu’il l’utilise dans un édito ? En l’attribuant à Anders ? Tu m’as pris pour le pape c’est ça ? Je suis le pontifex maximus génie du malum ? Je surgis de derrière un écran de fumée blanche, avec ma tête de suppo et mon rire démoniaque, je la mets à l’envers à tout le monde et comme Pie XII, je suis le grand pontonnier qui construit des passerelles entre les gens d’esprit et les fascistes ? Je ne suis qu’un spectateur dans cette histoire, si tu te cherches une némésis, prends-toi en plutôt à leur manque de rigueur …

On a deux faits étranges je suis d’accord. Étranges tous deux à leur manière. J’ai laissé le facho mariner dans son jus, j’ai prévenu Denis Robert. Donc mon pauv’vieux cette passerelle, loin de l’avoir faite : j’ai voulu la détruire. Parce qu’il est évident que Denis a utilisé ce texte pour se débloquer l’écriture, sans rien y voir de mal, sans s’imaginer que le texte pouvait ne pas être de Anders et puer la merde. Parce que ce texte au fond il s’en fout. Ce qui pose problème c’est que, et d’une, C’EST PAS DE ANDERS, et de deux, quand on voit qui fait une putain de conférence sur cette fausse citation, Philippe fucking Ploncard-d’assac, pour dire « regardez, c’est fou nan ? Y a un philosophe juif qui a réécrit premier degré le texte inauthentique qui entretient notre haine des juifs », bah ouais, la moindre des choses, quand on est journaliste, donc attaché aux faits, ou philosophe, donc attaché aux textes et aux idées, c’est de se dire qu’on a peut-être raté un truc important et on y regarde à nouveau histoire d’éviter un contre son camp. Soit en disant un truc faux. Soit en disant un truc délirant et passablement honteux.
« Il y aurait eu des réflexions bien plus intéressantes à faire là dessus, comme le fait que toute dystopie fictionnelle (pour peu qu’étant de qualité elle évoque de vrais travers de la société) ou critique sociale un peu poussée a des éléments communs avec les discours complotistes. 
Les mêmes points seront denoncés par les trois, la seule chose qui différencie finalement les complotistes des sociologues c’est qu’ils préteront à des groupes secrets, conscients et organisés ce que les seconds attribuent à des groupes sociaux obéissant à des mécanismes. Ce qui sépare Marx des protocoles, ce n’est pas que les symptomes qu’ils décrivent soient différents, c’est que Marx parle de bourgeoisie elle même produit d’un système et obéissant à une dynamique ne relevant pas d’un projet consciemment réfléchi, plutôt que de complot juif produit par des méchants par essence et totalement conscients de ce qu’ils font. Quant à ce qui sépare le Meilleur des Mondes des protocoles, c’est évidemment que l’un décrit l’aboutissement d’une pente glissante, quand l’autre ira affirmer qu’on l’a atteint.
Hey, dis-moi, cette prosopopée, elle dénonce qui ? La bourgeoisie ou un groupe occulte et qui n’est jamais nommé ? Dis-moi, qui se cache derrière ce « on », comment il agit ? sur qui ? T’es en mesure de le dire ? Avec certitude ? Et preuve à l’appui ?
« Ce qui rend plutôt absurde de dénoncer un texte car sa description de symptomes est similaire aux descriptions de symptomes d’autres textes (à moins qu’il soit accompagné de l’évocation du groupe tout puissant et conscient qui tirerait les ficelles).
Ah ouais en fait t’as rien compris. Ce texte je m’en fous. On peut le partager. Mais merde : qu’on dise clairement de qui il est. Qu’on ne dise pas qu’il est de Anders. Parce que c’est la pire introduction qui soit à la pensée de Anders et une insulte à son œuvre. Qu’on ne dise pas qu’il est de Huxley parce que c’est faux et qu’on n’invoque ce nom que pour rehausser l’intérêt d’un texte qui autrement n’en aurait aucun. Cette prosopopée, en bon lecteur de Eco (donc en lecteur qui a lu l’Oeuvre Ouverte ET Les Limites de L’interprétation), j’accepte parfaitement qu’on l’interprète différemment et qu’on argumente sur l’interprétation la plus pertinente à en donner (en s’appuyant sur la matière du texte, sur l’auteur, sur l’intertextualité ou à partir du contexte de réception), pour peu qu’on cadre et qu’on pose des arguments solides. On peut confronter, mais va falloir me donner du grain à moudre et pas ces réactions outrées. Parce que ces réactions outrées viennent d’une lecture biaisée du texte, toujours pris comme si c’était du Huxley ou du Anders. Ce que tu fais en me parlant de Huxley en permanence alors qu’il n’a qu’un rapport lointain avec. Je te rappelle : la prosopopée du cynisme politique, c’est pas un résumé du Meilleur des mondes, là-dessus je suis en désaccord avec Joseph. C’est ce que Carfantan imagine être la vérité du cynisme politique. Et même là-dessus ce crétin se plante parce qu’il ne comprend pas ce qu’est le cynisme ! C’est pour arracher ce texte bidon aux grands noms qui l’aimantent que j’ai mis la personnalité de Carfantan en lumière, démontré la proximité du texte avec les protocoles et écrit l’histoire de l’erreur d’attribution. Pour que ce texte puisse être lu à partir de son véritable auteur, sa véritable histoire, sa réelle matière textuelle et avec une autre intertextualité que celle qu’on présuppose toujours sur la base d’une confusion et d’une erreur grossière. Si pour toi ce texte doit être interprété comme une dénonciation du capitalisme, parfait discutons-en, mais sans jamais perdre de vue quel est le texte qui est l’objet de la discussion ni qui en est l’auteur. Et qu’on me montre alors que derrière le « on », il faut entendre les bourgeois et rien d’autre. Si la démonstration est convaincante, parfait, crois-moi je préférerai. Et je l’adopterai. Et je ferai même une grande note à ta gloire pour dire dans quelles largeurs je me suis planté.
« Quant à la question du nombre incroyable de citations mal attribuées qui se trouvent un peu partout… en l’an 41 après internet, est ce que c’est vraiment un sujet qui mérite une attention même distraite ? Peut être comme phénomène social découlant de l’économie de l’attention, à la limite, mais pour aller chercher les vrais auteurs (typiquement des gens n’ayant fait que bien formuler des idées déjà maintes fois émises par d’autres), bonjour le temps à perdre. Enfin comme le disait si bien Paul Valery* : « Je ne saurais que saluer l’humilité des gens qui m’attribuent tant de pensées dont ils n’osent se reconnaître le mérite. » 
(* dans une citation que je viens comme il se doit d’inventer en hommage au nombre incroyable de formules plutôt très vraies mais pas de lui gratuitement offertes à cet auteur dont tout le monde connait le nom mais pas grand monde n’a dù lire)

