mercredi 22 juillet 2026

Mic Drop (DTRH9)

 (11 juin 2024) Poursuivons sans transition

La prosopopée affirme :

Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle.

Ce qui donne dans les Protocoles :

Chaque classe sociale doit être élevée dans des limites sévères, d’après la destination et le travail qui lui sont propres.

Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter.

Ce qui donne dans les Protocoles :

La lutte pour la supériorité et les spéculations continuelles dans le monde des affaires créera une société démoralisée, égoïste et sans cœur. Cette société deviendra complètement indifférente à la religion et à la politique dont elle aura même le dégoût. La passion de l’or sera son seul guide et elle fera tous ses efforts, pour se procurer cet or qui, seul, peut lui assurer les plaisirs matériels dont elle a fait son véritable culte. Alors les classes inférieures se joindront à nous contre nos compétiteurs — les Gentils privilégiés — sans alléguer aucun but élevé

J’aimerai faire remarquer que cette idée selon laquelle la révolte est impossible sans des aspirations élevées, défendue tant par la prosopopée que par les Protocoles, est une idée, si ce n’est stupide, en tout cas souvent fausse. Beaucoup de révoltes et de révolutions se font, non au nom de grands idéaux, mais sous la pression de la nécessité. Quand il n’y a plus d’autre choix que de se révolter ou de se laisser mourir ou de se laisser tuer, fatalement pour beaucoup le choix se porte sur la révolte. Les mutineries militaires dans la Russie de 1905, illustrées par Le Cuirassé Potemkine en sont un exemple. La révolution russe de 1905 a des causes manifestement « médiocres » :

La crise économique a durement frappé la population entre 1901 et 1903. Dans un contexte de crise mondiale, les faillites industrielles se multiplient, tout comme les famines dans les campagnes à cause des mauvaises récoltes. Entre 1900 et 1904, on compte 670 révoltes paysannes. De plus, les ouvriers, au chômage en ville, n’ont même plus l’espoir de trouver refuge à la campagne, frappée elle aussi par la crise. (Wikipédia)


Les printemps arabes nés à la suite de l’immolation de Mohammed Bouazizi en Tunisie, trouvent aussi à leur origine « des préoccupations médiocres » :

L’immolation de Mohamed Bouazizi n’est pas la première en Tunisie, mais celle de trop. La population est à cran, à commencer par les jeunes qui, même qualifiés, diplômés, ne trouvent pas de travail. Le ras-le-bol devient une contestation qui se propage à travers le pays, jusqu’à atteindre la capitale, le 27 décembre. (source)

Pendant la Révolution Française, la journée du 5 octobre est une émeute de la faim qui a eu des conséquences politiques considérables. Alors pourquoi cette idée dont on trouve facilement des centaines de contre-exemples ? Mais parce que Carfantan est un putain de spiritualiste. Pour lui, l’âme prévaut sur tout le reste et tout ce qui arrive dans le monde de capital n’est que la manifestation de l’âme. La révolution n’est donc pas un changement mondain mais une élévation spirituelle. Ainsi, si une révolution a lieu, elle ne peut pas venir du ventre, mais ne peut qu’être en résonance avec l’âme : la révolution vient transformer la réalité pour l’adapter au nouveau plan de vibration de l’âme. Tous les ésotéristes vous le diront : pour changer le monde il faut d’abord se changer soi intérieurement et profondément et ce n’est qu’à ce moment-là que le monde de lui-même changera ...
Ce qui est le discours le plus conservateur et le moins révolutionnaire, le moins apte à amener un quelconque changement dans le monde. Mais revenons à nos moutons :

Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste.
Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif.
Surtout pas de philosophie.

De nombreux passages des Protocoles concernent l’éducation. L’idée est toujours de cacher une partie du savoir à la majorité, de ne la réserver qu’à une frange de la population triée sur le volet et de faire en sorte à ôter, dans l’éducation, tout ce qui pourrait faire naître le germe d’une insoumission.

