vendredi 24 juillet 2026

Demain les chiens (DTRH14)

(13 février 2025) Depuis deux mois que je me promets de ne plus revenir là-dessus, rien n’y fait. Chaque fois j’y reviens. J’y reviens avec l’envie d’en finir. Je ne me suis pas fané tout le youtube espagnol à la recherche de la vidéo virale qui a promu jusque sur TikTok le faux Anders. Je pensais le faire. Mais flemme. Je laisse ça à d’autres. J’ai fait ma part. Faut que je passe à autre chose. Et je passerai bientôt à autre chose. Et ça sera putain de glorieux. (EDIT : je ne suis toujours pas passé à autre chose...)

Mais pour le moment la purge : faut que je me justifie, que j’éclaircisse un point ou deux. Alors voilà : une note chiante. C’est pas la première je crois, c’est la dernière j’espère.

Contexte

Loris Guémart, journaliste à Arrêt sur Image, avait évoqué mes recherches le 26 novembre 2024 dans son émission Twitch, Proxy. Je l’avais contacté après avoir réussi à convaincre Joseph, de TrucsdePhilo, c’est lui qui m’a conseillé de le faire. Alors je l’ai fait. Il a accepté d’en parler parce que cela concerne le journalisme, la qualité du travail journalistique et l’éthique du journalisme. En effet, plusieurs journalistes, mais aussi des hommes politiques, se sont retrouvés à user de cette fausse citation et, mis en face de leur erreur, refusent de la corriger. C’est moche. Je le rappelle : Denis Robert dans un édito : prévenu, pas de correction. Bernard Valetes dans L’écho de l’ouest ; rédaction prévenue, pas de correction, pas de réponse, rien. Servir, la revue des anciens de l’ENA : prévenue,auteurs prévenus, pas de réponse, pas d’erratum, rien. Humanisme,la revue du grand orient de france : prévenue, pas de réponse,pas d’erratum, rien. J’ai contacté à l’époque une revue de sociologie, direct ils m’ont répondu. J’ai contacté récemment les Presses Universitaire du Septentrion, direct j’ai eu une réponse. Les mecs ils sont content quand on leur dit qu’une erreur est passée, qu’on les corrige, qu’on les alerte. Mais y en a plein ils sont pas contents. Ou pire ils s’en foutent. Tellement que d’autres citations fausses sont régulièrement utilisées par des journalistes et des chercheurs sans égard pour la vérité : ils ne vérifient pas et, quand ils se trompent, ne se corrigent pas. C’est peut-être un problème de merde, tout juste bon à satisfaire un lecteur maniaque comme moi, mais ça reste un problème et il faut le mettre en lumière. Et le corriger si possible.

Et puis merde. C’est pas un petit problème. Je rappelle que le faux Anders est écrit par un mec qui cite Hitler, pense à partir de Guénon et de Julius Evola et a écrit trois saloperie de bouquins complotistes sur le covid. Le mec croit aux anges descendus de la constellation des Pléiades. En tout cas il trouve le principe pertinent. N’en déplaise aux gens, mais c’est lui qui se retrouve cité dans les pages de Blast, de Mediapart, qui se retrouve cité par des hommes politiques, par des profs, dans leurs cours, par des mecs dans toute l’europe etce dans toutes les langues. Un mec qu’il ne viendrait à l’esprit de personne de prendre au sérieux. Alors, ouais, c’est massif comme problème. Aussi massif que la bibliographie que je pourrai établir juste sur la base des quelques fausses citations que j’ai étudiées. Ma seule erreur avec Loris, c’est de n’avoir communiqué que sur le faux Anders et pas sur le problème plus global des fausses citations. J’avais encore la tête en plein dedans, j’ai pas vu que, pour Arrêt sur image, il fallait élargir et insister sur l’aspect global de tout ce bordel. Moi à ce moment-là cet aspect global je ne le voyais pas vraiment, je n’ai pu le voir qu’après mes échanges avec Joseph, avec Loris, mes premières notes sur Mediapart. Une fois donc que le plus urgent à mes yeux ne fût connu et partagé. Du coup, mal pensé mal passé. Et je le comprend. C’est pourquoi je me retrouve à faire de la retape pour ma propre enquête, qui parle pourtant d’elle-même.

Et ça me gonfle au plus haut point.

Bon, je vais pas mentir, c’est mal passé surtout parce que les gens ont lu la version courte, la version Mediapart, et pas la version longue, qui fait nettement plus saigner des yeux. Là encore, j’aurai pu développer plus, je le reconnais. Alors je vais prendre deux commentaires, et répondre. Trois en fait.


Courrier du cœur avec les poings

Une réponse qui a du chien

On commence avec une lettre de JD. JD qui nous dit :

« Je suis atterré par votre article.
Je suis atterré par ton commentaire, JD.
« Que la citation vienne de Carfantan ayant fait son résumé (prosopopée) du Meilleur des Mondes, soit. D’autres internautes l’avaient déjà remarqué. Votre article aurait dû s’arrêter ici.
Je sais que ça s’adresse pas à moi mais je vais faire comme si. Pour les autres aussi.
Je fais plus, JD, ce serait sympa de le remarquer. Qui s’est posé la question de qui est Carfantan ? Personne avant moi. De ce qu’il pense ? De ce qu’il a écrit ? D’où il l’a écrit ? Personne avant moi. Qui a montré l’origine de l’erreur et l’étendue du désastre ? Personne avant moi. Je suis le premier à montrer à quel point l’enfumage est massif, à dire qui est Carfantan, et le portrait que je dresse de lui devrait te faire dresser les cheveux sur la tête. Parce que c’est le cauch’.
« Mais valider qu’il y ait une ressemblance avec Les Protocoles des Sages de Sion est une divagation. Ou alors tout y ressemble.
Carfantan est un complotiste qui reprend toutes les fake-news covidosceptiques, dont certaines à teneur antisémites, et je l’ai vu citer Hitler en effaçant l’antisémitisme d’Hitler du texte qu’il reprenait. C’est ça qui a fait que j’ai flairé un lièvre. Y a rien de plus suspect que sa citation d’Hitler dans L’étrange affaire Corona. Alors s’il arrive à javeliser l’antisémitisme dans les phrases d’Hitler, quel autre texte a-t-il javelisé ? Sa prosopopée est complotiste, Carfantan lui-même le reconnaît. Est-elle antisémite ? L’a-t-il javellisée ? Pour le prouver, il me faut du luminol. je l’ai trouvé chez Platon. Mais comme Platon c’est chiant pour une démonstration, je vais te parler chiens, JD. Je vais te parler concours canin. Parce que vois-tu, les juges des concours canins sont sans doute les derniers vrais platoniciens.
T’es juge dans un concours, imagine, t’as 10 chihuahuas sous les yeux, chacun prétend être le plus représentatif de sa race. Toi t’es là t’es comme un con, sur quel critère tu te bases, à qui tu donnes la médaille, comment tu te justifies ? Celui qui te plaît le plus ? Oui, mais si t’aimes pas les chihuahuas, comme c’est mon cas—t’es d’accord avec moi que c’est moche ces horreurs ?—, tu vas prendre le moins chihuahua de tous. Et le pire c’est que tu ne peux même pas y aller par élimination comme dans un QCM : vu qu’ils sont tous de race ! De la race de Caïn qui dans la fange vit et meurt misérablement, la truffe à hauteur de merde mais enfin, de race malgré tout, alors comment faire ?
Bah comme faisait Platon. Lumineux. On va pas se fier aux chihuahuas tels qu’ils sont et les comparer entre eux, on n’arriverait à rien. Ils sont tous aussi tartes les uns que les autres. On va faire mieux : on va faire descendre du ciel des idées l’idée unique du chihuahua, le Chiwawaouh pur et parfait. Tellement parfait que, peut-être, aucun chihuahua réel n’a jamais totalement correspondu à cette description idéale. Mais ça c’est pas grave, parce que ce qu’on cherche à avoir par cette idée, c’est un terme fixe à partir duquel juger de manière impartiale. En comparant, non plus les chiens entre eux, mais chaque chihuahua à l’idée de chihuahua, on comparera la proximité de chacun à l’idéal. Le plus proche décroche la timbale. Ce que faisait Platon dans ses dialogues. Cette idée prend ici la forme d’un ensemble de mensurations et de caractéristiques physiques : https://www.ccce.org/races/chihuahua/standard.html
Tous vont être confrontés à ce standard, qui permet de les départager. J’ai fait pareil. Je disais que ce texte de Carfantan avait des relents d’antisémitisme, on m’a dit que non ; j’ai dit qu’il ressemblait à rien, on m’a dit que le pastiche était parfait ; alors j’ai cherché le standard des textes antisémites, le texte antisémite de base, sur lequel se sont moulés tous les textes antisémites historiques, et j’ai trouvé les Protocoles. Paye ton idéal … J’ai comparé ce texte qui pue la merde à cet autre texte qui pue la haine. Et la correspondance est parfaite. Je n’y croyais pas moi-même ! J’ai fait ça à 3h du mat et n’en ai pas dormi de la nuit. Le parallèle une fois fait était trop troublant pour être ignoré.
« D’abord Les Protocoles des Sages de Sion est un plagiat de Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Protocoles_des_Sages_de_Sion
https://fr.wikipedia.org/wiki/Dialogue_aux_enfers_entre_Machiavel_et_Montesquieu
Donc l’idée de tromper, d’endormir le peuple est antérieure aux Protocoles. Je suis sûr qu’un historien pourrait nous dire que cette idée était banale pour l’époque.

