(10 juin 2024) À ce moment de mon enquête, la pente est raide, je touche au bord du gouffre mais je m’enfonce encore dans les ténèbres avec un vague sentiment de sécurité. Ça va pas durer. Il va suffire d’un mot pour que je bascule et chute. Bon en réalité, je ne suis pas encore en train de basculer dans un tout autre monde parce que, à ce moment-là, je n’ai pas encore découvert que la citation avait été traduite dans de nombreuses autres langues. J’avais bien vu, sur quelques pages, qu’elle existait en bilingue français-anglais, mais je n’en avais tiré aucune conséquence. J’y voyais surtout le texte français, j’étais à attaché à d’autres choses. Il est simplement plus commode de clore le chapitre internet pour avoir les coudées franches pour ce qui suit. Qui dépasse l’entendement. Qui dépasse en tout cas tout qui vient d’être dit. Et de loin. Ce qui m’a fait basculer, c’est un mot dans ma liste de résultats Google : CAIRN.
La pire des découvertes
Cairn, ça vous parle peut-être pas. C’est un portail de revues à comité de lecture en sciences humaines et sociales. Portail de qualité, qui permet d’accéder, gratuitement ou en payant, à de nombreux articles de recherche. Il fait partie de ces portails connus de tous les étudiants en sciences humaines avec Open-édition, Persée, etc. Et c’est un outil de travail quotidien pour un grand nombre d’étudiants, de profs, de chercheurs. Ça a été pendant mes années d’enseignement un portail sur lequel j’allais souvent. Que j’utilise encore aujourd’hui. Alors quand j’ai vu, en recherchant dans Google la formule « pour étouffer par avance toute révolte », le nom du portail, au début je n’y ai pas cru. J’y ai tellement pas cru que je me suis senti très mal puis j’ai éclaté de rire. Puis en vérifiant, en voyant les résultats apparaître, j’ai éclaté de rire. Rire nerveux, de malaise. Et j’ai pleuré. Faut dire que j’avais passé plusieurs nuits blanches à lire ce même texte en boucle sur les sites les plus divers, à passer en revue rapidement le contenu de tous ces sites, à ne voir pendant des jours que le pire et le moins pire. J’étais dans un sale état. Alors forcément, ça, ça m’a achevé. J’étais tout nerveux, fébrile, bizarre. Je venais de découvrir que ce que je prenais pour un épiphénomène de cloaque avait sali un truc qui comptait dans mon parcours. Un peu dur à vivre, mais je m’en suis remis : ce truc ça m’a ouvert une porte vers ce que je ne soupçonnais pas le moins du monde mais qui est devenu un espace d’exploration entier et nouveau. Parce que si cette foutue fausse citation se trouve dans des articles de revue à comité de lecture, merde, elle doit être dans plein d’autres textes imprimés. Parce que si des chercheurs se sont fait prendre au piège, c’est que tout le monde tombe. Et j’ai vérifié : tout le monde tombe.
Mais n’anticipons pas trop.
Dans Cairn, la fausse citation apparaît dans 3 articles de revue et un livre, recueil des actes d’un colloque. Je ne parlerai que des articles.
En février 2017, la revue Multitudes publie dans son numéro 67 un article de Thierry Goguel d’Allondans, Un corps social en travail (pp.188-197). L’auteur finit son article sur un large extrait de ce texte faussement attribué à Aldous Huxley. Il le date de 1939, Comme Mélanchon quelques mois plus tard.
En mai 2022, la revue Servir, revue des anciens de l’ENA et de l’INSP (Institut national du service public, qui remplace l’ENA), publie dans son numéro 515 un article de Xavier Lepage, président fondateur de l’IRENCO et de Aymar de La Mettrie, expert associé de l’IRENCO (Institut de recherche sur les environnements complexes), Métavers :enjeux, perspectives … et risques (pp.46 à 48). Un article creux sur les problèmes que poserait un internet parcouru à partir d’un casque de réalité virtuelle, qui donne un très court extrait de la citation, que les auteurs attribuent à tort à Günther Anders et utilisent pour euh … chais pas, être drôle malgré eux ? Ils me font penser à Jake Morgendorfer quand il bosse à Buzzdome et qu’il sort des mots branchés sans savoir ce qu’il raconte. Je vous laisse juger.

Maintenant le plus dingue.
