vendredi 24 juillet 2026

Demain les chiens (DTRH14)

(13 février 2025) Depuis deux mois que je me promets de ne plus revenir là-dessus, rien n’y fait. Chaque fois j’y reviens. J’y reviens avec l’envie d’en finir. Je ne me suis pas fané tout le youtube espagnol à la recherche de la vidéo virale qui a promu jusque sur TikTok le faux Anders. Je pensais le faire. Mais flemme. Je laisse ça à d’autres. J’ai fait ma part. Faut que je passe à autre chose. Et je passerai bientôt à autre chose. Et ça sera putain de glorieux. (EDIT : je ne suis toujours pas passé à autre chose...)

Mais pour le moment la purge : faut que je me justifie, que j’éclaircisse un point ou deux. Alors voilà : une note chiante. C’est pas la première je crois, c’est la dernière j’espère.

Contexte

Loris Guémart, journaliste à Arrêt sur Image, avait évoqué mes recherches le 26 novembre 2024 dans son émission Twitch, Proxy. Je l’avais contacté après avoir réussi à convaincre Joseph, de TrucsdePhilo, c’est lui qui m’a conseillé de le faire. Alors je l’ai fait. Il a accepté d’en parler parce que cela concerne le journalisme, la qualité du travail journalistique et l’éthique du journalisme. En effet, plusieurs journalistes, mais aussi des hommes politiques, se sont retrouvés à user de cette fausse citation et, mis en face de leur erreur, refusent de la corriger. C’est moche. Je le rappelle : Denis Robert dans un édito : prévenu, pas de correction. Bernard Valetes dans L’écho de l’ouest ; rédaction prévenue, pas de correction, pas de réponse, rien. Servir, la revue des anciens de l’ENA : prévenue,auteurs prévenus, pas de réponse, pas d’erratum, rien. Humanisme,la revue du grand orient de france : prévenue, pas de réponse,pas d’erratum, rien. J’ai contacté à l’époque une revue de sociologie, direct ils m’ont répondu. J’ai contacté récemment les Presses Universitaire du Septentrion, direct j’ai eu une réponse. Les mecs ils sont content quand on leur dit qu’une erreur est passée, qu’on les corrige, qu’on les alerte. Mais y en a plein ils sont pas contents. Ou pire ils s’en foutent. Tellement que d’autres citations fausses sont régulièrement utilisées par des journalistes et des chercheurs sans égard pour la vérité : ils ne vérifient pas et, quand ils se trompent, ne se corrigent pas. C’est peut-être un problème de merde, tout juste bon à satisfaire un lecteur maniaque comme moi, mais ça reste un problème et il faut le mettre en lumière. Et le corriger si possible.

Et puis merde. C’est pas un petit problème. Je rappelle que le faux Anders est écrit par un mec qui cite Hitler, pense à partir de Guénon et de Julius Evola et a écrit trois saloperie de bouquins complotistes sur le covid. Le mec croit aux anges descendus de la constellation des Pléiades. En tout cas il trouve le principe pertinent. N’en déplaise aux gens, mais c’est lui qui se retrouve cité dans les pages de Blast, de Mediapart, qui se retrouve cité par des hommes politiques, par des profs, dans leurs cours, par des mecs dans toute l’europe etce dans toutes les langues. Un mec qu’il ne viendrait à l’esprit de personne de prendre au sérieux. Alors, ouais, c’est massif comme problème. Aussi massif que la bibliographie que je pourrai établir juste sur la base des quelques fausses citations que j’ai étudiées. Ma seule erreur avec Loris, c’est de n’avoir communiqué que sur le faux Anders et pas sur le problème plus global des fausses citations. J’avais encore la tête en plein dedans, j’ai pas vu que, pour Arrêt sur image, il fallait élargir et insister sur l’aspect global de tout ce bordel. Moi à ce moment-là cet aspect global je ne le voyais pas vraiment, je n’ai pu le voir qu’après mes échanges avec Joseph, avec Loris, mes premières notes sur Mediapart. Une fois donc que le plus urgent à mes yeux ne fût connu et partagé. Du coup, mal pensé mal passé. Et je le comprend. C’est pourquoi je me retrouve à faire de la retape pour ma propre enquête, qui parle pourtant d’elle-même.

Et ça me gonfle au plus haut point.

Bon, je vais pas mentir, c’est mal passé surtout parce que les gens ont lu la version courte, la version Mediapart, et pas la version longue, qui fait nettement plus saigner des yeux. Là encore, j’aurai pu développer plus, je le reconnais. Alors je vais prendre deux commentaires, et répondre. Trois en fait.