Ça je le sais bien mon gland. Mais t’oublies l’essentiel. Dans le Dialogue, je sais qui agit, je sais comment, je sais pourquoi et quand. Napoléon III a réussi contre toute attente son coup-d’état. Il est au cœur du pouvoir, il a l’armée avec lui, il n’a que quelques jours pour agir. Il doit prendre des décrets et envoyer l’armée et la police pour agir vite, imposer une constitution pour asseoir sa domination. L’essentiel est d’aller vite afin de prendre de court ses opposants et ne pas être renversé ni efficacement combattu sur telle ou telle décision. Plus tard serait trop tard. Toutes les décisions ont pour but de réduire à rien l’opposition, de plaire au peuple pour qu’il soit de son côté, de cadenasser le pouvoir. Totalement pas la même chose dans les Protocoles. Dans les protocoles. Ce sont les juifs. Ils n’agissent pas dans la précipitation et avec force, mais avec des méthodes sournoises et depuis toujours. Et pourquoi font-ils ça ? Pas pour conserver un pouvoir arraché de force, mais … mais pour quoi au fait ? Pour dominer le monde ? Pour l’argent ? Parce qu’ils sont méchants ? Et comment ? Le plagiat est une réécriture qui change la nature du texte et de ce qui est dénoncé. Il ne répète pas : il transforme. Et pour cause : le but n’était pas de dénoncer un coup-d’état, mais d’empêcher le tsar d’écouter les réformateurs. Les Protocoles servent à lui faire croire que, derrière les révoltes populaires, qu’il pourrait à juste titre croire légitimes, les juifs sont à la manœuvre pour renverser l’empire. Et qu’il faut donc rester sur une ligne forte, et la renforcer : mater les révoltes et tuer les juifs.
Maintenant JD attention, la grande question : dans la prosopopée, qui agit ? Comment ? Sous quelle temporalité ? Pour quelles raisons ? Éclaire-moi là-dessus si tu veux bien.
« Ensuite, il est étonnant de trouver une ressemblance entre le résumé de Carfantan et  Les Protocoles : l’antisémitisme est absente du résumé.
Je t’assure, il est absent aussi du résumé des Protocoles. C’est son usage, ses effets et sa critique qui font dire qu’ils sont antisémites. Tu devrais regarder qui relaie ce texte (qui n’est pas un résumé du Meilleur des mondes ôte-toi ça de la tête) à l’internationale. Mais passons. Je suis d’accord, c’est étonnant comme rapprochement. Mais 1) depuis quand c’est un argument 2) c’est étonnant, mais plus important : est-ce que le rapprochement est convaincant ? Oublie Huxley : lis les passages que je rapproche : est-ce qu’ils disent la même chose ?
« D’ailleurs le cheminement du blogueur à atterrir sur Les Protocoles est aussi absente : il passe de ce n’est pas une citation du Meilleur des Mondes ni de L’obsolescence de L’Homme à je vais montrer la proximité avec Les Protocoles !
https://blogs.mediapart.fr/pleaseunquote/blog/101024/derriere-la-fausse-citation-andershuxley-les-protocoles-des-sages-de-sion
Aussi un commentateur fait remarquer au blogueur que ce résumé est dans l’esprit du Meilleur des Mondes :
https://blogs.mediapart.fr/pleaseunquote/blog/110924/pour-etouffer-par-avance-toute-revolte-huxley-na-jamais-dit/commentaires
Et le blogueur acquiesce. Donc ce résumé ressemble aux Meilleur des Mondes qui ressemble aux Protocoles !!!

Tu veux les détails ? lis ce blog. Mais OK, pour toi : reprenons. J’acquièsce, oui, mais avec réserve et je note à la fin de ma réponse qu’il y a une distance entre les deux textes. J’ai déjà dit la distance entre la prosopopée et Anders (EDIT : enfin, je crois, il me semble). Huxley maintenant. Première chose à dire c’est que c’est pas un auteur de SF. Lis ses premiers romans. C’est un moraliste. De la pire espèce : il descend les autres pour se rehausser. Il dresse dans ses romans un portrait à charge de la upper-class, qui a accès à la culture mais ne se laisse pas pénétrer par elle, qui agite des idéaux tant que cela donne un style, mais qui s’en détourne dès qu’il s’agit de s’installer. Lui, il est systématiquement du côté de la culture qui transperce, de l’idéal qui guide la vie. Il se peint en artiste maudit et sans concession. Il aurait connu internet, ce serait un Edgelord et il serait cringe-worthy. Il aurait un blog coloré dans lequel il se donnerait le bon rôle en montrant à quel point ceux qui font profession de culture sont des gros nazes. Wait what ?? Sauf que le Meilleur des mondes a été écrit avant internet, du coup il raconte l’histoire de l’upper-class qui renie ses rêves pour s’installer, sauf trois Edgelords, dont l’avatar de l’auteur et un va-nu-pied qui n’est là que pour servir de vengeance au premier. C’est Chrome Yellow dans le futur. Et même dans le futur c’est pas ouf.
« Le blogueur morcelle le résumé pour trouver des échos dans Les Protocoles : « Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. » Mais cette phrase trouverait une ressemblance dans des dizaines, centaines, peut-être des milliers d’ouvrages. Idem pour la suivante : « Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. » Etc.
Je pourrais trouver des ressemblances dans Les Protocoles avec des livres de Chomsky, Lordon, Marx… bref toute la littérature anti-système. 
C’est le principe du cherry picking !
Mais dans leur ensemble, ces livres sont complètements différents du Protocoles.

Je le morcelle, oui, comme je morcelle ta réaction, mais je le prend en entier. Je prend TOUT le texte. Montre moi un texte ENTIER de Lordon ou de Chomsky dont chaque proposition trouve un équivalent dans les Protocoles. Je te jure que si tu m’en trouves un pour lequel le parallèle est aussi convaincant que celui que je fais, je révise tout de suite mon jugement. Attention : pas une idée ou deux mais TOUTES. Et je vais même te dire : j’en serai soulagé. Ouais : soulagé. Parce qu’en l’état, j’estime que le destin de ce texte est inquiétant, mais si tu me démontre que c’est rien, que j’ai juste eu peur de mon ombre, mec je te paye une bière, je te tape dans le dos et je rigole de tout ça.
« Et la cherry sur le cake est l’argument de la vidéo : un facho trouve aussi que ce résumé ressemble aux Protocoles ! C’est donc officiel !
Ce blogueur n’a toujours pas compris que l’extrême droite recycle, détourne toutes les idées dans l’air du temps, même celles de gauche. Je me dois de lui apprendre que le NSDAP n’était pas socialiste.
Mec, y a pas qu’un facho. Y en a plein. Et je te jure que Carfantan, il est pas de gauche. Du coup rien n’indique que ce texte le soit. Je me suis battu une paire de fois sur le net contre des couillons qui disent qu‘Hitler est de gauche et que Pétain a été mis au pouvoir par le front populaire, tu vas pas me la faire.
« Ce blogueur devrait prendre des vacances.
Je suis d’accord. Je te réponds et je passe à autre chose.
« Je trouve juste intéressant la fin de la vidéo, on voit le prêcheur facho répondre à des ouailles intellectuellement perdues.
Lis toute mon enquête, mec, je suis sûr que tu trouveras d’autres choses intéressantes.



Une bibliophilie fantastique

Yanne, de son côté :

« Je ne comprends pas tellement de quoi parle cet article.
Des journalistes qui mettent des citations dans leurs articles sans les vérifier. Et qui se retrouvent à citer un Hurluberlu qui croit que le vaccin contre le covid est un plan secret des élites pédo-satanistes pour dépopulationner la planète. Ce qui est quand-même con t’avouera.
« Mais sachez qu’il existe un livre de Huxley qui s’appelle « Retour au Meilleur des Mondes » qui date de 1958
C’est un essai où l’auteur se demande si le monde de la fin des années 50 se rapproche de la dystopie du « Meilleur des Mondes » Et où il décrit comment la manipulation soft qui a débuté aux USA à partir de ces années-là, a été pensée et intégrée à la communication générale. Il ne parle pas de Juifs, ni de complots.

Ouais, je l’ai lu. Des barres de rire. Il estime que les USA se rapprochent de la société qu’il a décrite parce qu’il a lu dans un journal texan que le taux de divorce était en hausse. C’était la preuve à ses yeux que les américains cherchent le plaisir et non plus à fonder un foyer. Un moraliste je vous dis. De la pire espèce. Celle qui lit les journaux texans. Perso j’y vois la preuve que les américains sont tellement invivables que même leurs femmes s’en rendent compte et fuient vers un destin à la Thelma et Louise. Qui prétendra que j’ai plus tort qu’Huxley ?
« Cette lecture va sans doute vous mettre du plomb dans la tête, au lieu de dire des inepties.
Oh Yoyo, tu suis ou quoi ? Tu te souviens que le texte, qui est l’objet de l’article et de mes recherches, n’est pas de Huxley mais de Carfantan ? On est d’accord là-dessus ? On est d’accord aussi que j’ai jamais traité Huxley d’antisémite ni dit que ses textes l’étaient ? Lis Carfantan sur le Covid, ça te mettra peut-être du plomb dans la tête, au lieu de dire des inepties.
« La grande SF dystopique anglo-saxonne du vingtième siècle a été produite par des intellectuels de gauche d’un très bon niveau. Voir 1984, Jack Barron et l’éternité, les langages de Pao, tout Philip K Dick.
Quelle bande d’ignares !!

Hahahahaha, et tu crois qu’on retrouve quoi dans mes étagères ? Hein Yoyo ? Oh bah c’est bizarre ça : Norman Spinrad ! Georges Orwell (et pas que 1984) ! Dick ! Ah ! Quel ignare je fais !

D’ailleurs, tu veux hurler ? Jean-Pierre Andrevon, notre monument national dela SF, l’année même pendant laquelle il publiait L’anthologiedes dystopies, en plein confinement, a lu le texte de Carfantandevant un journaliste de France3 pour un petit reportage régional,en l’attribuant à Huxley. Quel ignare il fait ! Il a refusé de commenter et j’ai pas eu de réponse du journaliste, parce que les fausses citations sont un problème pour personne. Mais ça pose question non ? Le mec écrit sur Le meilleur des mondesdans son anthologie, lit par ailleurs un texte qu’il dit à tort en être tiré et ne se rend pas compte qu’il débloque. Ça interroge non ? Ça peut être la preuve qu’Andrevon est sénile ou que le pastiche est réussi comme on m’a dit. Moi j’envisage ça comme la preuve d’un immense pouvoir d’enfumage. La citation est tellement attribuée à des auteurs anciens et importants qu’il est difficile de s’arracher à ce premier contexte de lecture pour lire à nouveau frais ce texte. Et voir qu’il est tarte. On voit comme c’est dur : toi-même tu crois que je parle de Huxley ! Le délire !! il suffit de voir tout ce que j’ai dû écrire sur cette citation pour offrir justement un autre contexte de lecture. Afin qu’on la voie sous un autre jour. C’est pourquoi il est important de rendre à leurs véritables auteurs les phrases qu’on se plaît à faire circuler. Parce que vraiment, une phrase trouvée chez Huxley, peut ne pas vouloir dire ce que dit cette même phrase dans un autre contexte, chez Carfantan par exemple. « Le temps est à l’orage », dans la bouche de madame météo, ça veut pas dire la même chose que dans la bouche d’un espion qui doit rencontrer son contact. D’ailleurs, dans sa bouche, cette phrase ne veut rien dire. C’est juste un code, un moyen de se faire reconnaître, qui n’informe en rien du temps à venir, qui n’engage pas à prendre son parapluie, qui n’est là que pour se voir répondre : « mais il fera beau demain ».