La revue du Grand-Orient de France, Humanisme, a publié un article d’Alexandre Dorna, professeur émérite de psychologie sociale et d’histoire de la psychologie à l’université Caen-Normandie. Dans cet article, Latechnique, une source séduisante d’aliénationidéologique (pp.51-58), l’auteur attribue à Anders cette fameuse citation : « pour étouffer par avance toute révolte … ». Le plus choquant ici, ce n’est pas seulement la qualité de l’auteur, c’est la date de la publication : mars 2014. Ce que cet article révèle, c’est que, contrairement à ce que l’on pourrait croire, le texte ne s’est pas d’abord imposé largement sur internet pour essaimer ensuite dans des publications papiers, mais il s’est déployé en même temps sur internet et en imprimé. Même si, évidemment, ses apparitions dans des textes imprimés sont moins nombreuses que sur internet, et donc fatalement apparaissent un peu plus tardives. Mais 2014, ça reste tôt, et ça vient par quelqu’un de très respecté dont on pourrait supposer a priori qu’il maîtrise les sources qu’il mobilise. On a tort de faire confiance...
J’ai évidemment contacté ces trois revues : ni Servir, ni Humanisme n’ont daigné répondre. J’ai essayé d’attirer l’attention de Xavier Lepage sur Linkedin mais là encore il fait le mort. Trop la honte. Les coordinateurs du numéro de la revue Multitudes par contre m’ont répondu rapidement, favorablement et j’ai pu avoir avec eux des échanges très éclairants. Cela plaide à mes yeux pour leur sérieux et leur honnêteté. Ils ont immédiatement reconnu l’erreur et m’ont expliqué à la fois comment un numéro de revue est mis en place, les contraintes qui s’exercent sur les différents acteurs ; éditeur, coordinateur et auteurs, ainsi que les raisons pour lesquelles la fausse citation est passée sous les radars. En ce qui les concerne, Thierry Goguel d’Allondans est un auteur reconnu dans son domaine, auteur d’un livre qui fait référence, dont l’article est un résumé de thèses qu’il a déjà exprimées auparavant. Vu que les coordinateurs avaient pleine confiance en lui, que son article ne présentait pas d’idées nouvelles, ils ne l’ont pas relu avec l’attention qu’il aurait fallu, préférant accompagner et contrôler les articles qui venaient d’auteurs extérieurs au monde de la recherche. Les contraintes de temps, la nécessité de boucler le numéro des les délais imposés par l’éditeur et l’imprimeur forcent à ce genre de choix. Le portail CAIRN aussi m’a répondu. Ils disposent d’outils contre le plagiat, mais rien ne leur permet de lutter efficacement contre de fausses citations, d’autant plus que cela reviendrait à intervenir dans la vie éditoriale des revues qu’ils hébergent, ce qui n’est pas leur rôle. Conclusion : du faux, on en verra encore. Surtout dans des revues aussi peu réactives que Servir et Humanisme.
Après ces échanges, j’ai remarqué le point commun entre ces trois articles : leurs auteurs jouissent d’une grande confiance de la part des coordinateurs des numéros, les articles ne portent pas sur Anders ou Huxley, la citation n’est donc pas au cœur du texte et du propos, mais apparaît comme une petite friandise, comme un plus qui intervient en fin d’article. On comprend donc que la relecture passe vite dessus. D’autant plus que ce sont deux auteurs plus célèbres que connus, donc on voit passer le nom, on a le sentiment d’apprendre quelque-chose en plus de ce qu’on est venu chercher, et comme c’est pas un truc central, on ne se rend même pas compte qu’on a lu une ânerie.
Quelles qu’en soient les raisons, ce loot a ouvert un vaste horizon de trouvailles. La quantité de textes imprimés qui me sont apparus est incroyable. Il m’a suffit de taper « pour étouffer par avance toute révolte » avec une recherche format pour les documents en pdf. Et waw. Juste : waw. J’ai connu de beaux fou-rires, un brin désespérés les fou-rires, et des heures recherches repassionnées. J’ai découvert des textes de toute nature, de toute période et de toute orientation politique. J’en ai contacté plusieurs, je n’ai que peu de réponses. Et celles que j’ai eues font froid dans le dos.
THE UNCANNY VALLEY
Il m’est impossible de me souvenir de l’ordre dans lequel j’ai découvert ces textes. Ils sont tous arrivés en cascade. Comme quand on découvre l’avalanche dans Coolboarders 3. Je vais les évoquer dans l’ordre où ils m’apparaissent dans mes notes et mes souvenirs.