Courrier du cœur avec les poings

Une réponse qui a du chien

On commence avec une lettre de JD. JD qui nous dit :

« Je suis atterré par votre article.
Je suis atterré par ton commentaire, JD.
« Que la citation vienne de Carfantan ayant fait son résumé (prosopopée) du Meilleur des Mondes, soit. D’autres internautes l’avaient déjà remarqué. Votre article aurait dû s’arrêter ici.
Je sais que ça s’adresse pas à moi mais je vais faire comme si. Pour les autres aussi.
Je fais plus, JD, ce serait sympa de le remarquer. Qui s’est posé la question de qui est Carfantan ? Personne avant moi. De ce qu’il pense ? De ce qu’il a écrit ? D’où il l’a écrit ? Personne avant moi. Qui a montré l’origine de l’erreur et l’étendue du désastre ? Personne avant moi. Je suis le premier à montrer à quel point l’enfumage est massif, à dire qui est Carfantan, et le portrait que je dresse de lui devrait te faire dresser les cheveux sur la tête. Parce que c’est le cauch’.
« Mais valider qu’il y ait une ressemblance avec Les Protocoles des Sages de Sion est une divagation. Ou alors tout y ressemble.
Carfantan est un complotiste qui reprend toutes les fake-news covidosceptiques, dont certaines à teneur antisémites, et je l’ai vu citer Hitler en effaçant l’antisémitisme d’Hitler du texte qu’il reprenait. C’est ça qui a fait que j’ai flairé un lièvre. Y a rien de plus suspect que sa citation d’Hitler dans L’étrange affaire Corona. Alors s’il arrive à javeliser l’antisémitisme dans les phrases d’Hitler, quel autre texte a-t-il javelisé ? Sa prosopopée est complotiste, Carfantan lui-même le reconnaît. Est-elle antisémite ? L’a-t-il javellisée ? Pour le prouver, il me faut du luminol. je l’ai trouvé chez Platon. Mais comme Platon c’est chiant pour une démonstration, je vais te parler chiens, JD. Je vais te parler concours canin. Parce que vois-tu, les juges des concours canins sont sans doute les derniers vrais platoniciens.
T’es juge dans un concours, imagine, t’as 10 chihuahuas sous les yeux, chacun prétend être le plus représentatif de sa race. Toi t’es là t’es comme un con, sur quel critère tu te bases, à qui tu donnes la médaille, comment tu te justifies ? Celui qui te plaît le plus ? Oui, mais si t’aimes pas les chihuahuas, comme c’est mon cas—t’es d’accord avec moi que c’est moche ces horreurs ?—, tu vas prendre le moins chihuahua de tous. Et le pire c’est que tu ne peux même pas y aller par élimination comme dans un QCM : vu qu’ils sont tous de race ! De la race de Caïn qui dans la fange vit et meurt misérablement, la truffe à hauteur de merde mais enfin, de race malgré tout, alors comment faire ?
Bah comme faisait Platon. Lumineux. On va pas se fier aux chihuahuas tels qu’ils sont et les comparer entre eux, on n’arriverait à rien. Ils sont tous aussi tartes les uns que les autres. On va faire mieux : on va faire descendre du ciel des idées l’idée unique du chihuahua, le Chiwawaouh pur et parfait. Tellement parfait que, peut-être, aucun chihuahua réel n’a jamais totalement correspondu à cette description idéale. Mais ça c’est pas grave, parce que ce qu’on cherche à avoir par cette idée, c’est un terme fixe à partir duquel juger de manière impartiale. En comparant, non plus les chiens entre eux, mais chaque chihuahua à l’idée de chihuahua, on comparera la proximité de chacun à l’idéal. Le plus proche décroche la timbale. Ce que faisait Platon dans ses dialogues. Cette idée prend ici la forme d’un ensemble de mensurations et de caractéristiques physiques : https://www.ccce.org/races/chihuahua/standard.html
Tous vont être confrontés à ce standard, qui permet de les départager. J’ai fait pareil. Je disais que ce texte de Carfantan avait des relents d’antisémitisme, on m’a dit que non ; j’ai dit qu’il ressemblait à rien, on m’a dit que le pastiche était parfait ; alors j’ai cherché le standard des textes antisémites, le texte antisémite de base, sur lequel se sont moulés tous les textes antisémites historiques, et j’ai trouvé les Protocoles. Paye ton idéal … J’ai comparé ce texte qui pue la merde à cet autre texte qui pue la haine. Et la correspondance est parfaite. Je n’y croyais pas moi-même ! J’ai fait ça à 3h du mat et n’en ai pas dormi de la nuit. Le parallèle une fois fait était trop troublant pour être ignoré.
« D’abord Les Protocoles des Sages de Sion est un plagiat de Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Protocoles_des_Sages_de_Sion
https://fr.wikipedia.org/wiki/Dialogue_aux_enfers_entre_Machiavel_et_Montesquieu
Donc l’idée de tromper, d’endormir le peuple est antérieure aux Protocoles. Je suis sûr qu’un historien pourrait nous dire que cette idée était banale pour l’époque.