« Il fera beau demain » mon derche. Demain temps de chien, oui !
Mais ne parlons pas politique, lisons le troisième commentaire.

Désespoir sans élégance

Carnéade le fataliste commente, non sous l’article, mais sous la vidéo :
« « ne commencez pas à débattre de la validité de cette citation »… j’ai rarement entendu un truc aussi affligeant que ça.
L’identité de qui a écrit que le ciel est bleu (enfin ici un résumé plutôt pertinent du type de société décrite dans le Meilleur des Mondes -si avec quelques anachronismes par rapport à celui ci et un amusant înstant corporatisme de prof de philosophie-, qui peut être raisonnablement décrit comme celui dont nos sociétés néolibérales sont les plus proches) devrait normalement être sans importance, et seule la pertinence du propos (le sien ou surtout celui de ceux qui l’emploient pour juger l’usage qu’ils en font) avoir de l’importance.

Ça, c’est de l’idéalisme. Idéalisme béat même. La même phrase, dite par un menteur et par un mec sincère, aura le même sens pour toi, donc ? Si je te dis que ton commentaire est admirable de pertinence, ce que je dis aura le même sens que je sois sincère ou non ? Si je te mens, t’auras pas l’impression que je me fous un peu de ta gueule ? Pourtant rien dans la phrase ne permet de dire qu’elle est insultante. Ce qui permet de la dire insultante, c’est le fait qu’elle complimente un commentaire dans lequel vraiment il n’y a rien à complimenter. Le sens d’un mensonge ou d’une ironie ne réside pas dans ce qui est dit, mais dans le contexte d’élocution.

Croire que le sens d’un texte dépend uniquement de sa matière et non de son contexte, de production et de réception, c’est de l’idéalisme. Je le montre bien avec la phrase « les méthodes du genre de celle d’Hitler sont dépassées ». Elle est chez Anders, c’est une extrapolation pertinente. Mais en 29 ou en 31, c’est du délire. Aujourd’hui c’est de nouveau faux. Merde quoi, suffit de regarder Trump, Netanyahu et compagnie. Même en Allemagne les nostalgiques du IIIe reich se prennent à rêver d’une victoire électorale avec l’AFD et d’un bon retour aux vieilles méthodes. Un texte, écrit en 2007, propulsé en 2014 (période confusionnisme et manif pour tous), dont chaque proposition fait écho, volontairement ou non, à un passage des Protocoles des Sages de Sion, ça ne devrait pas être regardé comme anodin. Y a eu entre les deux texte un événement qui devrait tout de même un peu nous faire dire que, dans le doute, faudrait quand-même y regarder avant de dire que je délire et que tout va bien avec ce texte.
« Malgré tout un quarteron de bloggeurs et vidéastes qui font mine de découvrir le phénomène des citations mal attribuées sur internet décident de faire une espèce de scandale que ce texte que nimporte qui aurait pu écrire soit repris un peu partout car par malheur son auteur est un allumé notoire plutôt que les célébrités annoncées (ignorant complètement que ça ne l’empèche pas de faire une bonne synthèse de ce que de nombreux gens plus connus ont pu en dire, Huxley le premier).
On découvre pas bonhomme. On informe. Le problème, c’est pas les fausses citations sur internet. Et tu le saurais si t’avais été attentif. Si elles sont sur internet, tôt ou tard elles arrivent dans la presse, dans les livres, dans les articles de revue, dans les devoirs et les cours donnés au collège, au lycée, à la fac, dans les grandes écoles, et s’exportent à l’international. Sérieux, lis l’enquête entière. Arrivé là c’est foutu : elles appartiennent à la culture et elles passent crème. Parce qu’on est tellement habitué à les voir que même un démenti circonstancié est impuissant à corriger le tir. Alors oui mon combat n’est pas héroïque, il est pas dans l’air du temps, il est un peu minable et désespéré. C’est pour ça que je m’y colle. Parce que les postures héroïques me barbent, que je suis pas dans l’air du temps, que je suis un peu minable et bien désespéré.

Tu veux savoir à quel point je suis désespéré ? Hier en ville, une gentille petite dame s’approche de moi avec des journaux dans la main, elle m’en tend un, je m’apprête à le prendre, je les connais ces journaux minables, un truc genre le moniteur universel, l’organe d’un groupe bien religieux et moraliste–tiens, encore des moralistes, et cette imbécile elle me glisse tout bas, comme une nonne : « pour un monde meilleur ». Je bloque. Je la regarde, interloqué, et j’éclate de rire comme ça faisait longtemps que je n’avais pas ri. « Pour un monde meilleur ! Haha ! parce que vous y croyez encore, vous ? » et j’ai ri encore plus fort, elle a fui loin du scandale, parce qu’on nous regardait et en marchant, c’était plus fort que moi, je riais encore. J’en avais mal aux joues. « Pour un monde meilleur, que je me suis dit, y en a qui manquent vraiment pas d’humour ». Voilà à quel point je suis désespéré, au point de rire à l’idée que le monde puisse être meilleur. Mais si je suis désespéré, qu’est-ce que tu veux que ça me fasse ? il n’en faut pas moins documenter l’étendue du problème pour que toi, et d’autres, face à la masse des documents relevés, vous finissiez par vous dire : bon, c’est vrai que ça fait beaucoup là, et que ce serait bien de faire quelque-chose. Parce que relayer des trucs faux, bah, même si tout le monde le fait, quel que soit l’angle sous lequel on regarde, ça revient toujours à dire des conneries. Et dire des conneries ça craint.
« Puis deuxième vague, pour plus de sensationnalisme ils vont y trouver 2 phrases et demi vaguement similaires à des extraits des Protocoles des Sages de Sion (ouf Loïc Guémard n’est pas convaincu par l’analyse, tout n’est pas perdu… jusqu’au moment où il succombe au procès par association suivant).
« 2 phrases et demi vaguement similaires » ? T’es sérieux là ? T’as un truc à vendre pour être de mauvaise foi comme ça ? T’es Carnassier le Mercantiliste ? Un truc à cacher comme une vieille Carne Maréchaliste peut-être ? CHAQUE PROPOSITION de la prosopopée, CHAQUE PROPOSITION bordel ! TOUT LE TEXTE, à une exception, est similaire. Et pas vaguement, merde ! Je suis pas statisticien, mais on est loin de la coïncidence là ! Mec, sérieux, pour qui tu me fais passer là ? S’il n’y avait eu que deux phrases et demi je me serai dit balek, je m’assoie dessus. J’ai aucun mal à jeter une hypothèse à la poubelle, ça a été l’essence de mon métier pendant 8 ans. J’ai même aucun mal à dire qu’une hypothèse est foireuse. Quand je dis que la prosopopée agit comme un toxoplasme, honnêtement, j’irai pas défendre ça bec et ongle. Par contre le parallèle avec les Protocoles, tu peux pas évacuer ça comme ça. J’ai dit à quelles conditions je l’abandonnerai, j’attends avec impatience qu’on me donne tort là-dessus.
« Ce qui aboutit à quelque crétin dénonçant comme « fasciste » ce qui est avant tout une dénonciation maintenant plutôt classique de la société du spectacle/consommation (qui pourrait tout aussi bien avoir pour base une citation in extenso du Meilleur des Mondes qui décrit exactement la société produite -dont le truc dénoncé par le vidéaste cité comme signe d’un message réactionnaire, l’importance donnée au sexe-, ou tout bêtement quelque bon vieux panem & circenses – de préférence attribué faussement à Jules César ou Néron). Je passe sur le sophisme assez manifeste de l’argumentation présentée à la minute 2:21.
Ah mais ne mélangeons-pas tout. Ce texte n’est pas une dénonciation, c’est un tour de prestidigitation. Tu y trouves ce que tu y a projeté et tu t’émerveilles de trouver un texte si proche de tes idées. C’est barnum. Dénonce-t-il le capitalisme ? Oui, si tu le lis comme tel, mais c’est toi qui remplit les trous. D’autres le lisent en disant que ce qu’il dénonce, c’est les juifs. Ou les wokes. Ou le nouvel ordre mondial qui vise à éradiquer les pauvres de la planète avec une fausse pandémie (p134 et suivantes). Eux aussi projettent dans le texte. Mais soit ce texte est vraiment trop con est ne veut rien dire, auquel cas tout le monde à tort d’y voir ce qu’il veut y voir, soit l’auteur avait bien un truc en tête en l’écrivant et à ce moment-là, y a une catégorie de lecteur qui a plus raison que les autres. Ce qui aboutit à quelques crétins qui s’imaginent que ce texte est une dénonciation du capitalisme. Ou à d’autres qu’il dénonce les wokes pédo-satanistes du N.O.M. Soit l’un soit l’autre. Maintenant dis-moi mon petit Carny, fais-tu assez confiance à la fibre anticapitaliste de Carfantan pour continuer à dire les yeux fermés que c’est toi qu’as raison ? ou tu prends en compte ne serait-ce qu’un peu les délires de Carfy et t’acceptes la possibilité que tu sois la dupe d’un mec louche ?
« Tout ça servant à l’arrivée de prétexte pour créer d’étranges passerelles entre le propos d’un Denis Robert et celui d’un obscur membre de l’action française, pour la plus grande joie du système.
C’est moi qui l’ai faite cette passerelle ? Tu m’en veux en fait ? J’ai fait tomber ta glace quand t’étais petit et c’est ton origin story ? Donc d’après toi c’est moi qui fait dire à l’autre fasciste que ce texte de merde est de Anders ? C’est moi qui ai mis dans les pattes de Denis Robert cette citation pour qu’il l’utilise dans un édito ? En l’attribuant à Anders ? Tu m’as pris pour le pape c’est ça ? Je suis le pontifex maximus génie du malum ? Je surgis de derrière un écran de fumée blanche, avec ma tête de suppo et mon rire démoniaque, je la mets à l’envers à tout le monde et comme Pie XII, je suis le grand pontonnier qui construit des passerelles entre les gens d’esprit et les fascistes ? Je ne suis qu’un spectateur dans cette histoire, si tu te cherches une némésis, prends-toi en plutôt à leur manque de rigueur …