D’abord, des textes religieux. Je trouve trace d’un « Courrier de Tychique » tenu jusqu’en mars 2016 par Max Barret, un catholique membre du mouvement schismatique et traditionaliste (adeptes de la messe en latin et organisateurs de pélerinages à Lourdes) condamné pour abus sexuels, La fraternité sacerdotale Saint Pie X. Dans le numéro 491 de son Courrier, il attribue la fameuse citation à Huxley. Le Blogdelamésange en livre un commentaire délicieuxd’ignorance, avec lien vers le blog d’un Soralien qui affiche sans complexe son complotisme et son antisémitisme. La joie.
Autre texte religieux, que j’ai trouvé celui-là, une plaquette distribuée par laParoisse des Saints évêques de Nantes, le bulletin du 30janvier au 13 février 2022. Le texte y est attribué à Anders, mais l’auteur se fend d’une mention de Huxley en ouverture. Cette plaquette est éditée à 1500 exemplaires. L’auteur m’a affirmé tenir la citation d’un « ami libelliste » en qui il avait toute confiance, et qu’il a repris le texte dans le but de « réveiller » les gens. A coups de textes mensongers, vieille tradition catholique …
Beaucoup plus drôle, des hommes et femmes politiques ont utilisé la fausse citation comme déclaration d’intention dans des magazines municipaux. Oui oui oui ! Dans le Tremblay-Magazine de juillet-Aout 2014 (ressource supprimée du site), L’udi (centre droit), réunie derrière Emmanuel Naud, utilise la citation page 22 dans sa presque totalité et l’attribue à Huxley (1932). En janvier 2023, dans le magazine municipal de la ville deCarqueiranne, page 34, Nicole Reynaud, artiste locale et « conseillère indépendante de l’opposition » (elle a quitté la majorité municipale courant 2022), utilise aussi la citation dans l’idée de défendre la culture. Elle l’attribue à Günther Anders. La culture n’en demandait pas tant. Enfin, fin 2020, Claude Conrod et Jocelyne Kervella-Lainé du groupe minoritairede la mairie de Plozévet croient citer Aldous Huxley en reprenant la citation bien connue : « pour étouffer par avance toute révolte ». Bah c’est perdu.



Autre grand défenseur de la culture, Jacques Remacle, administrateur-délégué de Artset Publics, association belge de médiation culturelle, peut se prévaloir de « 35 ans d’expérience professionnelle dans le domaine de la Culture » et d’être un « créateur d’entreprises sociales et commentateur des politiques culturelles » comme il l’affirme sur son profile Linkedin. Cela ne lui permet pourtant pas de citer correctement Aldous Huxley lorsqu’il prétend « améliorer un esprit critique et une ouverture à d’autres univers ». Contacté, jamais eu de réponse.

Peut-être le meilleur des musées mais pas la meilleure des coms … Culture toujours, le texte apparaît dans les dépliants distribués par Demain legrand soir, émission de radio (en 2018, attribué à Anders), par LeLiseron, petit magazine de promotion de la lecture, proche de Philippe Meirieu (attribué justement à Carfantan, mais dont le titre n’en reste pas moins L’obsolescence de l’homme, allez comprendre, en 2023), par les éditions C3, maison d’éditionhaïtienne, dans une plaquette de 2021 (attribué à Anders) et dans le magazine de liaison des amis de la morale laïquede Molenbeek, dans le numéro de septembre-octobre2020 (attribué à Anders, p21).
En novembre 2022, Dans ladépêche de l’Aube, l’hebdomadaire de la fédération de l’Aubedu PCF, Rémi partage un texte bien connu qu’il attribue àAnders : « pour étouffer par avance tout révolte ». Ce qu’on peut excuser, à la rigueur, d’un dépliant hebdomadaire quasi artisanal, on l’excuse moins de la part d’une revue qui, tout en s’appelant Dogma, prétend être une revue de philosophie. En réalité un torchon complotiste, covidosceptique, climatosceptique et j’en passe. Ce festival du pire prétend compter Pierre-André Taguieff dans son comité de rédaction, faudra m’expliquer. On trouve dans le numéro 25 en tout cas des articles de Louis Chagnon, directeur d’une association « nationale catholique » et ancien candidat du Parti de la France, créé par des dissidents du FN, de Pierre Lurçat, fondateur de la Ligue de défense juive, qui s’est alliée à Génération identitaire et a servi de service d’ordre au RN, qui est réputée pour ses actions violentes et ses partis pris extrémistes (pour en apprendre plus). Pierre Lurçat est aussi connu pour avoir écrit dans Causeur et Valeurs Actuelles ; un joyeux luron. Article aussi de Nicole Delépine, oncologue covidosceptique. C’est cette dernière d’ailleurs qui, dans un article intitulé très pompeusement :
LE TOTALITARISME EN MARCHE CHEZ L’ENFANT JUSQU’À L’ÉDUCATION SEXUELLE ET LA THÉORIE DU GENRE
croit citer Anders (p134)
et ne fait qu’étaler son ignorance crasse. Pour elle, le livre de
Anders montre que « l’obsolescence de l’homme est
programmée » (on a vu que pour Anders, cela est absurde) et
que le covid est la réalisation de ce programme, qui, rappelons-le,
n’est pas de la main de Anders. Tout faux, donc.