Et c’est là que toi tu te plantes. C’est justement en 36 après internet (j’ai vérifié) qu’on peut enfin se livrer à cet exercice. Qui n’est pas vain, je t’invite à lire ce que j’ai écrit sur la fausse citation de Pasteur. On découvre que cette fausse citation, « un peu de science éloigne de dieu, beaucoup en rapproche » est une manœuvre réussie d’un journal tour à tour royaliste, pro-Napoléon III, antirépublicain, idôlatre plus que religieux, qui n’était pas à un mensonge près, bref, qui pue la merde, et que plus d’un siècle après on n’arrive toujours pas à s’en décrotter. Luc Ferry a même été jusqu’à se rouler dedans. Ensuite, justement elles sont partout et pas qu’un peu. Ça t’emmerde pas, toi, d’être trompé ? De croire des choses fausses par une habitude collective ? Tu trouves pas que c’est une bonne chose que de se libérer d’une erreur, quelle qu’elle soit ? Mais si ça t’emmerde pas, si tu t’en fous de croire des trucs faux, pourquoi t’es abonné à un site de critique des médias ? N’est-ce pas justement pour identifier le faux, savoir comment il se propage, où il se trouve et comment le combattre ? À moins que ce ne soit que pour te moquer des média « mainstream » qui servent une propagande grossière, donc pour ne combattre que les mensonges auxquels tu ne crois pas ? Mais qu’en est-il des mensonges auxquels tu crois ? Pire : des erreurs que nous partageons tous ?
Les fausses citations sont de telles erreurs. Combien y en a, jusqu’où vont-elles ? Les trouve-t-on dans les discours politiques ? Y en a. Dans les essais, les livres, les romans ? Y en a. Dans les articles de presse ? Y en a. Dans les articles de revue, les colloques, les conférences, les cours, les séminaires dans les grandes écoles ? Y en a. Dans les collèges, les lycées, les facs ? Là aussi y en a. Internet nous donne les moyens de les identifier, de les corriger et, jusqu’à un certain point, de retracer l’histoire du faux. De documenter, donc, les erreurs culturelles collectives. Et avec suffisamment de données, d’expliquer les mécanismes et donc d’agir en amont. Chais pas toi, mais moi je trouve ça chouette et, malgré tout, un poil important quand-même. Du coup : je documente.
« Enfin pour en revenir à la phrase qui m’a fait réagir, que l’on débatte plutôt de la validité des idées que des auteurs auxquelles elles peuvent être plus ou moins abusivement associées, me semblerait plutôt plus constructif que la tendance inverse.
Idéalisme et bis repetita.

Oh, petit effet d’annonce, la prochaine note concernera une vidéo youtube qu’une amie m’a envoyée dans laquelle, sans que cela soit dit, on voit bien que la fausse citation a servi de base. (EDIT : aujourd'hui encore, je n'ai toujours pas écrit cette note) Et c’est le pire, car, vois-tu, Carnéade l’idéaliste, ces idées, elles circulent, elles sont reprises, avant même qu’on ait commencé à débattre de leur validité. Elles ont si bien circulé qu’il n’est plus besoin de se référer à ce texte qui pendant 10 ans les a portées partout. Un peu comme les antisémites aujourd’hui, vu que tout baigne pour eux, n’ont plus besoin de l’être ouvertement pour qu’on comprenne qu’ils le sont et pour que tout le monde comprenne que, derrière leurs petites questions innocentes, leurs memes rigolos ou leurs gestes incontrôlés d’amour, y a rien d’innocent, de tendre ni de drôle, mais que de la haine en contrebande. Et la promesse d’un temps de chien pour les jours à venir.