On a deux faits étranges je suis d’accord. Étranges tous deux à leur manière. J’ai laissé le facho mariner dans son jus, j’ai prévenu Denis Robert. Donc mon pauv’vieux cette passerelle, loin de l’avoir faite : j’ai voulu la détruire. Parce qu’il est évident que Denis a utilisé ce texte pour se débloquer l’écriture, sans rien y voir de mal, sans s’imaginer que le texte pouvait ne pas être de Anders et puer la merde. Parce que ce texte au fond il s’en fout. Ce qui pose problème c’est que, et d’une, C’EST PAS DE ANDERS, et de deux, quand on voit qui fait une putain de conférence sur cette fausse citation, Philippe fucking Ploncard-d’assac, pour dire « regardez, c’est fou nan ? Y a un philosophe juif qui a réécrit premier degré le texte inauthentique qui entretient notre haine des juifs », bah ouais, la moindre des choses, quand on est journaliste, donc attaché aux faits, ou philosophe, donc attaché aux textes et aux idées, c’est de se dire qu’on a peut-être raté un truc important et on y regarde à nouveau histoire d’éviter un contre son camp. Soit en disant un truc faux. Soit en disant un truc délirant et passablement honteux.
« Il y aurait eu des réflexions bien plus intéressantes à faire là dessus, comme le fait que toute dystopie fictionnelle (pour peu qu’étant de qualité elle évoque de vrais travers de la société) ou critique sociale un peu poussée a des éléments communs avec les discours complotistes. 
Les mêmes points seront denoncés par les trois, la seule chose qui différencie finalement les complotistes des sociologues c’est qu’ils préteront à des groupes secrets, conscients et organisés ce que les seconds attribuent à des groupes sociaux obéissant à des mécanismes. Ce qui sépare Marx des protocoles, ce n’est pas que les symptomes qu’ils décrivent soient différents, c’est que Marx parle de bourgeoisie elle même produit d’un système et obéissant à une dynamique ne relevant pas d’un projet consciemment réfléchi, plutôt que de complot juif produit par des méchants par essence et totalement conscients de ce qu’ils font. Quant à ce qui sépare le Meilleur des Mondes des protocoles, c’est évidemment que l’un décrit l’aboutissement d’une pente glissante, quand l’autre ira affirmer qu’on l’a atteint.
Hey, dis-moi, cette prosopopée, elle dénonce qui ? La bourgeoisie ou un groupe occulte et qui n’est jamais nommé ? Dis-moi, qui se cache derrière ce « on », comment il agit ? sur qui ? T’es en mesure de le dire ? Avec certitude ? Et preuve à l’appui ?
« Ce qui rend plutôt absurde de dénoncer un texte car sa description de symptomes est similaire aux descriptions de symptomes d’autres textes (à moins qu’il soit accompagné de l’évocation du groupe tout puissant et conscient qui tirerait les ficelles).
Ah ouais en fait t’as rien compris. Ce texte je m’en fous. On peut le partager. Mais merde : qu’on dise clairement de qui il est. Qu’on ne dise pas qu’il est de Anders. Parce que c’est la pire introduction qui soit à la pensée de Anders et une insulte à son œuvre. Qu’on ne dise pas qu’il est de Huxley parce que c’est faux et qu’on n’invoque ce nom que pour rehausser l’intérêt d’un texte qui autrement n’en aurait aucun. Cette prosopopée, en bon lecteur de Eco (donc en lecteur qui a lu l’Oeuvre Ouverte ET Les Limites de L’interprétation), j’accepte parfaitement qu’on l’interprète différemment et qu’on argumente sur l’interprétation la plus pertinente à en donner (en s’appuyant sur la matière du texte, sur l’auteur, sur l’intertextualité ou à partir du contexte de réception), pour peu qu’on cadre et qu’on pose des arguments solides. On peut confronter, mais va falloir me donner du grain à moudre et pas ces réactions outrées. Parce que ces réactions outrées viennent d’une lecture biaisée du texte, toujours pris comme si c’était du Huxley ou du Anders. Ce que tu fais en me parlant de Huxley en permanence alors qu’il n’a qu’un rapport lointain avec. Je te rappelle : la prosopopée du cynisme politique, c’est pas un résumé du Meilleur des mondes, là-dessus je suis en désaccord avec Joseph. C’est ce que Carfantan imagine être la vérité du cynisme politique. Et même là-dessus ce crétin se plante parce qu’il ne comprend pas ce qu’est le cynisme ! C’est pour arracher ce texte bidon aux grands noms qui l’aimantent que j’ai mis la personnalité de Carfantan en lumière, démontré la proximité du texte avec les protocoles et écrit l’histoire de l’erreur d’attribution. Pour que ce texte puisse être lu à partir de son véritable auteur, sa véritable histoire, sa réelle matière textuelle et avec une autre intertextualité que celle qu’on présuppose toujours sur la base d’une confusion et d’une erreur grossière. Si pour toi ce texte doit être interprété comme une dénonciation du capitalisme, parfait discutons-en, mais sans jamais perdre de vue quel est le texte qui est l’objet de la discussion ni qui en est l’auteur. Et qu’on me montre alors que derrière le « on », il faut entendre les bourgeois et rien d’autre. Si la démonstration est convaincante, parfait, crois-moi je préférerai. Et je l’adopterai. Et je ferai même une grande note à ta gloire pour dire dans quelles largeurs je me suis planté.
« Quant à la question du nombre incroyable de citations mal attribuées qui se trouvent un peu partout… en l’an 41 après internet, est ce que c’est vraiment un sujet qui mérite une attention même distraite ? Peut être comme phénomène social découlant de l’économie de l’attention, à la limite, mais pour aller chercher les vrais auteurs (typiquement des gens n’ayant fait que bien formuler des idées déjà maintes fois émises par d’autres), bonjour le temps à perdre. Enfin comme le disait si bien Paul Valery* : « Je ne saurais que saluer l’humilité des gens qui m’attribuent tant de pensées dont ils n’osent se reconnaître le mérite. » 
(* dans une citation que je viens comme il se doit d’inventer en hommage au nombre incroyable de formules plutôt très vraies mais pas de lui gratuitement offertes à cet auteur dont tout le monde connait le nom mais pas grand monde n’a dù lire)

Et c’est là que toi tu te plantes. C’est justement en 36 après internet (j’ai vérifié) qu’on peut enfin se livrer à cet exercice. Qui n’est pas vain, je t’invite à lire ce que j’ai écrit sur la fausse citation de Pasteur. On découvre que cette fausse citation, « un peu de science éloigne de dieu, beaucoup en rapproche » est une manœuvre réussie d’un journal tour à tour royaliste, pro-Napoléon III, antirépublicain, idôlatre plus que religieux, qui n’était pas à un mensonge près, bref, qui pue la merde, et que plus d’un siècle après on n’arrive toujours pas à s’en décrotter. Luc Ferry a même été jusqu’à se rouler dedans. Ensuite, justement elles sont partout et pas qu’un peu. Ça t’emmerde pas, toi, d’être trompé ? De croire des choses fausses par une habitude collective ? Tu trouves pas que c’est une bonne chose que de se libérer d’une erreur, quelle qu’elle soit ? Mais si ça t’emmerde pas, si tu t’en fous de croire des trucs faux, pourquoi t’es abonné à un site de critique des médias ? N’est-ce pas justement pour identifier le faux, savoir comment il se propage, où il se trouve et comment le combattre ? À moins que ce ne soit que pour te moquer des média « mainstream » qui servent une propagande grossière, donc pour ne combattre que les mensonges auxquels tu ne crois pas ? Mais qu’en est-il des mensonges auxquels tu crois ? Pire : des erreurs que nous partageons tous ?
Les fausses citations sont de telles erreurs. Combien y en a, jusqu’où vont-elles ? Les trouve-t-on dans les discours politiques ? Y en a. Dans les essais, les livres, les romans ? Y en a. Dans les articles de presse ? Y en a. Dans les articles de revue, les colloques, les conférences, les cours, les séminaires dans les grandes écoles ? Y en a. Dans les collèges, les lycées, les facs ? Là aussi y en a. Internet nous donne les moyens de les identifier, de les corriger et, jusqu’à un certain point, de retracer l’histoire du faux. De documenter, donc, les erreurs culturelles collectives. Et avec suffisamment de données, d’expliquer les mécanismes et donc d’agir en amont. Chais pas toi, mais moi je trouve ça chouette et, malgré tout, un poil important quand-même. Du coup : je documente.
« Enfin pour en revenir à la phrase qui m’a fait réagir, que l’on débatte plutôt de la validité des idées que des auteurs auxquelles elles peuvent être plus ou moins abusivement associées, me semblerait plutôt plus constructif que la tendance inverse.
Idéalisme et bis repetita.

Oh, petit effet d’annonce, la prochaine note concernera une vidéo youtube qu’une amie m’a envoyée dans laquelle, sans que cela soit dit, on voit bien que la fausse citation a servi de base. (EDIT : aujourd'hui encore, je n'ai toujours pas écrit cette note) Et c’est le pire, car, vois-tu, Carnéade l’idéaliste, ces idées, elles circulent, elles sont reprises, avant même qu’on ait commencé à débattre de leur validité. Elles ont si bien circulé qu’il n’est plus besoin de se référer à ce texte qui pendant 10 ans les a portées partout. Un peu comme les antisémites aujourd’hui, vu que tout baigne pour eux, n’ont plus besoin de l’être ouvertement pour qu’on comprenne qu’ils le sont et pour que tout le monde comprenne que, derrière leurs petites questions innocentes, leurs memes rigolos ou leurs gestes incontrôlés d’amour, y a rien d’innocent, de tendre ni de drôle, mais que de la haine en contrebande. Et la promesse d’un temps de chien pour les jours à venir.


mercredi 22 juillet 2026

Le Saint-Nicolas de la Pestilence (DTRH13)

 (20 novzmbre 2024)  Quand j’étais à la fac, j’avais un pote, là j’en ai oublié le nom faut dire que ça date. Disons qu’il était pas très regardant. Très sympa, très drôle. Mais pas très regardant. Son appart, c’était juste une grande chambre en bordel, il y dormait avec deux autres dans le plus grand lit que j’ai jamais vu. Dans une promiscuité que j’ai jamais pu vraiment démêler. Et, vu le bonhomme, que je n’avais pas envie de démêler de toute façon. Toujours est-il qu’il attirait à lui les gens les plus bizarres et non, je ne me compte pas parmi ceux-là. Si bien qu’il lui arrivait toujours tout un tas d’histoires improbables. Je ne pourrai pas vous en raconter la moitié. Toujours est-il qu’une nuit, errant dans les rues, il croise un autre type errant, genre pâle en imper, qui veut les inviter chez lui. Lui est partant, imaginez le truc, ses amis le retiennent. À défaut de les attirer chez lui, ce type leur offre des bonbons. Je vous jure que cette histoire est véridique. Les bonbons, m’a-t-il dit, avait des poils frisés collés dessus. On imagine tous très bien ce qu’il faisait avec ses foutus bonbons : il se les collait sous la tige. Il en a donné à chacun d’eux avant de disparaître. Tous ont jeté leur bonbon, sauf le pote en question dont j’ai oublié le nom. Il est tombé malade, gros mal de ventre, vertiges et le pire, c’est qu’il s’en étonnait.

