(20 novzmbre 2024) Quand j’étais à la fac, j’avais un pote, là j’en ai oublié le nom faut dire que ça date. Disons qu’il était pas très regardant. Très sympa, très drôle. Mais pas très regardant. Son appart, c’était juste une grande chambre en bordel, il y dormait avec deux autres dans le plus grand lit que j’ai jamais vu. Dans une promiscuité que j’ai jamais pu vraiment démêler. Et, vu le bonhomme, que je n’avais pas envie de démêler de toute façon. Toujours est-il qu’il attirait à lui les gens les plus bizarres et non, je ne me compte pas parmi ceux-là. Si bien qu’il lui arrivait toujours tout un tas d’histoires improbables. Je ne pourrai pas vous en raconter la moitié. Toujours est-il qu’une nuit, errant dans les rues, il croise un autre type errant, genre pâle en imper, qui veut les inviter chez lui. Lui est partant, imaginez le truc, ses amis le retiennent. À défaut de les attirer chez lui, ce type leur offre des bonbons. Je vous jure que cette histoire est véridique. Les bonbons, m’a-t-il dit, avait des poils frisés collés dessus. On imagine tous très bien ce qu’il faisait avec ses foutus bonbons : il se les collait sous la tige. Il en a donné à chacun d’eux avant de disparaître. Tous ont jeté leur bonbon, sauf le pote en question dont j’ai oublié le nom. Il est tombé malade, gros mal de ventre, vertiges et le pire, c’est qu’il s’en étonnait.
Il aurait dû se méfier m’a-t-il dit en riant. Mais il était comme ça. Pire que naïf : nihiliste.
Si je l’évoque, c’est
parce que depuis quelque temps je me sens un peu comme ce mec
bizarre. Qui cherche à attirer les gens qu’il croise dans son trou
de lapin et distribue à la cantonade des bonbons douteux.
Je me
sens être moi aussi un St Nicolas de la Pestilence. Notez que je
m’en vante pas. Mais je vais pas m’en repentir pour autant. Car
après tout, ça mord, en dépit des poils et, pour une fois, pas par
nihilisme. Je m’y suis frotté pendant un an à cette enquête,
j’ai fait suer ma couenne pour que ce soit savoureux à lire, alors
j’ai pas trop le choix de les distribuer à tout le monde
maintenant, mes bonbons douteux, que tout le monde ait le même sale
goût dans la bouche que moi. Un goût sale qui donne envie de
cracher à la gueule de ceux qui merdent lourdement.
Et quand je vous dis que ça mord :
Joseph, de Trucsdephilo,
a d’abord refusé poliment. C’est pas un nihiliste ce mec. Je
l’ai contacté mi-juillet, il a refusé, mais il a alerté autour
de lui, a fait tourner l’info, j’ai jamais trop su les retours
qu’il a pu avoir. Puis avec le temps, malgré le caractère louche
de toute cette histoire, l’idée a fait son chemin et il a décidé
de faire une vidéo. M’aider à rendre l’affaire publique. Il
revient dans sa vidéo sur nos échanges et ça j’aime bien, il
montre les coulisses, laisse une bonne part à mon enquête. Et y a
un trait de génie dans sa vidéo. Le montage met côte à côte
Denis Robert dans son éditorial et Ploncart d’Assac dans sa
conférence. Le passage me révolte et me retourne le ventre, il
donne vraiment à voir et à vivre le problème : d’un côté,
Denis Fucking Robert, Denis, réveille-toi merde, gros problème
là mec gros problème … et de l’autre le fumet nauséabond,
l’odeur de poubelles : l’antisémitisme supposé du texte
sur lequel y a même pas besoin d’insister parce que si Ploncart le
dit, le lien est fait y a pas à chier. Si y a bien un type taillé
pour renifler la haine à même le cul, c’est lui. C’est déjà
assez grave que Denis et Ploncart s’accordent entre eux, là ça
vrille les nerfs de les voir quasi copains, chacun dans son style :
le journaliste prolo de gauche et l’activiste aristo d’extrême
droite.
Putain paye ton remake maudit d’Amicalement Vôtre,
quoi.
Ce petit coup de génie dans les parties me console franchement de n’avoir pas pu faire moi-même une vidéo. Ça, qui fait franchement mal, jamais j’y aurai pensé. Je suis content de l’avoir vu. Tiens d’ailleurs, en parlant de youtube : le médecin espagnol repris sur Tik-tok, jamais il n’a lu la fausse citation à la télé, on est sauvé d’un sacré vertige. Il a une chaîne youtube, la reunion secreta qui m’a l’air bien bien conspi. J’ai pas encore trouvé la vidéo en question, mais l’extrait est bel et bien tiré de cette chaîne.