Ça je le sais bien mon gland. Mais t’oublies l’essentiel. Dans le Dialogue, je sais qui agit, je sais comment, je sais pourquoi et quand. Napoléon III a réussi contre toute attente son coup-d’état. Il est au cœur du pouvoir, il a l’armée avec lui, il n’a que quelques jours pour agir. Il doit prendre des décrets et envoyer l’armée et la police pour agir vite, imposer une constitution pour asseoir sa domination. L’essentiel est d’aller vite afin de prendre de court ses opposants et ne pas être renversé ni efficacement combattu sur telle ou telle décision. Plus tard serait trop tard. Toutes les décisions ont pour but de réduire à rien l’opposition, de plaire au peuple pour qu’il soit de son côté, de cadenasser le pouvoir. Totalement pas la même chose dans les Protocoles. Dans les protocoles. Ce sont les juifs. Ils n’agissent pas dans la précipitation et avec force, mais avec des méthodes sournoises et depuis toujours. Et pourquoi font-ils ça ? Pas pour conserver un pouvoir arraché de force, mais … mais pour quoi au fait ? Pour dominer le monde ? Pour l’argent ? Parce qu’ils sont méchants ? Et comment ? Le plagiat est une réécriture qui change la nature du texte et de ce qui est dénoncé. Il ne répète pas : il transforme. Et pour cause : le but n’était pas de dénoncer un coup-d’état, mais d’empêcher le tsar d’écouter les réformateurs. Les Protocoles servent à lui faire croire que, derrière les révoltes populaires, qu’il pourrait à juste titre croire légitimes, les juifs sont à la manœuvre pour renverser l’empire. Et qu’il faut donc rester sur une ligne forte, et la renforcer : mater les révoltes et tuer les juifs.
Maintenant JD attention, la grande question : dans la prosopopée, qui agit ? Comment ? Sous quelle temporalité ? Pour quelles raisons ? Éclaire-moi là-dessus si tu veux bien.
« Ensuite, il est étonnant de trouver une ressemblance entre le résumé de Carfantan et  Les Protocoles : l’antisémitisme est absente du résumé.
Je t’assure, il est absent aussi du résumé des Protocoles. C’est son usage, ses effets et sa critique qui font dire qu’ils sont antisémites. Tu devrais regarder qui relaie ce texte (qui n’est pas un résumé du Meilleur des mondes ôte-toi ça de la tête) à l’internationale. Mais passons. Je suis d’accord, c’est étonnant comme rapprochement. Mais 1) depuis quand c’est un argument 2) c’est étonnant, mais plus important : est-ce que le rapprochement est convaincant ? Oublie Huxley : lis les passages que je rapproche : est-ce qu’ils disent la même chose ?
« D’ailleurs le cheminement du blogueur à atterrir sur Les Protocoles est aussi absente : il passe de ce n’est pas une citation du Meilleur des Mondes ni de L’obsolescence de L’Homme à je vais montrer la proximité avec Les Protocoles !
https://blogs.mediapart.fr/pleaseunquote/blog/101024/derriere-la-fausse-citation-andershuxley-les-protocoles-des-sages-de-sion
Aussi un commentateur fait remarquer au blogueur que ce résumé est dans l’esprit du Meilleur des Mondes :
https://blogs.mediapart.fr/pleaseunquote/blog/110924/pour-etouffer-par-avance-toute-revolte-huxley-na-jamais-dit/commentaires
Et le blogueur acquiesce. Donc ce résumé ressemble aux Meilleur des Mondes qui ressemble aux Protocoles !!!

Tu veux les détails ? lis ce blog. Mais OK, pour toi : reprenons. J’acquièsce, oui, mais avec réserve et je note à la fin de ma réponse qu’il y a une distance entre les deux textes. J’ai déjà dit la distance entre la prosopopée et Anders (EDIT : enfin, je crois, il me semble). Huxley maintenant. Première chose à dire c’est que c’est pas un auteur de SF. Lis ses premiers romans. C’est un moraliste. De la pire espèce : il descend les autres pour se rehausser. Il dresse dans ses romans un portrait à charge de la upper-class, qui a accès à la culture mais ne se laisse pas pénétrer par elle, qui agite des idéaux tant que cela donne un style, mais qui s’en détourne dès qu’il s’agit de s’installer. Lui, il est systématiquement du côté de la culture qui transperce, de l’idéal qui guide la vie. Il se peint en artiste maudit et sans concession. Il aurait connu internet, ce serait un Edgelord et il serait cringe-worthy. Il aurait un blog coloré dans lequel il se donnerait le bon rôle en montrant à quel point ceux qui font profession de culture sont des gros nazes. Wait what ?? Sauf que le Meilleur des mondes a été écrit avant internet, du coup il raconte l’histoire de l’upper-class qui renie ses rêves pour s’installer, sauf trois Edgelords, dont l’avatar de l’auteur et un va-nu-pied qui n’est là que pour servir de vengeance au premier. C’est Chrome Yellow dans le futur. Et même dans le futur c’est pas ouf.
« Le blogueur morcelle le résumé pour trouver des échos dans Les Protocoles : « Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. » Mais cette phrase trouverait une ressemblance dans des dizaines, centaines, peut-être des milliers d’ouvrages. Idem pour la suivante : « Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. » Etc.
Je pourrais trouver des ressemblances dans Les Protocoles avec des livres de Chomsky, Lordon, Marx… bref toute la littérature anti-système. 
C’est le principe du cherry picking !
Mais dans leur ensemble, ces livres sont complètements différents du Protocoles.