Il aurait dû se méfier m’a-t-il dit en riant. Mais il était comme ça. Pire que naïf : nihiliste.

Si je l’évoque, c’est parce que depuis quelque temps je me sens un peu comme ce mec bizarre. Qui cherche à attirer les gens qu’il croise dans son trou de lapin et distribue à la cantonade des bonbons douteux.
Je me sens être moi aussi un St Nicolas de la Pestilence. Notez que je m’en vante pas. Mais je vais pas m’en repentir pour autant. Car après tout, ça mord, en dépit des poils et, pour une fois, pas par nihilisme. Je m’y suis frotté pendant un an à cette enquête, j’ai fait suer ma couenne pour que ce soit savoureux à lire, alors j’ai pas trop le choix de les distribuer à tout le monde maintenant, mes bonbons douteux, que tout le monde ait le même sale goût dans la bouche que moi. Un goût sale qui donne envie de cracher à la gueule de ceux qui merdent lourdement.

Et quand je vous dis que ça mord :

Joseph, de Trucsdephilo, a d’abord refusé poliment. C’est pas un nihiliste ce mec. Je l’ai contacté mi-juillet, il a refusé, mais il a alerté autour de lui, a fait tourner l’info, j’ai jamais trop su les retours qu’il a pu avoir. Puis avec le temps, malgré le caractère louche de toute cette histoire, l’idée a fait son chemin et il a décidé de faire une vidéo. M’aider à rendre l’affaire publique. Il revient dans sa vidéo sur nos échanges et ça j’aime bien, il montre les coulisses, laisse une bonne part à mon enquête. Et y a un trait de génie dans sa vidéo. Le montage met côte à côte Denis Robert dans son éditorial et Ploncart d’Assac dans sa conférence. Le passage me révolte et me retourne le ventre, il donne vraiment à voir et à vivre le problème : d’un côté, Denis Fucking Robert, Denis, réveille-toi merde, gros problème là mec gros problème … et de l’autre le fumet nauséabond, l’odeur de poubelles : l’antisémitisme supposé du texte sur lequel y a même pas besoin d’insister parce que si Ploncart le dit, le lien est fait y a pas à chier. Si y a bien un type taillé pour renifler la haine à même le cul, c’est lui. C’est déjà assez grave que Denis et Ploncart s’accordent entre eux, là ça vrille les nerfs de les voir quasi copains, chacun dans son style : le journaliste prolo de gauche et l’activiste aristo d’extrême droite.
Putain paye ton remake maudit d’Amicalement Vôtre, quoi.

Ce petit coup de génie dans les parties me console franchement de n’avoir pas pu faire moi-même une vidéo. Ça, qui fait franchement mal, jamais j’y aurai pensé. Je suis content de l’avoir vu. Tiens d’ailleurs, en parlant de youtube : le médecin espagnol repris sur Tik-tok, jamais il n’a lu la fausse citation à la télé, on est sauvé d’un sacré vertige. Il a une chaîne youtube, la reunion secreta qui m’a l’air bien bien conspi. J’ai pas encore trouvé la vidéo en question, mais l’extrait est bel et bien tiré de cette chaîne.

Deux mauvais livres

Et puis y a un truc de malade. Une question qu’il faut bien se poser. Dans combien de livres la fausse citation apparaît-elle ? Elle apparaît dans masse de livres auto-édités, mais ces livres ne sont pas des vrais livres. Joseph était persuadé qu’il y en avait plus que je ne le disais, que j’en avais ratés. C’est pas un naïf ce mec. Il voulait mettre à l’écran ce livre : Dis Grand-père, de Bachir Habiballah.
Le problème de ce livre, c’est qu’il est publié par une maison d’édition à compte d’auteur. Le pendule de Foucault de Umberto Eco met en scène une telle maison d’édition et c’est édifiant. Leur modèle économique ne repose pas sur la vente des livres, donc sur la recherche de lecteurs, ce qui supposerait des livres de qualité, bien écrits, bien corrigés, avec une belle couverture, de la pub, ce qui entraîne un coût important : (re)lecteurs, graphistes, gestion de la relation libraires/presse, etc. Mais sur la recherche d’auteurs naïfs prêts à payer pour être édités. Et ça, ça se trouve tout le temps. Tu pisses sur une fourmilière il t’en sort des centaines. Du coup, la maison d’édition, elle va pas rejeter un manuscrit, demander de réécrire des passages entiers, discuter le style, ce serait un obstacle entre la poche et le pognon. Mais une fois le contrat signé, à quoi bon faire la promo ? Ce serait dépenser de l’argent bien gagné. La manœuvre dégueulasse consiste à laisser mourir le livre, pour ensuite racketter une seconde fois l’auteur en lui faisant racheter son stock d’invendus menacé de pilon. De la littérature au rabais, écrite par amour-propre, comme mon blog, à ceci près que mon blog est gratuit. Et sans doute aussi confidentiel que Dis Grand-père de Bachir Habiballah.

Ce livre, je l’avais vu, mais refusé d’en parler. J’allais pas assurer la promo des rapaces. Les mettre à côté de vrais éditeurs, c’était leur faire un trop beau cadeau. Mais du coup, Joseph me donne l’occasion de leur offrir le cadeau qu’ils méritent.

À quoi on voit que cette maison d’édition est louche ? Il y a un onglet bien visible d’avis dans lequel les auteurs se disent satisfaits des services proposés par l’éditeur. Y a qu’un escroc pour faire ça. Sûr que ça fait partie du contrat. De plus, mais là c’est subtile, il faut regarder leur distribution. Pour les éditions du Panthéon, on a que du numérique et Hachette distribution. Ça fait sérieux Hachette. Ça fait vrai livre, entrepôts, libraires. Poussière érudite et vrillettes. Mais c’est de la merde.
Le truc, c’est que Hachette distribution a un service d’impression à la demande, ce qui fait que les maisons d’édition rapaces l’utilisent et mettent leur partenariat en avant :

Hachette Livre Distribution propose un outil destiné aux éditeurs d’impression à la demande à travers une joint-venture avec Lightning Source, le leader mondial.

C’est de la duperie. Donc méfiance si vous voyez ça. Parce que, oui, ça référence les livres auprès des libraires, mais ça les informe aussi que c’est de l’impression à la demande, donc du compte-ferme. Le libraire ne pourra pas le renvoyer et y sera donc de sa poche si le livre n’est pas acheté. Il émettra ses doutes auprès du client et le mettra en garde. Pire, c’est un partenariat avec Hachette distribution, non avec Hachette diffusion. Les livres de cet éditeur n’apparaissent dans aucun des catalogues qui permettent aux libraires de décider des livres qu’ils exposeront, ce qui fait que ces livres n’existent pas en librairie. Les libraires n’en entendent jamais parler et en général n’y touchent pas.
Hachette distribution mis en avant, avis favorables bien en vue sur la maison d’édition rédigés par les auteurs, tout ça, c’est warning.
Mais, le plus simple pour en avoir le cœur net, c’est de regarder depuis quand la maison d’édition existe, combien de livres elle propose, et de s’adonner à un petit calcul. Les maisons d’édition à compte d’auteur ou en autoédition, vu qu’elles sont aussi peu regardantes que mon pote, dont le nom décidément ne me reviendra pas, ce chiffre va être astronomique. C’en est parfois grotesque qu’on ne peut qu’en rire.
Ici, l’éditeur nous prête le bâton pour se faire battre :

« Créée au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, les Éditions du Panthéon a été relancée en 1992 et est aujourd’hui dirigée par Jeoffroy Delépine. Forte de son histoire, c’est aujourd’hui un éditeur à taille humaine qui a su allier la tradition littéraire aux nouvelles technologies de l’édition du livre.
Notre maison est installée depuis sa création à Paris, lieu emblématique de la littérature et de l’édition française et bénéficiant d’un rayonnement international.
Les 2 500 livres publiés à ce jour aux Éditions du Panthéon sont représentatifs de la littérature dans sa diversité. Dans notre démarche éditoriale, nous accordons une importance particulière au respect des valeurs humaines et éthiques, indissociables selon nous des préceptes humanistes qui président à tout acte de création littéraire.
N’hésitez pas à prendre contact avec notre équipe pour convenir d’un rendez-vous. Situés au cœur du 15ème arrondissement de Paris, nous nous ferons un plaisir de vous recevoir et d’étudier avec vous votre projet éditorial.
Experte et à l’écoute, notre équipe vous offre un réel savoir-faire ainsi qu’un accompagnement personnalisé pour préparer ensemble la publication de votre livre. »

Ah oui, autre Trigger-Warning, le site s’adresse aux auteurs potentiels, non aux lecteurs potentiels.
Regardez par exemple la présentation que les éditions du Sous-sol donnent d’elles-mêmes. ça n’a rien à voir. Là on a l’histoire de la maison d’édition, livrée sobrement, avec la mention d’un travail créateur concret (la rédaction d’une revue), et une invitation en fin de texte qui s’adresse autant aux lecteurs qu’aux auteurs. Tout le reste tourne vraiment autour des œuvres publiées, non autour des auteurs potentiels qui viendraient sur le site.