Elle ose en
plus écrire :
Les évènement des années Covid19 illustrent parfaitement l’application de ces principes, avec la diffamation sur tous les médias des plus grands scientifiques, comme le professeur Raoult, le prix Nobel Luc Montagnier ou A Henrion Caude entre autres, les traitant de complotistes, fous, etc…
Je ne m’en lasse pas. Moins drôle : y a de vrais journaux qui colportent cette fausse citation. C’est une habitude chez certains réacs de coller cetexte en commentaire d’articles de presse, dès qu’il est question de mariage pour tous et autres sujets qui déplaisent à l’extrême-droite. Mais des journaux n’hésitent pas à faire apparaître ce texte dans leurs colonnes. J’ai déjà évoqué l’article d’El Watan repris par Médiapart, je peux aussi citer l’édito du 17 janvier 2024 de Bernard Valetes dans les pages de L’écho de l’ouest : Le pire des dangers. Il y écrit, avant de dérouler l’éternelle fausse citation : « Avec une prescience assez extraordinaire, le journaliste et philosophe germano-autrichien Günther Anders décrivait en 1956, dans son monumental ouvrage L’obsolescence de l’homme, ce qu’il imaginait du destin de l’humanité dans les décennies qui suivraient. » Et là encore on voit tout de suite qu’il n’a pas lu Anders, mais a juste repris le texte sur internet sans chercher à en savoir plus. L’ignorance, il est là le pire des dangers ! Cet édito cependant donne bien la mesure de sa production éditoriale. Tout ce que j’ai lu de lui ne mérite ni d’être lu, ni d’être imprimé. J’ai contacté le journal. Pas de réponse.
Les magazines, je vous avoue que ça m’a surpris. Mais je n’aurai pas dû l’être. Sur la page Wikiquote de Anders, on trouve entre autre cet extrait :
« On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme anesthésiant social, il n’y a rien de mieux. En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté; de sorte que l’euphorie de la publicité, de la consommation deviennent le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. »
Or, sur les Wiki, il faut généralement des sources secondaires. Ce bout de citation, comme d’autres, est appuyé par une source secondaire, Chosir la vie, nº 35, mars-avril 2022, p. 19. Ils ont dû mettre le texte en entier dans ce magazine, que je n’ai pas réussi à trouver. Quand je l’avais cherché, je m’étais juste dit que c’était des cathos d’extrême-droite, tendance manif pour tous. J’avais pas vu le plus évident : à savoir que la fausse citation était dans une saleté de magazine. Ça, je l’ai constaté bien après l’avoir su. Et c’est comme ça souvent avec ce qu’on a du mal à accepter. On le voit. Et quand on est enfin prêt, on comprend. Et on mesure le truc.
Mais y a pire. Il y a toujours pire. Cette fichue fausse citation court aussi dans les couloirs des écoles. Ouais, des écoles. C’est là qu’on mesure bien l’étendue du truc.
En 2014 et 2015, cette citation, attribuée à Aldous Huxley, apparaît dans un ensemble de textes publiés par la commission scolaire de Montréal, dans la rubrique « phrases, textes et images à méditer ». La personne qui coordonnait ces documents, Carole Marcoux étant déjà à la retraite quand j’ai contacté la commission, il m’a été impossible d’avoir plus d’information sur la nature exacte de ces « petites annonces de grande importance sur le thème de la solidarité et de l’écocitoyenneté » et je me gratte encore la tête à essayer de comprendre le lien entre ce texte de Carfantan et la solidarité.