Deux mauvais livres
Et puis y a un truc de
malade. Une question qu’il faut bien se poser. Dans combien de
livres la fausse citation apparaît-elle ? Elle apparaît dans
masse de livres auto-édités, mais ces livres ne sont pas des vrais
livres. Joseph était persuadé qu’il y en avait plus que je ne le
disais, que j’en avais ratés. C’est pas un naïf ce mec. Il
voulait mettre à l’écran ce livre : Dis Grand-père, de Bachir Habiballah.
Le problème de ce livre, c’est qu’il est
publié par une maison d’édition à compte d’auteur. Le
pendule de Foucault de Umberto Eco met en scène une telle
maison d’édition et c’est édifiant. Leur modèle économique ne
repose pas sur la vente des livres, donc sur la recherche de
lecteurs, ce qui supposerait des livres de qualité, bien écrits,
bien corrigés, avec une belle couverture, de la pub, ce qui entraîne
un coût important : (re)lecteurs, graphistes, gestion de la
relation libraires/presse, etc. Mais sur la recherche d’auteurs
naïfs prêts à payer pour être édités. Et ça, ça se trouve
tout le temps. Tu pisses sur une fourmilière il t’en sort des
centaines. Du coup, la maison d’édition, elle va pas rejeter un
manuscrit, demander de réécrire des passages entiers, discuter le
style, ce serait un obstacle entre la poche et le pognon. Mais une
fois le contrat signé, à quoi bon faire la promo ? Ce serait
dépenser de l’argent bien gagné. La manœuvre dégueulasse
consiste à laisser mourir le livre, pour ensuite racketter une
seconde fois l’auteur en lui faisant racheter son stock d’invendus
menacé de pilon. De la littérature au rabais, écrite par
amour-propre, comme mon blog, à ceci près que mon blog est gratuit.
Et sans doute aussi confidentiel que Dis Grand-père de
Bachir Habiballah.
Ce livre, je l’avais vu, mais refusé d’en parler. J’allais pas assurer la promo des rapaces. Les mettre à côté de vrais éditeurs, c’était leur faire un trop beau cadeau. Mais du coup, Joseph me donne l’occasion de leur offrir le cadeau qu’ils méritent.
À quoi on voit que cette maison d’édition est louche ? Il y a un onglet bien visible
d’avis dans lequel les auteurs se disent satisfaits des services proposés par l’éditeur. Y a qu’un escroc pour faire
ça. Sûr que ça fait partie du contrat. De plus, mais là c’est
subtile, il faut regarder leur distribution. Pour les éditions
du Panthéon, on a que du numérique et Hachette distribution. Ça
fait sérieux Hachette. Ça fait vrai livre, entrepôts, libraires.
Poussière érudite et vrillettes. Mais c’est de la merde.
Le
truc, c’est que Hachette distribution a un service d’impression à la demande, ce qui fait que les maisons d’édition
rapaces l’utilisent et mettent leur partenariat en avant :
Hachette Livre Distribution propose un outil destiné aux éditeurs d’impression à la demande à travers une joint-venture avec Lightning Source, le leader mondial.
C’est de la duperie.
Donc méfiance si vous voyez ça. Parce que, oui, ça référence les
livres auprès des libraires, mais ça les informe aussi que c’est
de l’impression à la demande, donc du compte-ferme. Le libraire ne
pourra pas le renvoyer et y sera donc de sa poche si le livre n’est
pas acheté. Il émettra ses doutes auprès du client et le mettra en
garde. Pire, c’est un partenariat avec Hachette distribution, non
avec Hachette diffusion. Les livres de cet éditeur n’apparaissent
dans aucun des catalogues qui permettent aux libraires de décider
des livres qu’ils exposeront, ce qui fait que ces livres n’existent
pas en librairie. Les libraires n’en entendent jamais parler et en
général n’y touchent pas.
Hachette distribution mis en avant,
avis favorables bien en vue sur la maison d’édition rédigés par
les auteurs, tout ça, c’est warning.
Mais, le plus simple pour
en avoir le cœur net, c’est de regarder depuis quand la maison
d’édition existe, combien de livres elle propose, et de s’adonner
à un petit calcul. Les maisons d’édition à compte d’auteur ou
en autoédition, vu qu’elles sont aussi peu regardantes que mon
pote, dont le nom décidément ne me reviendra pas, ce chiffre va
être astronomique. C’en est parfois grotesque qu’on ne peut
qu’en rire.