Calcul, donc. Les éditions du Panthéon existent depuis 1992, si on les suit, avec 2500 livres publiés en 32 ans, ça donne une moyenne de 78 livres publiés par an. Environ 6 par mois. C’est pas le pire, mais ça sent mauvais. Alors je ne sais pas trop ce qu’ils veulent dire par « éditeur à taille humaine », mais si ça veut dire petite équipe, bah je suis désolé, mais une petite équipe ne peut pas faire vivre 78 livres par an. C’est impossible. Et si c’est impossible faut pas y croire. Surtout pas se laisser pigeonner.
En comparaison, je vois un catalogue de 250 livres sur le site des éditions du Sous-sol. En se livrant au petit calcul, 250 livres publiés en 13 ans, ça fait une moyenne de 19,23 livres par an. Un peu plus d’un par mois. Bah là, même « à taille humaine », le défendre, le faire connaître, le faire vivre, c’est jouable. Et pour cause, les éditions du Sous-sol, vrai éditeur, ils l’ont fait. Par contre du coup, ils n’ont pas d’autre choix que de refuser des manuscrits. C’est le jeu.

Mais tout ça n’est qu’une digression.

Quand je lui dit, à Joseph, que Dis Grand-père, je l’ai vu et rejeté, il est déçu c’est sûr. Alors je check à nouveau avec lui, comme je le fais de temps à autres, Google books. Et bordel, le délire : y a livre que j’ai jamais vu. Il vient de nous apparaître comme Jésus à Thomas faut y mettre le doigt pour y croire. Je suis franchement excité comme un nihiliste qui se demande s’il doit manger le bonbon ou retirer le poil frisé qui y est collé d’abord. Et comme lui je gobe tout.
Je vais d’abord sur le site de l’éditeur : https://www.leseditionslabarbichette.fr/
Et là pas de doute, c’est une maison d’édition. Moisie mais maison. Deux livres, tous deux du même auteur, Christophe Bofarull, trois ans entre les deux, c’est correct. Ça sent un poil l’autoédition cachée, à mon avis c’est Bofarull lui-même qui la gère, mais enfin, rythme d’édition correct, ligne éditoriale claire, il cherche en effet des auteurs « motivés sur les thématiques suivantes:
– Management
– Négociation
– Gestion de conflit
– Ressources Humaines
– Psychologie
– Etc… »

Donc même s’il la gère, il suffira d’un livre par un autre que lui pour que ça me paraisse parfaitement legit. Le site affirme également que la maison d’édition a été créée par l’entreprise « growing trends ». Encore un poil frisé sur lequel tirer.

Je la trouve sur Linkedin cette entreprise, elle a deux employés : Christophe Bofarull, bingo, « expert en intelligence stratégique, négociation et protection des personnes », ça fait très militaire reconverti en conseil stratégique aux entreprises, ça se fait tellement souvent maintenant et à regarder son CV en ligne on n’en est pas très loin : il est passé par l’institut de haute étude de la défense nationale.
L’autre employée s’appelle Céline Bofarull, « présidente chez Growing Trends et Directrice de l’ANVL ». J’en déduis que c’est une entreprise familiale. Ou comme ça fait chic de le dire : « à taille humaine ». Christophe, de plus, est « professeur invité à l’Université de la Sorbonne, à l’École centrale et à l’INSP, où il donne des cours de négociation et de gestion des conflits ». INSP, vous vous souvenez ? On a vu ça déjà, avec la revue Servir. L’article minable sur le Métavers déjà repris par les corpo comme je le montre dans la note précédente, c’était dans un numéro coordonné avec le ministère de la défense. On parie qu’il a eu la fausse citation à cette occasion ? On parie que depuis il utilise la fausse citation en cours ? Je lui ai demandé, j’attends sa réponse avec la joie démesurée d’un enfant sage à l’approche des fêtes. Après tout : n’ai-je pas bien fait mes devoirs ?






Lisons le livre, maintenant qu’on s’est mis en appétit. Bon bah comparé à tout ce qu’on a déjà vu, déception. Je m’ennuie à le lire, c’est du conseil aux entreprises, avec références militaires classiques, de Sun Tzu à Napoléon et des passages creux qui me font pouffer de rire tant ça ressemble à du travail bâclé de lycéen :

« Le mot « influence » vient du latin médiéval « influentia ». Nous remarquerons une similitude sémantique avec le mot italien repris par l’anglais « influenza ». L’influenza est la maladie infectieuse bien connue sous le nom de « grippe ». »

Hé couillon, la définition d’Influentia, jamais tu nous la donne ?
Il est peut-être bon en stratégie le boug, mais en lexicographie il laisse à désirer. Déjà, quand on est sérieux, on ne se réfère pas au dictionnaire Larousse. On n’est plus au CM2 … On va comme un grand sur le site du CNRTL. Et là on découvre que influentia, en latin médiéval, renvoie à l’action attribuée aux astres sur la destinée des hommes. Donc bel et bien à un pouvoir caché et lointain qui détermine les gens à agir comme ils le font. Et là le mec a raté son occasion de briller et de mettre des étoiles dans les yeux des ses clients en les projetant au firmament. C’est ce qui arrive quand un besogneux fait le travail à moitié. On perd toute poésie.

Donc le livre pas fifou mais pas honteux, j’imagine qu’il ressemble à tout ce qui se fait dans le même genre. Même si là la couv’ fait franchement conspi. Ou livre scandale sur les VSS. Maladroit quoi.
Le passage sur Anders est plus croustillant et un peu plus loin, on trouve une citation de Gustav Meyrink (l’auteur du Golem) sans références : « les influences qu’on n’arrive pas à discerner sont les plus puissantes ». Google Books donne bien des résultats pour la phrase, mais aucun livre de Meyrink. À tous les coups il l’a eu sur le Figaro ou Ouest-France. Comme les autres d’ailleurs puisque les livres en question, de dev-perso ou d’ésotérisme, ont été publiés entre 2014 et 2024 (tiens, ces dates me rappellent quelque-chose …). Il semblerait que la citation se trouve dans une nouvelle, Les quatre frères de la lune, il me faudra regarder ça. Mais à mon avis, comme tous les livres du genre, le Bofarull grouille de citations non vérifiées, apocryphes pour la plupart. Fausses pour certaines. Il se paye le luxe de mettre deux fois la fausse citation d’Anders, mais franchement qui fait ça ?
Alors il n’y a, je crois, niveau citation, rien à attendre de ce type.


L’essentiel pourtant n’est pas tellement là.
Bofarull c’est personne, qu’un véhicule. J’étais certains que ça viendrait, et c’est là. Chaque année depuis 4 ans des livres sortent avec cette foutue fausse citation, et cette appétence pour ce texte toxique me … je sais pas comment dire, j’aime l’ignominie langagière, la vulgarité mais là j’ai plus de mot pour en parler, j’ai pas de mot assez sale pour exprimer très exactement ce que je ressens face à ça, mais enfin c’est là : j’étais sûr qu’au moins un livre nous sortirait cette année avec ce bonbon douteux, et le voilà, Bofarull nous le donne au moment même où on en a le plus grand désir. Alors j’ai pas trop d’autre choix, comme le St Nicolas de la Pestilence que je suis devenu, que de vous le jeter au visage, histoire que vous vous le rouliez une dernière fois sous la langue jusqu’à en avoir la nausée.




Return to monkey island (DTRH 12)

 (11 août 2024) J’essaie de retrouver l’état d’esprit qui était le mien au moment de la rédaction de cette longue enquête. Entre désespoir et hilarité, satisfaction d’avoir déterré l’essentiel, dépit de ne pas avoir mené cette histoire à son terme. Il était évident pour moi que tout ça devait être connu du plus grand nombre, et que pour ça, il fallait tout lancer sur Youtube.

Youtube, c’est the place to be pour ce genre de révélations.

J’ai mené l’enquête de janvier à mars, de mars à mai, j’ai rédigé script sur script, des sobres, des scénarisés, c’était fun, c’était le meilleur moyen de me décrasser de toute cette merde, de me remettre de la nausée des mois précédents. C’était fun, mais débile. Et vain. Et frustrant. Sans compétences techniques, sans matos, sans réseau ni relais, ma vidéo n’aurait pas eu plus d’existence que les pets que je me plaisais enfant à faire dans mon bain. Et ça aurait été pire que tout. Je me suis donc résigné à tout écrire et à remettre l’enquête clés en main à qui voudrait s’en emparer. J’ai écrit tout ça dans la fièvre, en rentrant du boulot, avant de partir au boulot, revivant tout. Envoyant ça à droite à gauche, mi comme une bouteille à la mer, mi comme une capsule kinder dans laquelle on aurait pété. Entre appel à l’aide et mauvaise blague, dans les deux cas cadeau empoisonné. Empoisonné pour moi d’abord, le péteur est le premier à se sentir : des questions restaient en suspens et ça c’est le pire. C’est le pire, parce que je savais que j’allais devoir y replonger sérieusement.

Du coup, quand j’ai décidé de consacrer un blog public aux fausses citations, PleaseUnquote, il était clair pour moi qu’il me faudrait replonger. Et la perle que j’ai remontée lors de cette nouvelle descente n’avait rien à voir avec celles qu’enfant je faisais dans mon bain. J’ai jeté avec elle une lumière définitive sur l’origine de l’erreur.

Mais revenons-y en détails. Revenons au détail qui m’a permis de trouver ce qu’il fallait. J’ai remarqué à l’occasion de cette note une fonction qui m’avait échappée jusqu’alors sur Facebook. La possibilité de chercher les posts par année. Il y manque la possibilité de trier ensuite par ordre chronologique, pour aider les historiens du temps présent et les fouilleurs amateurs, mais enfin, c’est déjà une avancée. Ça m’a permis de trouver des apparitions encore plus anciennes de la fausse citation, de la voir naître et grossir avant d’éclater à la surface et d’empuantir internet de ses relents nauséabonds. Exactement comme … enfin, vous avez compris quoi.

Huxley

Là, bizarrement, je m’y attendais pas. J’ai encore trop d’espoir, trop de restes d’idéalisme béat. Les premiers qui ont attribué ce texte débile à Huxley donnent comme source le texte de Carfantan ! Ils ont été sur son site, et ils ont cru que c’était Huxley et pas Carfy. J’étais sur le cul. C’est tellement con que ça ne peut qu’être vrai. Alors je regarde de nouveau la page incriminée, et ça me saute aux yeux. Carfy est un analphabète numérique. Il n’a aucune maîtrise de la mise en page et c’est à cause de ça qu’il a induit une bonne paire de ses lecteurs en erreur. Je ne lui jette pas la pierre. Comic sans MS et Papyrus ont donné de l’urticaire à tout le monde pour les mêmes raisons, et moi-même, souvent, quand je fais un fanzine ou un blog, je fais dans le moche et l’arbitraire. Y a pas à dire, c’est un métier. Il a mis son petit jeu littéraire en italique, entre guillemets, à côté d’une énorme couverture du livre de Huxley, alors forcément, les gens se sont fait avoir. Ont cru que c’était Huxley. Et c’est de là que c’est parti, les gens ont dû se passer le mot, et boum, MrMondialisation. Et à partir de là, on retombe sur ce que j’ai documenté. Drôles de petits débuts.