Je le morcelle, oui, comme je morcelle ta réaction, mais je le prend en entier. Je prend TOUT le texte. Montre moi un texte ENTIER de Lordon ou de Chomsky dont chaque proposition trouve un équivalent dans les Protocoles. Je te jure que si tu m’en trouves un pour lequel le parallèle est aussi convaincant que celui que je fais, je révise tout de suite mon jugement. Attention : pas une idée ou deux mais TOUTES. Et je vais même te dire : j’en serai soulagé. Ouais : soulagé. Parce qu’en l’état, j’estime que le destin de ce texte est inquiétant, mais si tu me démontre que c’est rien, que j’ai juste eu peur de mon ombre, mec je te paye une bière, je te tape dans le dos et je rigole de tout ça.
« Et la cherry sur le cake est l’argument de la vidéo : un facho trouve aussi que ce résumé ressemble aux Protocoles ! C’est donc officiel !
Ce blogueur n’a toujours pas compris que l’extrême droite recycle, détourne toutes les idées dans l’air du temps, même celles de gauche. Je me dois de lui apprendre que le NSDAP n’était pas socialiste.
Mec, y a pas qu’un facho. Y en a plein. Et je te jure que Carfantan, il est pas de gauche. Du coup rien n’indique que ce texte le soit. Je me suis battu une paire de fois sur le net contre des couillons qui disent qu‘Hitler est de gauche et que Pétain a été mis au pouvoir par le front populaire, tu vas pas me la faire.
« Ce blogueur devrait prendre des vacances.
Je suis d’accord. Je te réponds et je passe à autre chose.
« Je trouve juste intéressant la fin de la vidéo, on voit le prêcheur facho répondre à des ouailles intellectuellement perdues.
Lis toute mon enquête, mec, je suis sûr que tu trouveras d’autres choses intéressantes.



Une bibliophilie fantastique

Yanne, de son côté :

« Je ne comprends pas tellement de quoi parle cet article.
Des journalistes qui mettent des citations dans leurs articles sans les vérifier. Et qui se retrouvent à citer un Hurluberlu qui croit que le vaccin contre le covid est un plan secret des élites pédo-satanistes pour dépopulationner la planète. Ce qui est quand-même con t’avouera.
« Mais sachez qu’il existe un livre de Huxley qui s’appelle « Retour au Meilleur des Mondes » qui date de 1958
C’est un essai où l’auteur se demande si le monde de la fin des années 50 se rapproche de la dystopie du « Meilleur des Mondes » Et où il décrit comment la manipulation soft qui a débuté aux USA à partir de ces années-là, a été pensée et intégrée à la communication générale. Il ne parle pas de Juifs, ni de complots.

Ouais, je l’ai lu. Des barres de rire. Il estime que les USA se rapprochent de la société qu’il a décrite parce qu’il a lu dans un journal texan que le taux de divorce était en hausse. C’était la preuve à ses yeux que les américains cherchent le plaisir et non plus à fonder un foyer. Un moraliste je vous dis. De la pire espèce. Celle qui lit les journaux texans. Perso j’y vois la preuve que les américains sont tellement invivables que même leurs femmes s’en rendent compte et fuient vers un destin à la Thelma et Louise. Qui prétendra que j’ai plus tort qu’Huxley ?
« Cette lecture va sans doute vous mettre du plomb dans la tête, au lieu de dire des inepties.
Oh Yoyo, tu suis ou quoi ? Tu te souviens que le texte, qui est l’objet de l’article et de mes recherches, n’est pas de Huxley mais de Carfantan ? On est d’accord là-dessus ? On est d’accord aussi que j’ai jamais traité Huxley d’antisémite ni dit que ses textes l’étaient ? Lis Carfantan sur le Covid, ça te mettra peut-être du plomb dans la tête, au lieu de dire des inepties.
« La grande SF dystopique anglo-saxonne du vingtième siècle a été produite par des intellectuels de gauche d’un très bon niveau. Voir 1984, Jack Barron et l’éternité, les langages de Pao, tout Philip K Dick.
Quelle bande d’ignares !!

Hahahahaha, et tu crois qu’on retrouve quoi dans mes étagères ? Hein Yoyo ? Oh bah c’est bizarre ça : Norman Spinrad ! Georges Orwell (et pas que 1984) ! Dick ! Ah ! Quel ignare je fais !

D’ailleurs, tu veux hurler ? Jean-Pierre Andrevon, notre monument national dela SF, l’année même pendant laquelle il publiait L’anthologiedes dystopies, en plein confinement, a lu le texte de Carfantandevant un journaliste de France3 pour un petit reportage régional,en l’attribuant à Huxley. Quel ignare il fait ! Il a refusé de commenter et j’ai pas eu de réponse du journaliste, parce que les fausses citations sont un problème pour personne. Mais ça pose question non ? Le mec écrit sur Le meilleur des mondesdans son anthologie, lit par ailleurs un texte qu’il dit à tort en être tiré et ne se rend pas compte qu’il débloque. Ça interroge non ? Ça peut être la preuve qu’Andrevon est sénile ou que le pastiche est réussi comme on m’a dit. Moi j’envisage ça comme la preuve d’un immense pouvoir d’enfumage. La citation est tellement attribuée à des auteurs anciens et importants qu’il est difficile de s’arracher à ce premier contexte de lecture pour lire à nouveau frais ce texte. Et voir qu’il est tarte. On voit comme c’est dur : toi-même tu crois que je parle de Huxley ! Le délire !! il suffit de voir tout ce que j’ai dû écrire sur cette citation pour offrir justement un autre contexte de lecture. Afin qu’on la voie sous un autre jour. C’est pourquoi il est important de rendre à leurs véritables auteurs les phrases qu’on se plaît à faire circuler. Parce que vraiment, une phrase trouvée chez Huxley, peut ne pas vouloir dire ce que dit cette même phrase dans un autre contexte, chez Carfantan par exemple. « Le temps est à l’orage », dans la bouche de madame météo, ça veut pas dire la même chose que dans la bouche d’un espion qui doit rencontrer son contact. D’ailleurs, dans sa bouche, cette phrase ne veut rien dire. C’est juste un code, un moyen de se faire reconnaître, qui n’informe en rien du temps à venir, qui n’engage pas à prendre son parapluie, qui n’est là que pour se voir répondre : « mais il fera beau demain ».