Ici, l’éditeur nous prête le bâton pour se
faire battre :
« Créée au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, les Éditions du Panthéon a été relancée en 1992 et est aujourd’hui dirigée par Jeoffroy Delépine. Forte de son histoire, c’est aujourd’hui un éditeur à taille humaine qui a su allier la tradition littéraire aux nouvelles technologies de l’édition du livre.
Notre maison est installée depuis sa création à Paris, lieu emblématique de la littérature et de l’édition française et bénéficiant d’un rayonnement international.
Les 2 500 livres publiés à ce jour aux Éditions du Panthéon sont représentatifs de la littérature dans sa diversité. Dans notre démarche éditoriale, nous accordons une importance particulière au respect des valeurs humaines et éthiques, indissociables selon nous des préceptes humanistes qui président à tout acte de création littéraire.
N’hésitez pas à prendre contact avec notre équipe pour convenir d’un rendez-vous. Situés au cœur du 15ème arrondissement de Paris, nous nous ferons un plaisir de vous recevoir et d’étudier avec vous votre projet éditorial.
Experte et à l’écoute, notre équipe vous offre un réel savoir-faire ainsi qu’un accompagnement personnalisé pour préparer ensemble la publication de votre livre. »
Ah oui, autre
Trigger-Warning, le site s’adresse aux auteurs potentiels, non aux
lecteurs potentiels.
Regardez par exemple la présentation que
les éditions du Sous-sol donnent d’elles-mêmes. ça n’a
rien à voir. Là on a l’histoire de la maison d’édition, livrée
sobrement, avec la mention d’un travail créateur concret (la
rédaction d’une revue), et une invitation en fin de texte qui
s’adresse autant aux lecteurs qu’aux auteurs. Tout le reste
tourne vraiment autour des œuvres publiées, non autour des auteurs
potentiels qui viendraient sur le site.
Calcul, donc. Les
éditions du Panthéon existent depuis 1992, si on les suit, avec
2500 livres publiés en 32 ans, ça donne une moyenne de 78 livres
publiés par an. Environ 6 par mois. C’est pas le pire, mais ça
sent mauvais. Alors je ne sais pas trop ce qu’ils veulent dire par
« éditeur à taille humaine », mais si ça veut dire
petite équipe, bah je suis désolé, mais une petite équipe ne peut
pas faire vivre 78 livres par an. C’est impossible. Et si c’est
impossible faut pas y croire. Surtout pas se laisser pigeonner.
En
comparaison, je vois un catalogue de 250 livres sur le site des
éditions du Sous-sol. En se livrant au petit calcul, 250 livres
publiés en 13 ans, ça fait une moyenne de 19,23 livres par an. Un
peu plus d’un par mois. Bah là, même « à taille humaine »,
le défendre, le faire connaître, le faire vivre, c’est jouable.
Et pour cause, les éditions du Sous-sol, vrai éditeur, ils l’ont
fait. Par contre du coup, ils n’ont pas d’autre choix que de
refuser des manuscrits. C’est le jeu.
Mais tout ça n’est qu’une digression.
Quand je lui dit, à
Joseph, que Dis Grand-père, je l’ai vu et rejeté, il est
déçu c’est sûr. Alors je check à nouveau avec lui, comme je le
fais de temps à autres, Google books. Et bordel, le délire : y
a livre que j’ai jamais vu. Il vient de nous apparaître comme
Jésus à Thomas faut y mettre le doigt pour y croire. Je suis
franchement excité comme un nihiliste qui se demande s’il doit
manger le bonbon ou retirer le poil frisé qui y est collé d’abord.
Et comme lui je gobe tout.
Je vais d’abord sur le site de
l’éditeur : https://www.leseditionslabarbichette.fr/
Et
là pas de doute, c’est une maison d’édition. Moisie mais
maison. Deux livres, tous deux du même auteur, Christophe Bofarull,
trois ans entre les deux, c’est correct. Ça sent un poil
l’autoédition cachée, à mon avis c’est Bofarull lui-même qui
la gère, mais enfin, rythme d’édition correct, ligne éditoriale
claire, il cherche en effet des auteurs « motivés sur les
thématiques suivantes:
– Management
– Négociation
–
Gestion de conflit
– Ressources Humaines
– Psychologie
–
Etc… »
Donc même s’il la gère, il suffira d’un livre
par un autre que lui pour que ça me paraisse parfaitement legit.
Le site affirme également que la maison d’édition a été créée
par l’entreprise « growing trends ». Encore un poil
frisé sur lequel tirer.