MAIS Y A PIRE.

Anders

Y a pire. Y a putain de toujours pire dans cette saleté d’histoire que ça en devient sordidement comique. J’espère que c’est la dernière galerie et le dernier loot. S’il y a plus à découvrir, amusez-vous, je vous le laisse. J’ai assez déjà de ma moisson de dégoût.

Donc, d’où vient la fausse attribution à Günther Anders ?

De la correction que MrMondialisation a apporté à son post Facebook. Ils l’ont d’abord attribué à Huxley, on leur a dit pas possible, ils ont corrigé. Mais ils ne pouvaient pas simplement dire que c’était de Carfy, Carfy c’est personne. Ça parle pas. Ils ne pouvaient pas dire qu’il s’était inspiré de Huxley, ils s’étaient déjà commis avec lui. Ils ont donc dit qu’il s’était inspiré de Anders. Qui parle à personne, dont tout le monde se fout, mais toujours moins que de l’autre. Et de ce fait, des types, mais pas qu’un, plusieurs, j’en ai trouvé trois, ont cru que c’était de Anders.


Je n’invente rien. J’aimerai bien avoir inventé ça. Mais le réel est tellement plus insensé que ce qu’on peut en penser. Trop drôle. Et trop décevant. On se plante, on corrige, c’est bien. C’est très bien c’est ce qu’il faut. Mais derrière, quand on se plante, on entraîne les autres, quand on corrige, d’autres se méprennent encore et leur méprise est pire encore que la première erreur. C’est du pur délire. Parfois, faut croire, vaudrait mieux se taire. Se contenter de péter dans son bain et appeler la bulle qui crève à la surface un post, et l’odeur de merde une réputation. Toujours mieux que de se faire afficher publiquement.
Et de là, on retombe sur ce que j’ai documenté.

Des perles en cascade

Mais dans tout ce que j’ai écrit, mine de rien, y a un manque. Je l’ai dit, Carfy, il a fait une interview pour Kaizen sur le sentiment de la nature. Malheureusement elle n’est plus en ligne. On peut heureusement se consoler par ses interventions radio/télé :



Ici on est sur Baglis Tv, c’est du New-age pur jus de chaussette. Carfantan se retrouve à parler avec un intervenant, Alain Gourhant, qui a fait un mémoire sur Nietzsche, certes, mais pour qui le plus important fut l’apprentissage du yoga pendant 10 ans. Et là c’est la dégringolade :

Commence alors une autre vie avec l’apprentissage des psychothérapies sous forme de nombreux stages : la programmation neuro-linguistique (PNL) jusqu’au maître praticien, l’initiation à la Gestalt-thérapie (à l’EPG), la formation de Conseil en Santé Holistique (Rémi Filliozat), la thérapie psychocorporelle venant de Wilhem Reich (Gérard Guasch), la PNL de 3e génération avec Robert Dilt, l’hypnose éricksonienne avec Anné Linden et Stephan Gilligan, la respiration holotropique de Stanislav Grof avec Patrick Baudin, la thérapie EMDR (niveau 1 et 2), auxquels il faut ajouter : la méditation (vipassana et zazen) et le qi gong (Karfung Wu).
Toutes ces techniques l’ont conduites au métier de psychopraticien et c’est la rencontre avec les écrits de Ken Wilber qui lui a permis d’organiser toutes ces pratiques en un tout cohérent : la psychothérapie intégrative. https://www.baglis.tv/intervenants/3213-alain-gourhant.html

Fier de ce passif aussi étouffant qu’une cascade de perles au cou d’un naufragé, il peut affirmer sans trembler des genoux, parlant de Ken Wilber :

C’est très important pour Ken Wilber l’harmonisation en même temps, parce que, bon, pour une bonne raison parce que moi je m’intéresse à l’astrologie, il est ascendant balance hein, il est verseau alors c’est un très très fort verseau, il a trois planètes en verseau donc très intellectuel et très, euh, dans le mouvement de, de Ferguson, du, enfin de, c’est c’est l’ère du verseau c’est un très fort verseau mais ascendant balance, avec Neptune en balance, et donc il est toujours heu, il cherche l’harmonie, l’harmonie toujours, il cherche à harmoniser les choses et justement ça la théorie des holons c’est une harmonisation en évolution. On essaie de penser l’évolution dans une harmonie

Après ça je ne sais pas ce qu’il raconte, j’ai tout coupé. La merde je la flush, je la tartine pas. Enfin, je juge pas, chacun son kink, mais Baglis tv, clairement, c’est pas le mien.


Cette radio, là, c’est spécial. L’intro dit déjà tout, on ne sait pourtant toujours pas de quoi ça va parler :

Si vous aimez le mystère, le paranormal, et que vous souhaitez en savoir plus sur les recherches en cours, et bien restez avec nous sur Fréquence évasion et découvrons ensemble en compagnie de scientifiques et de témoins les phénomènes que l’on dit surnaturels.

Ouais bah sans moi. Je dis « sans moi », mais je l’ai écoutée en entier cette émission. Je ne me souviens plus de quoi ça parle tant c’est vide, je me souviens juste d’un pote qui m’a dit tout du long avoir eu le générique de Jayce et les conquérants de la lumière en tête. C’est vous dire le niveau du truc...

Mais il n’a pas fait que participer à des émissions new-age. Il a aussi participé à des revues new-age. Je pense que je l’ai dit déjà, mais Carfy n’a rien écrit dans des revues de philosophie. Par contre, il a participé 10 fois à larevue 3°Millénaire de 2003 à 2017. « Revue de libre recherche spirituelle ». Il y livre des articles qui à l’image de tout ce qu’il fait se trouve être entre philosophie et new-age cringe. Je pourrai consacrer une note à compiler ce que j’ai trouvé sur ses participations à la revue, mais l’intérêt, dans le cadre de cette enquête, est minime. Cependant, les présentations des numéros que la revue livre sur son site méritent parfois le détour. Je vous laisserai découvrir ça par vous-mêmes si le cœur vous en dit.

Par contre il est cité :

Il a donc bien une existence académique en tant qu’auteur, non pour ses propres productions, mais pour les reprises et les références qui en sont faites dans des articles.
On le retrouve cité dans des articles référencés sur GoogleScholar. 8 pages s’affichent, mais pour l’essentiel, ce sont ses livres autoédités et des traductions dans d’autres langues d’articles écrits d’abord en français.

Il est aussi cité sur Youtube. Avec des apparitions de la prosopopée qui m’avaient échappées, parfois correctement attribuées, parfois mal attribuées mais corrigées, et parfois pas du tout corrigées :

Ce court-métrage aurait été très sympa sans une récitation des néoprotocoles des sages de sion au milieu.


Ici, c’est « Hommes différenciés » et si ça sonne mascu d’extrême-droite, c’est parce que très certainement c’était le projet. On trouve sur sa chaîne des conférences de Gustave Thibon, essayiste ultracatho, proche de mouvements maurassiens, des extraits de Jünger, de Saint-Augustin, Heidegger qui lit Hölderlin, sérieux quoi !, du Gabriele d’Annunzio et du Spengler, donc en gros, la crème des intellectuels fascistes du début du XX° siècle. Et au milieu de ça, mais ça n’étonnera personne, Carfy, et au milieu de ça, et là pour le coup c’est étonnant : une vraie citation de Günther Anders. Moi non plus au début j’y ai pas cru, mais clairement c’est là. Et ça me vrille autant le cerveau que tout le reste.


HYM media (lire : immédiat) est une radio axée spiritualités new age. La première description qu’on trouve pourtant est presque innocente : « Hym.Média a pour vocation de rassembler, de faire des ponts entre différentes approches et visions du monde, de susciter le questionnement, l’autonomie et la responsabilité ainsi que de se réapproprier les dons et talents créatifs propre à l’Être Humain. »

« Se réapproprier les dons et talents créatifs propres à l’Être Humain », ça, c’est du développement personnel. Les majuscules font très new-age. Mais sur la page tipeee, Laurent Fendt, un des fondateurs, dit clairement les choses en enfilant les perles comme moi enfant dans mon bain :

Une vingtaine d’années maintenant que j’explore certains domaines comme :
Qu’est-ce que la conscience, l’univers, les religions, la spiritualité, la philosophie, l’ésotérisme; le mysticisme et les symboles, le pouvoir de l’esprit sur la matière, les énergies libres/alternatives, les médecines dites parallèles, la politique, l’économie, l’histoire, etc…
Aujourd’hui, cela fait 1 an et demi que mon équipe et moi avons donné vie à HYM.MEDIA

Et Hym media suit la même voie, il suffit de regarder les programmes proposés par la chaîne youtube. Il y a bien ce new age constant surtout avec les programmes Darshan et quantic planet ce qui est en haut est comme ce qui esten basles momies non humaines de nazca, avec parfois les références fascisantes que l’on commence à bien connaître maintenant : René Guénon, symboles de la science sacrée ; on y trouve du new-age bien bien perché : Dolores Cannon, qui raconte comment l’hypnose régressive permet de renouer le contact avec les aliens qui nous ont mis sur terre et nous cultivent comme des plantes. Du chanvre visiblement. Mais le plus intéressant, c’est Antenne libre, avec des sujets qui annoncent la couleur bien brune du new-age : Le changement climatique est-il réel ? Immigration, quel est le problème ? Trump … un miraculé, unsauveur, un messie ?