« Il fera beau demain » mon derche. Demain temps de chien, oui !
Mais ne parlons pas politique, lisons le troisième commentaire.

Désespoir sans élégance

Carnéade le fataliste commente, non sous l’article, mais sous la vidéo :
« « ne commencez pas à débattre de la validité de cette citation »… j’ai rarement entendu un truc aussi affligeant que ça.
L’identité de qui a écrit que le ciel est bleu (enfin ici un résumé plutôt pertinent du type de société décrite dans le Meilleur des Mondes -si avec quelques anachronismes par rapport à celui ci et un amusant înstant corporatisme de prof de philosophie-, qui peut être raisonnablement décrit comme celui dont nos sociétés néolibérales sont les plus proches) devrait normalement être sans importance, et seule la pertinence du propos (le sien ou surtout celui de ceux qui l’emploient pour juger l’usage qu’ils en font) avoir de l’importance.

Ça, c’est de l’idéalisme. Idéalisme béat même. La même phrase, dite par un menteur et par un mec sincère, aura le même sens pour toi, donc ? Si je te dis que ton commentaire est admirable de pertinence, ce que je dis aura le même sens que je sois sincère ou non ? Si je te mens, t’auras pas l’impression que je me fous un peu de ta gueule ? Pourtant rien dans la phrase ne permet de dire qu’elle est insultante. Ce qui permet de la dire insultante, c’est le fait qu’elle complimente un commentaire dans lequel vraiment il n’y a rien à complimenter. Le sens d’un mensonge ou d’une ironie ne réside pas dans ce qui est dit, mais dans le contexte d’élocution.

Croire que le sens d’un texte dépend uniquement de sa matière et non de son contexte, de production et de réception, c’est de l’idéalisme. Je le montre bien avec la phrase « les méthodes du genre de celle d’Hitler sont dépassées ». Elle est chez Anders, c’est une extrapolation pertinente. Mais en 29 ou en 31, c’est du délire. Aujourd’hui c’est de nouveau faux. Merde quoi, suffit de regarder Trump, Netanyahu et compagnie. Même en Allemagne les nostalgiques du IIIe reich se prennent à rêver d’une victoire électorale avec l’AFD et d’un bon retour aux vieilles méthodes. Un texte, écrit en 2007, propulsé en 2014 (période confusionnisme et manif pour tous), dont chaque proposition fait écho, volontairement ou non, à un passage des Protocoles des Sages de Sion, ça ne devrait pas être regardé comme anodin. Y a eu entre les deux texte un événement qui devrait tout de même un peu nous faire dire que, dans le doute, faudrait quand-même y regarder avant de dire que je délire et que tout va bien avec ce texte.
« Malgré tout un quarteron de bloggeurs et vidéastes qui font mine de découvrir le phénomène des citations mal attribuées sur internet décident de faire une espèce de scandale que ce texte que nimporte qui aurait pu écrire soit repris un peu partout car par malheur son auteur est un allumé notoire plutôt que les célébrités annoncées (ignorant complètement que ça ne l’empèche pas de faire une bonne synthèse de ce que de nombreux gens plus connus ont pu en dire, Huxley le premier).
On découvre pas bonhomme. On informe. Le problème, c’est pas les fausses citations sur internet. Et tu le saurais si t’avais été attentif. Si elles sont sur internet, tôt ou tard elles arrivent dans la presse, dans les livres, dans les articles de revue, dans les devoirs et les cours donnés au collège, au lycée, à la fac, dans les grandes écoles, et s’exportent à l’international. Sérieux, lis l’enquête entière. Arrivé là c’est foutu : elles appartiennent à la culture et elles passent crème. Parce qu’on est tellement habitué à les voir que même un démenti circonstancié est impuissant à corriger le tir. Alors oui mon combat n’est pas héroïque, il est pas dans l’air du temps, il est un peu minable et désespéré. C’est pour ça que je m’y colle. Parce que les postures héroïques me barbent, que je suis pas dans l’air du temps, que je suis un peu minable et bien désespéré.