Je retrouve la citation dans des listes de textes données par des professeurs de lettres ou de philosophie, parfois correctement attribuée, mais pas toujours. Je la trouve dans un devoir de Collège en 2019, qui force les élèves à déterminer en quoi Huxley est révolutionnaire, alors que le texte qu’ils ont sous les yeux n’est pas de lui. Je le trouve au Collège privé catholique Saint-Jean Hulst donné à lire à des élèves de 3° dans un concours delecture co-organisé par l’association soroptimist. Y a de quoi être trop pessimiste. Surtout quand on lit ce que certains collègues osent écrire publiquement. Dans une note de blog sur le site webpedagogique, site sur lequel des profs se réunissent pour dire des trucs, Sonia Staffa rédige une note de blog sur lestextes attribués à des auteurs qui ne les ont pas écrits. C’est louable. Elle écrit à propos d’un texte bien connu :
« Egalement, l’analyse qu’un critique,Günther Anders, a rédigée sur Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley, présentée comme étant un extrait même de l’oeuvre! Etonnant non?
Voici le début de l’extrait qui est l’objet d’erreurs répétées, copiées, aveuglément, servilement:
« Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes. L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées. [… »]
Evidemment, comme il faudrait (je l’ai fait) avoir lu tout le roman pour vérifier l’information, peu de gens le savent…
Sources: ma lecture du roman, tout simplement. »
Euuuh. Étonnant, ouais, étonnant. Au moins, on ne peut pas lui reprocher de répéter, copier, aveuglément, servilement. Juste de manquer gravement de méthode.
Mais y a mieux. Pire. Je ne sais plus. Plus fort en tout cas. La directrice du Lycéeprivé catholique les Maristes à Toulouse utilise cette citation,attribuée à Anders, en ouverture de son discours de remise dediplôme à ses bacheliers de 2022. Une fausse citation pour leur « maintenir leur cerveau en marche ». Faut pas confondre avoir le cerveau qui marche et penser comme un pied … Comme un pied malhonnête qui plus est : je les ai prévenus de la bévue, pas de réponse, pas d’action.
Mais il y a pire. Toujours. Il y a les deux derniers clous qui achèvent de sceller le cercueil où pourrit ce qui me restait de foi en l’humanité. D’unepart l’interview de Jean-Pierre Andrevon à France 3 région. Le 27 Avril 2020, le célèbre auteur de SF est interviewé pour la sortie de son Anthologie des dystopies. Il y cite un texte bien trop connu, qu’il attribue à tort à Aldous Huxley, qu’il situe, à tort, dans Le meilleur des mondes. Et là c’est l’incompréhension. D’autant plus quand je vois qu’il refuse de commenter cela d’aucune manière quand je le contacte par mail. Rendez-vous compte : le mec sort une Anthologie des dystopies, il place, dans un texte fondateur du genre et qu’il ne peut qu’avoir lu, sur lequel il ne peut pas faire l’impasse dans son livre, un texte qui ne s’y trouve pas et ne peut en aucun cas s’y trouver. Faute professionnelle. Vous êtes d’accord, faute professionnelle ? Cela soulève des questions, graves, sur sa méthode de travail et la connaissance des textes dont il parle. Je veux dire : soit c’est une truffe et ok on n’en parle plus, parce que clairement le mec il est pas basé, soit il sait ce qu’il fait : là, soit c’est parce qu’il s’est fait toxoplasmé par ce mème, auquel cas faut l’aider, soit parce qu’il le fait par choix idéologique. Auquel cas euuuuuuh. Je sais pas, mais auquel cas, quoi. J’ai contacté à ce sujet le journaliste qui a fait l’interview, j’attend d’en apprendre plus.
Enfin, le pire : La fausse citation apparaît, attribuée à Günther Anders, dans un éditorial de Denis Fucking Robert pour Blast. Le mec de Clearstream, du combat pour la vérité. Le mec qui m’a fait comprendre qui étaient Philippe Val et Richard Malka. Denis Robert quoi ! Cet éditorial pourtant je l’avais vu. Écouté plutôt. Sur internet, même quand on écrit, on fait toujours au moins deux choses en même temps. J’avais pas tilté, j’avais pas été choqué. Pourtant, en y faisant attention, j’aurai remarqué direct. Encore aurait-il fallu que je fasse attention. Mais là le pire, c’est pas tellement cette erreur, ou cette faute, dans la mesure où Denis Robert est journaliste.

Ce sont les réactions sous la vidéo youtube. 218 000 vues. 21 000 likes. 1508 commentaires. Dont un, de Anneroux3085 :
« Extraordinaire citation de Günther Anders. Je vais la faire lire à mes 140 élèves et la placarder en salle des profs;) ».
Putain par pitié Anneroux3085, ne fais pas ça.