Je la trouve
sur Linkedin cette entreprise, elle a deux employés :
Christophe Bofarull, bingo, « expert en intelligence
stratégique, négociation et protection des personnes », ça
fait très militaire reconverti en conseil stratégique aux
entreprises, ça se fait tellement souvent maintenant et à regarder
son CV en ligne on n’en est pas très loin : il est
passé par l’institut de haute étude de la défense
nationale.
L’autre employée s’appelle Céline Bofarull,
« présidente chez Growing Trends et Directrice de l’ANVL ».
J’en déduis que c’est une entreprise familiale. Ou comme ça
fait chic de le dire : « à taille humaine ».
Christophe, de plus, est « professeur invité à l’Université
de la Sorbonne, à l’École centrale et à l’INSP, où il donne
des cours de négociation et de gestion des conflits ». INSP,
vous vous souvenez ? On a vu ça déjà, avec la revue
Servir. L’article minable sur le Métavers déjà repris par les corpo comme je le montre dans la note précédente, c’était
dans un numéro coordonné avec le ministère de la défense. On
parie qu’il a eu la fausse citation à cette occasion ? On
parie que depuis il utilise la fausse citation en cours ?
Je lui ai demandé, j’attends sa réponse avec la joie démesurée d’un enfant sage à
l’approche des fêtes. Après tout : n’ai-je pas bien fait mes
devoirs ?
« Le mot « influence » vient du latin médiéval « influentia ». Nous remarquerons une similitude sémantique avec le mot italien repris par l’anglais « influenza ». L’influenza est la maladie infectieuse bien connue sous le nom de « grippe ». »
Hé couillon, la
définition d’Influentia, jamais tu nous la donne ?
Il est
peut-être bon en stratégie le boug, mais en lexicographie il laisse
à désirer. Déjà, quand on est sérieux, on ne se réfère pas au
dictionnaire Larousse. On n’est plus au CM2 … On va comme un
grand sur le site du CNRTL. Et là on découvre que influentia,
en latin médiéval, renvoie à l’action attribuée aux astres sur
la destinée des hommes. Donc bel et bien à un pouvoir caché et
lointain qui détermine les gens à agir comme ils le font. Et là le
mec a raté son occasion de briller et de mettre des étoiles dans
les yeux des ses clients en les projetant au firmament. C’est ce
qui arrive quand un besogneux fait le travail à moitié. On perd
toute poésie.
Donc le livre pas fifou
mais pas honteux, j’imagine qu’il ressemble à tout ce qui se
fait dans le même genre. Même si là la couv’ fait franchement
conspi. Ou livre scandale sur les VSS. Maladroit quoi.
Le passage
sur Anders est plus croustillant et un peu plus loin, on trouve une
citation de Gustav Meyrink (l’auteur du Golem) sans références :
« les influences qu’on n’arrive pas à discerner sont les
plus puissantes ». Google Books donne bien des résultats pour
la phrase, mais aucun livre de Meyrink. À tous les coups il l’a eu
sur le Figaro ou Ouest-France. Comme les autres d’ailleurs
puisque les livres en question, de dev-perso ou d’ésotérisme,
ont été publiés entre 2014 et 2024 (tiens, ces dates me rappellent
quelque-chose …). Il semblerait que la citation se trouve dans une
nouvelle, Les quatre frères de la lune, il me faudra regarder
ça. Mais à mon avis, comme tous les livres du genre, le Bofarull
grouille de citations non vérifiées, apocryphes pour la plupart.
Fausses pour certaines. Il se paye le luxe de mettre deux fois la
fausse citation d’Anders, mais franchement qui fait ça ?
Alors
il n’y a, je crois, niveau citation, rien à attendre de ce type.
L’essentiel pourtant
n’est pas tellement là.
Bofarull c’est personne, qu’un
véhicule. J’étais certains que ça viendrait, et c’est là.
Chaque année depuis 4 ans des livres sortent avec cette foutue
fausse citation, et cette appétence pour ce texte toxique me … je
sais pas comment dire, j’aime l’ignominie langagière, la
vulgarité mais là j’ai plus de mot pour en parler, j’ai pas de
mot assez sale pour exprimer très exactement ce que je ressens face
à ça, mais enfin c’est là : j’étais sûr qu’au moins
un livre nous sortirait cette année avec ce bonbon douteux, et le
voilà, Bofarull nous le donne au moment même où on en a le plus
grand désir. Alors j’ai pas trop d’autre choix, comme le St
Nicolas de la Pestilence que je suis devenu, que de vous le jeter au
visage, histoire que vous vous le rouliez une dernière fois sous la
langue jusqu’à en avoir la nausée.