Tu veux savoir à quel point je suis désespéré ? Hier en ville, une gentille petite dame s’approche de moi avec des journaux dans la main, elle m’en tend un, je m’apprête à le prendre, je les connais ces journaux minables, un truc genre le moniteur universel, l’organe d’un groupe bien religieux et moraliste–tiens, encore des moralistes, et cette imbécile elle me glisse tout bas, comme une nonne : « pour un monde meilleur ». Je bloque. Je la regarde, interloqué, et j’éclate de rire comme ça faisait longtemps que je n’avais pas ri. « Pour un monde meilleur ! Haha ! parce que vous y croyez encore, vous ? » et j’ai ri encore plus fort, elle a fui loin du scandale, parce qu’on nous regardait et en marchant, c’était plus fort que moi, je riais encore. J’en avais mal aux joues. « Pour un monde meilleur, que je me suis dit, y en a qui manquent vraiment pas d’humour ». Voilà à quel point je suis désespéré, au point de rire à l’idée que le monde puisse être meilleur. Mais si je suis désespéré, qu’est-ce que tu veux que ça me fasse ? il n’en faut pas moins documenter l’étendue du problème pour que toi, et d’autres, face à la masse des documents relevés, vous finissiez par vous dire : bon, c’est vrai que ça fait beaucoup là, et que ce serait bien de faire quelque-chose. Parce que relayer des trucs faux, bah, même si tout le monde le fait, quel que soit l’angle sous lequel on regarde, ça revient toujours à dire des conneries. Et dire des conneries ça craint.
« Puis deuxième vague, pour plus de sensationnalisme ils vont y trouver 2 phrases et demi vaguement similaires à des extraits des Protocoles des Sages de Sion (ouf Loïc Guémard n’est pas convaincu par l’analyse, tout n’est pas perdu… jusqu’au moment où il succombe au procès par association suivant).
« 2 phrases et demi vaguement similaires » ? T’es sérieux là ? T’as un truc à vendre pour être de mauvaise foi comme ça ? T’es Carnassier le Mercantiliste ? Un truc à cacher comme une vieille Carne Maréchaliste peut-être ? CHAQUE PROPOSITION de la prosopopée, CHAQUE PROPOSITION bordel ! TOUT LE TEXTE, à une exception, est similaire. Et pas vaguement, merde ! Je suis pas statisticien, mais on est loin de la coïncidence là ! Mec, sérieux, pour qui tu me fais passer là ? S’il n’y avait eu que deux phrases et demi je me serai dit balek, je m’assoie dessus. J’ai aucun mal à jeter une hypothèse à la poubelle, ça a été l’essence de mon métier pendant 8 ans. J’ai même aucun mal à dire qu’une hypothèse est foireuse. Quand je dis que la prosopopée agit comme un toxoplasme, honnêtement, j’irai pas défendre ça bec et ongle. Par contre le parallèle avec les Protocoles, tu peux pas évacuer ça comme ça. J’ai dit à quelles conditions je l’abandonnerai, j’attends avec impatience qu’on me donne tort là-dessus.
« Ce qui aboutit à quelque crétin dénonçant comme « fasciste » ce qui est avant tout une dénonciation maintenant plutôt classique de la société du spectacle/consommation (qui pourrait tout aussi bien avoir pour base une citation in extenso du Meilleur des Mondes qui décrit exactement la société produite -dont le truc dénoncé par le vidéaste cité comme signe d’un message réactionnaire, l’importance donnée au sexe-, ou tout bêtement quelque bon vieux panem & circenses – de préférence attribué faussement à Jules César ou Néron). Je passe sur le sophisme assez manifeste de l’argumentation présentée à la minute 2:21.
Ah mais ne mélangeons-pas tout. Ce texte n’est pas une dénonciation, c’est un tour de prestidigitation. Tu y trouves ce que tu y a projeté et tu t’émerveilles de trouver un texte si proche de tes idées. C’est barnum. Dénonce-t-il le capitalisme ? Oui, si tu le lis comme tel, mais c’est toi qui remplit les trous. D’autres le lisent en disant que ce qu’il dénonce, c’est les juifs. Ou les wokes. Ou le nouvel ordre mondial qui vise à éradiquer les pauvres de la planète avec une fausse pandémie (p134 et suivantes). Eux aussi projettent dans le texte. Mais soit ce texte est vraiment trop con est ne veut rien dire, auquel cas tout le monde à tort d’y voir ce qu’il veut y voir, soit l’auteur avait bien un truc en tête en l’écrivant et à ce moment-là, y a une catégorie de lecteur qui a plus raison que les autres. Ce qui aboutit à quelques crétins qui s’imaginent que ce texte est une dénonciation du capitalisme. Ou à d’autres qu’il dénonce les wokes pédo-satanistes du N.O.M. Soit l’un soit l’autre. Maintenant dis-moi mon petit Carny, fais-tu assez confiance à la fibre anticapitaliste de Carfantan pour continuer à dire les yeux fermés que c’est toi qu’as raison ? ou tu prends en compte ne serait-ce qu’un peu les délires de Carfy et t’acceptes la possibilité que tu sois la dupe d’un mec louche ?
« Tout ça servant à l’arrivée de prétexte pour créer d’étranges passerelles entre le propos d’un Denis Robert et celui d’un obscur membre de l’action française, pour la plus grande joie du système.
C’est moi qui l’ai faite cette passerelle ? Tu m’en veux en fait ? J’ai fait tomber ta glace quand t’étais petit et c’est ton origin story ? Donc d’après toi c’est moi qui fait dire à l’autre fasciste que ce texte de merde est de Anders ? C’est moi qui ai mis dans les pattes de Denis Robert cette citation pour qu’il l’utilise dans un édito ? En l’attribuant à Anders ? Tu m’as pris pour le pape c’est ça ? Je suis le pontifex maximus génie du malum ? Je surgis de derrière un écran de fumée blanche, avec ma tête de suppo et mon rire démoniaque, je la mets à l’envers à tout le monde et comme Pie XII, je suis le grand pontonnier qui construit des passerelles entre les gens d’esprit et les fascistes ? Je ne suis qu’un spectateur dans cette histoire, si tu te cherches une némésis, prends-toi en plutôt à leur manque de rigueur …