L’animateur donne extérieurement une apparence de neutralité, mais, enfin, plutôt : MAIS, quand on prête attention à ce qu’il raconte, on voit qu’il est enfoncé jusqu’au cou dans la désinformation. Sur le changement climatique :

Si vous pensez qu’il y a un changement, est-ce que ce changement serait dû d’après vous à de l’ingénierie, ou de la rétro-ingénierie climatique, euuuuh, ou est-ce que c’est, ça serait d’ordre naturel peut-être ? On pourrait amener ou aborder les cycles du soleil, enfin voilà, je laisse la porte grande ouverte et plus loin : c’est un sujet qui fâche aujourd’hui c’est bien évidemment ce par quoi, avec l’agenda 2035, 2030-2035, du forum économique mondial, ou de Van Der Leyen, d’ailleurs hein c’est ce que la gauche va aussi nous vendre c’est  »Mon dieu mon dieu, changement climatique etc » donc on a que des personnes, soit disant des professionnels, des personnes du GIEC, j’en ai parlé dans les émissions, qui nous disent  »Oui oui oui réchauffement, catastrophe, ah lala euh fin du monde etc » (attitude dubitative) qu’est-ce que vous en pensez ? Là j’ai cru qu’il avait fini. Mais non. Y a quatre heures d’émission faut combler et bien cadrer le débat en mode conspi d’extrême droite. Il reprend : est-ce que pour vous c’est réel, c’est concret, et si tant est que vous n’y croyez pas, on va dire à la doxa officielle, je vous demanderai s’il vous plaît d’avoir à nous donner des éléments qui soient, entre guillemets, factuels.

Bah oui, entre guillemets ça va sans dire. Peut pas y avoir d’argument factuel pour le déni climatique mon gars. Mais ridiculiser le GIEC, dire que le consensus scientifique est de la doxa officielle de gauche, c’est tout de suite biaiser le débat, réduire les éventuels contradicteurs à des imbéciles décérébrés par l’idéologie. J’ai l’impression d’avoir écouté un sous-Pascal Praud et du coup, l’émission sur l’immigration et Trump, je les ai pas écoutées. Seul et sans popcorn, c’est contre-indiqué.


Là, on a Radio Pléiades et comme son nom l’indique, théorie guerre planétaire et reptiliens. Toute l’émission vaut le coup, puisqu’il y est question … de chambres à Tachyons ! Big up à G.Milgram au passage. Alors ils citent correctement Carfantan, aucun souci, au delà de la nature ultra douteuse du texte en question j’entends, mais enfin pas étonnant qu’on le retrouve cité là-dedans vu qu’il partage leurs vues.


On a aussi ce mec. C’est le truc le plus extraordinairement con que j’ai pu lire. Fou rire garanti. Sur son site il vend des livres éducatifs autoédités à destination des enfants. Cringe. Ici il s’appui sur J-P Petit, le scientifique qui communique avec des extraterrestres pour penser les sciences du futur, sur Carfy, et sur un troisième que je vous laisse découvrir, qui serait sans doute très étonné de se retrouver là. Toute sa chaîne mérite le détour, mais cette autre vidéo est priceless et dit je pense le fond nauséabond de ce type et toute sa médiocrité : https://www.youtube.com/watch?v=BNr3gjCd6qA


On a ce musicien colérique et pseudo intellectuel. Sans doute en colère contre lui-même de ne pas être Richard Pinhas.


Un autre musicien, la musique me plaît plus, mais il attribue la prosopopée à Huxley et rajoute une face d’alien. Sérieux …


Là, on a ce que je craignais le plus. Une table ronde du FNEGE. Je connais pas, je regarde la description :

Créée par l’Etat français et les entreprises, la FNEGE a eu pour mission, à l’origine, de développer en France l’enseignement supérieur de gestion pour le porter à un niveau comparable à celui des grands pays industrialisés. Les programmes qu’elle a alors financés ont permis, dans un premier temps, la formation d’un corps professoral de gestion de haut niveau. Dans un second temps, la FNEGE a favorisé le développement de la recherche en gestion (formations doctorales, associations académiques, publications, notamment la Revue Française de Gestion).

Ok, ça me semble un minable marigot, mais qui suis-je pour juger. Je regarde les intervenants :
Cécile RENOUARD, Directrice scientifique du programme CODEV – Entreprise et développement, ESSEC Business School, et Présidente du Campus de la Transition
Fabrice FLIPO, Professeur à Institut Mines-Telecom Business School
David-Henri BISMUTH, Directeur, Metaverse & AI Catalyst, PwC France & Maghreb
Patrice COCHIN, Directeur de l’expérience digitale, Michelin

Et que font ces génies du marketing et du numérique ? Ils citent (enfin, elle, c’est Cécile Renouard) l’article de Servir, Enjeux, perspectives … et risques que j’ai étrillé déjà, et à travers lui, la fausse citation de Anders. Mais bordel de merde, voilà le problème avec ces saloperies de fausses citations ! T’as un mec qui n’a jamais lu un livre en entier, qui sort d’une grande école, grande école qui n’apprend ni à réfléchir, ni l’éthique intellectuelle mais à briller et à copiner, qui te pond un article minable pour étoffer son CV dans la revue de ses potes sortis de la même grande école, il te glisse sans réfléchir une fausse citation qui pue la merde dedans, et derrière, t’en as, sortis d’une autre grande école, « directrice scientifique du programme CODEV » ou détenteur de n’importe quel autre titre ronflant, pour reprendre ça tout crème. Sans recul, sans réflexion, sans rien. Et tout le monde autour de rire et d’applaudir comme des otaries de cirque. En même temps, comment lui en vouloir ? cela a été dit d’abord dans un colloque organisé par l’armée de terre, reproduit tel quel dans la revue de ce qui était avant l’ENA. La crème de la crème sur le gâteau. Bah la crème, désolé de le dire, elle a sacrément tourné.

Ici, un webinar de Ludotic, société spécialisée en expérience utilisateur. L’intervenante reprend la citation, attribuée à Anders. Ça n’a pas fait beaucoup de vues, mais je ne sais pas combien ont assisté à la présentation.


Halterophilo, comme son nom l’indique, intello mascu d’extrême droite. Cite correctement Carfantan. 815 vues en 2 ans là où la première vidéo avec Pierre Hillard (extrême droite ultra catho, ultra conspi) sur laquelle j’ai cliqué a fait 60k vues. Comme quoi, le principal intérêt de sa chaîne, c’est pas lui, c’est Pierre Hillard.

Lui, j’ai pas compris grand chose, mais ce que j’ai compris, c’est qu’il rend dispo en arabe la fausse citation et, j’imagine, n’en dit rien de bien intelligent.


Ici, on a Sapiens-Education, une plate-forme numérique d’apprentissage. Et pour présenter un site éducatif, quoi de mieux qu’une fausse citation de Anders ? Hein ? Hein ? Achevez-moi par pitié …

CPC Kingdom, c’est un « cabinet de développement d’applications informatiques » basé en Inde. En INDE ! Voilà, la citation a fait le tour du monde. Y a plus qu’à trouver une traduction en japonais et en lapon et on pourra tous se tirer une balle pour ne plus y penser.

Ici, dans une troupe de théâtre sans public, vu le nombre de vues, vraiment sans public, une comédienne lit la prosopopée comme si elle était de Huxley. C’est le passage le plus drôle de la vidéo un poil cringe, comme le sont souvent les vidéos de confinement.


Là une webTV ultraconspi, à voir parce que la présentatrice écorche le nom et appelle l’auteur « Canfrantan ». C’est marrant. En plus elle dit que c’est tiré d’un livre, comme tous les autres conspis qui ne font pas leurs propres recherches.

Ici Jean-Michel Conspi (M. Verdi, mais allez donc essayer de le traquer sur internet avec un blaze pareil, donc pas plus d’infos) fait plus de vues en crachant sa haine de Davos et son ignorance crasse à la face de ses auditeurs. Moi-même, qui ne me compte pas parmi ceux-là, je me suis senti sali, mais j’ai décidé en cours de route de ne plus faire d’allusion aux prouts, alors il n’y aura pas d’humour douteux pour ponctuer la vidéo. Juste une énième vidéo douteuse et plus aucune raison d’en rire.


Enfin ce second Ploncard d’Assac qui revient avec le pseudo-Anders pour s’en prendre aux Franc-maçons. Complotismes d’hier et d’aujourd’hui, unissez-vous et jetez-vous dans le canal.

Mais pourquoi donc se limiter à Youtube ?

Ainsi sur Odysee, le Youtube des bannis des youtube, on trouve, parmi ceux que j’ai pas déjà évoqués : https://odysee.com/@AKINA:7/lectureinspirante-l-obsolescence-de-l:4, en description de cette vidéo où toutes les théories fumeuses y passent :https://odysee.com/@AH-D%C3%A9brief:c/Live—Tonton-Posture-et-Anne-Lallemand-d%C3%A9briefent-le-live–02-novembre-2022-:d, cette merde : https://odysee.com/@jerome.ravenet:8/gunter-anders,-l’obsolence-de-l’homme,:e, cette autre, qui lit le site de Cosmydor qu’on a déjà vu : https://odysee.com/@cryptoinvest:3/covidisme-avenement-de-l’obsolescence-de:b, ça, qui heureusement n’est pas une vidéo : https://odysee.com/@vivreautrement:6/Gu%CC%88nther-Anders:7, une vidéo avec le pseudoAnders, en ITALIEN : https://odysee.com/@alfaomegachannel:c/%E2%9D%8C-l’uomo-ignorante:3, sur VK, le facebook russe, Nadalet nous livre une contrefaçon de Anders à 21:50 : https://vk.com/video430568862_456241527, sur Facebook le Petit Albert et les extraordinaire, un conspi canadien lit dans un livre complotiste La conspiration des élites n’est plus une théorie (p187), de Faydit, la citation du pseudoHuxley, ça se passe à 1:11:50 ici : https://www.facebook.com/temoignerpourbriserlesilence/videos/413203927987456/, et encore des canadiens (Sébastien Desautels) à 15:20 qui pensent citer Anders, mais comme d’hab, c’est raté : https://www.facebook.com/SebastienDesautels.Pagepublique/videos/3508081046121526. Et sur TikTok, faudrait mener une recherche dans toutes les langues, parce que j’y ai vite trouvé le pseudoAnders en espagnol :

Ce mec qui parle dans la vidéo originale semble être le Dr José Miguel Gaona, tellement legit le mec qu’il a une page wikipedia : https://en.wikipedia.org/wiki/Jos%C3%A9_Miguel_Gaona Je me suis dit que le mec devait être important parce que la vidéo fait vraiment talk-show télévisé et j’ai bien peur là que le truc vienne de la télé et non du net. (EDIT : l'extrait vient d'une chaîne youtube conspi) Je pensais clore toute cette histoire avec cette douzième note. Mais faut croire qu’il y en aura une treizième. Et que je vais devoir me remettre à l’espagnol.