On a deux faits étranges je suis d’accord. Étranges tous deux à leur manière. J’ai laissé le facho mariner dans son jus, j’ai prévenu Denis Robert. Donc mon pauv’vieux cette passerelle, loin de l’avoir faite : j’ai voulu la détruire. Parce qu’il est évident que Denis a utilisé ce texte pour se débloquer l’écriture, sans rien y voir de mal, sans s’imaginer que le texte pouvait ne pas être de Anders et puer la merde. Parce que ce texte au fond il s’en fout. Ce qui pose problème c’est que, et d’une, C’EST PAS DE ANDERS, et de deux, quand on voit qui fait une putain de conférence sur cette fausse citation, Philippe fucking Ploncard-d’assac, pour dire « regardez, c’est fou nan ? Y a un philosophe juif qui a réécrit premier degré le texte inauthentique qui entretient notre haine des juifs », bah ouais, la moindre des choses, quand on est journaliste, donc attaché aux faits, ou philosophe, donc attaché aux textes et aux idées, c’est de se dire qu’on a peut-être raté un truc important et on y regarde à nouveau histoire d’éviter un contre son camp. Soit en disant un truc faux. Soit en disant un truc délirant et passablement honteux.
« Il y aurait eu des réflexions bien plus intéressantes à faire là dessus, comme le fait que toute dystopie fictionnelle (pour peu qu’étant de qualité elle évoque de vrais travers de la société) ou critique sociale un peu poussée a des éléments communs avec les discours complotistes. 
Les mêmes points seront denoncés par les trois, la seule chose qui différencie finalement les complotistes des sociologues c’est qu’ils préteront à des groupes secrets, conscients et organisés ce que les seconds attribuent à des groupes sociaux obéissant à des mécanismes. Ce qui sépare Marx des protocoles, ce n’est pas que les symptomes qu’ils décrivent soient différents, c’est que Marx parle de bourgeoisie elle même produit d’un système et obéissant à une dynamique ne relevant pas d’un projet consciemment réfléchi, plutôt que de complot juif produit par des méchants par essence et totalement conscients de ce qu’ils font. Quant à ce qui sépare le Meilleur des Mondes des protocoles, c’est évidemment que l’un décrit l’aboutissement d’une pente glissante, quand l’autre ira affirmer qu’on l’a atteint.
Hey, dis-moi, cette prosopopée, elle dénonce qui ? La bourgeoisie ou un groupe occulte et qui n’est jamais nommé ? Dis-moi, qui se cache derrière ce « on », comment il agit ? sur qui ? T’es en mesure de le dire ? Avec certitude ? Et preuve à l’appui ?
« Ce qui rend plutôt absurde de dénoncer un texte car sa description de symptomes est similaire aux descriptions de symptomes d’autres textes (à moins qu’il soit accompagné de l’évocation du groupe tout puissant et conscient qui tirerait les ficelles).
Ah ouais en fait t’as rien compris. Ce texte je m’en fous. On peut le partager. Mais merde : qu’on dise clairement de qui il est. Qu’on ne dise pas qu’il est de Anders. Parce que c’est la pire introduction qui soit à la pensée de Anders et une insulte à son œuvre. Qu’on ne dise pas qu’il est de Huxley parce que c’est faux et qu’on n’invoque ce nom que pour rehausser l’intérêt d’un texte qui autrement n’en aurait aucun. Cette prosopopée, en bon lecteur de Eco (donc en lecteur qui a lu l’Oeuvre Ouverte ET Les Limites de L’interprétation), j’accepte parfaitement qu’on l’interprète différemment et qu’on argumente sur l’interprétation la plus pertinente à en donner (en s’appuyant sur la matière du texte, sur l’auteur, sur l’intertextualité ou à partir du contexte de réception), pour peu qu’on cadre et qu’on pose des arguments solides. On peut confronter, mais va falloir me donner du grain à moudre et pas ces réactions outrées. Parce que ces réactions outrées viennent d’une lecture biaisée du texte, toujours pris comme si c’était du Huxley ou du Anders. Ce que tu fais en me parlant de Huxley en permanence alors qu’il n’a qu’un rapport lointain avec. Je te rappelle : la prosopopée du cynisme politique, c’est pas un résumé du Meilleur des mondes, là-dessus je suis en désaccord avec Joseph. C’est ce que Carfantan imagine être la vérité du cynisme politique. Et même là-dessus ce crétin se plante parce qu’il ne comprend pas ce qu’est le cynisme ! C’est pour arracher ce texte bidon aux grands noms qui l’aimantent que j’ai mis la personnalité de Carfantan en lumière, démontré la proximité du texte avec les protocoles et écrit l’histoire de l’erreur d’attribution. Pour que ce texte puisse être lu à partir de son véritable auteur, sa véritable histoire, sa réelle matière textuelle et avec une autre intertextualité que celle qu’on présuppose toujours sur la base d’une confusion et d’une erreur grossière. Si pour toi ce texte doit être interprété comme une dénonciation du capitalisme, parfait discutons-en, mais sans jamais perdre de vue quel est le texte qui est l’objet de la discussion ni qui en est l’auteur. Et qu’on me montre alors que derrière le « on », il faut entendre les bourgeois et rien d’autre. Si la démonstration est convaincante, parfait, crois-moi je préférerai. Et je l’adopterai. Et je ferai même une grande note à ta gloire pour dire dans quelles largeurs je me suis planté.
« Quant à la question du nombre incroyable de citations mal attribuées qui se trouvent un peu partout… en l’an 41 après internet, est ce que c’est vraiment un sujet qui mérite une attention même distraite ? Peut être comme phénomène social découlant de l’économie de l’attention, à la limite, mais pour aller chercher les vrais auteurs (typiquement des gens n’ayant fait que bien formuler des idées déjà maintes fois émises par d’autres), bonjour le temps à perdre. Enfin comme le disait si bien Paul Valery* : « Je ne saurais que saluer l’humilité des gens qui m’attribuent tant de pensées dont ils n’osent se reconnaître le mérite. » 
(* dans une citation que je viens comme il se doit d’inventer en hommage au nombre incroyable de formules plutôt très vraies mais pas de lui gratuitement offertes à cet auteur dont tout le monde connait le nom mais pas grand monde n’a dù lire)

Et c’est là que toi tu te plantes. C’est justement en 36 après internet (j’ai vérifié) qu’on peut enfin se livrer à cet exercice. Qui n’est pas vain, je t’invite à lire ce que j’ai écrit sur la fausse citation de Pasteur. On découvre que cette fausse citation, « un peu de science éloigne de dieu, beaucoup en rapproche » est une manœuvre réussie d’un journal tour à tour royaliste, pro-Napoléon III, antirépublicain, idôlatre plus que religieux, qui n’était pas à un mensonge près, bref, qui pue la merde, et que plus d’un siècle après on n’arrive toujours pas à s’en décrotter. Luc Ferry a même été jusqu’à se rouler dedans. Ensuite, justement elles sont partout et pas qu’un peu. Ça t’emmerde pas, toi, d’être trompé ? De croire des choses fausses par une habitude collective ? Tu trouves pas que c’est une bonne chose que de se libérer d’une erreur, quelle qu’elle soit ? Mais si ça t’emmerde pas, si tu t’en fous de croire des trucs faux, pourquoi t’es abonné à un site de critique des médias ? N’est-ce pas justement pour identifier le faux, savoir comment il se propage, où il se trouve et comment le combattre ? À moins que ce ne soit que pour te moquer des média « mainstream » qui servent une propagande grossière, donc pour ne combattre que les mensonges auxquels tu ne crois pas ? Mais qu’en est-il des mensonges auxquels tu crois ? Pire : des erreurs que nous partageons tous ?
Les fausses citations sont de telles erreurs. Combien y en a, jusqu’où vont-elles ? Les trouve-t-on dans les discours politiques ? Y en a. Dans les essais, les livres, les romans ? Y en a. Dans les articles de presse ? Y en a. Dans les articles de revue, les colloques, les conférences, les cours, les séminaires dans les grandes écoles ? Y en a. Dans les collèges, les lycées, les facs ? Là aussi y en a. Internet nous donne les moyens de les identifier, de les corriger et, jusqu’à un certain point, de retracer l’histoire du faux. De documenter, donc, les erreurs culturelles collectives. Et avec suffisamment de données, d’expliquer les mécanismes et donc d’agir en amont. Chais pas toi, mais moi je trouve ça chouette et, malgré tout, un poil important quand-même. Du coup : je documente.
« Enfin pour en revenir à la phrase qui m’a fait réagir, que l’on débatte plutôt de la validité des idées que des auteurs auxquelles elles peuvent être plus ou moins abusivement associées, me semblerait plutôt plus constructif que la tendance inverse.
Idéalisme et bis repetita.

Oh, petit effet d’annonce, la prochaine note concernera une vidéo youtube qu’une amie m’a envoyée dans laquelle, sans que cela soit dit, on voit bien que la fausse citation a servi de base. (EDIT : aujourd'hui encore, je n'ai toujours pas écrit cette note) Et c’est le pire, car, vois-tu, Carnéade l’idéaliste, ces idées, elles circulent, elles sont reprises, avant même qu’on ait commencé à débattre de leur validité. Elles ont si bien circulé qu’il n’est plus besoin de se référer à ce texte qui pendant 10 ans les a portées partout. Un peu comme les antisémites aujourd’hui, vu que tout baigne pour eux, n’ont plus besoin de l’être ouvertement pour qu’on comprenne qu’ils le sont et pour que tout le monde comprenne que, derrière leurs petites questions innocentes, leurs memes rigolos ou leurs gestes incontrôlés d’amour, y a rien d’innocent, de tendre ni de drôle, mais que de la haine en contrebande. Et la promesse d’un temps de chien pour les jours à venir.


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