Les chefs et les professeurs des universités seront spécialement préparés au moyen de programmes d’action perfectionnés et secrets, dont ils seront instruits et ne pourront s’écarter sans châtiment. Ils seront désignés avec soin et dépendront entièrement du gouvernement. De notre programme, nous exclurons tout l’enseignement de la loi civile, comme celui de tout autre sujet politique. À un petit nombre d’hommes, choisis parmi les initiés pour leurs capacités évidentes, seront dévoilées ces sciences.(…)
Par une éducation systématique, nous nous chargerons de faire disparaître tout ce qui pourrait rester de cette indépendance de la pensée, dont nous nous sommes si largement servis, depuis un certain temps, pour aboutir à nos fins.

Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. (…) Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur.

Ce qui rappelle ce passage des Protocoles :

Pour les empêcher de se découvrir une nouvelle ligne de conduite en politique, nous les distrairons également par toutes sortes de divertissements : jeux, passe-temps, passions, maisons publiques. Nous allons bientôt lancer des annonces dans les journaux, invitant le peuple à prendre part à des concours de tout genre : artistiques, sportifs, etc. Ces nouveaux divertissements distrairont définitivement l’esprit public des questions qui pourraient nous mettre en conflit avec la populace. Comme le peuple perdra graduellement le don de penser par lui-même, il hurlera avec nous, pour cette raison bien simple que nous serons les seuls membres de la société à même d’avancer des idées nouvelles ; ces voies inconnues seront ouvertes à la pensée par des intermédiaires qu’on ne pourra soupçonner être des nôtres.

Détail intéressant : ce que dit la prosopopée ici rejoint point par point la lecture que Carfantan a donné récemment de la crise du Covid. Il estime que la télévision a produit des informations qui visaient par l’émotionnel (la peur) à produire des réactions instinctives (fuir, chercher des coupables) et à tenir les gens par la peur, par une peur qui met dans le rang : d’un côté on a peur de refuser les directives et mesures sanitaires (risque de mort), de l’autre d’être traité de complotiste (risque d’exclusion). Ce prêt-à-penser théorique, que traduit aussi bien la prosopopée de 2007 que le Protocole des sages de Sion, s’est plaqué sans difficulté on le voit sur la situation sanitaire que nous avons traversée récemment. Il a pu donner aux personnes perdues et déroutées une explication d’autant plus rassurante qu’elle est facile à comprendre, et d’autant plus facile à comprendre qu’elle innerve la culture depuis plus d’un siècle.

Poursuivons :

On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux. En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté.

Les Protocoles affirment :

Considérez ces brutes alcoolisées stupéfiées par la boisson, dont la liberté tolère un usage illimité ! Allons-nous nous permettre et permettre à nos semblables de les imiter ? Chez les chrétiens, le peuple est abruti par l’alcool, la jeunesse est détraquée par les classiques et la débauche prématurée à laquelle l’ont incitée nos agents : précepteurs, domestiques, institutrices dans les maisons riches, employés, etc., nos femmes dans les lieux de plaisir ; j’ajoute à ces dernières les soi-disant « femmes du monde », — leurs imitatrices volontaires en matière de luxe et de corruption.

L’idée que le sexe, le plaisir, la débauche, le loisir non studieux soient utilisés à des fins de domination est commune aux deux textes, et partagée par ailleurs dans le Tome 3 de L’étrange affaire corona. La sexualité, ou plutôt la pédocriminalité des élites, y est explorée à partir des sources douteuses qu’on imagine bien et présentée comme un élément de l’idéologie mondialiste :

Mondialisme et hypersexualisation.
La sexualisation des jeunes, des enfants est une propagande mondialiste. (p215)

Ce qui ressemble pas mal au titre d’un certain article de la revue Dogma que nous avons vu passer.
« Idéologie mondialiste » : il est important de le noter, est une expression que l’on retrouve dans la bouche de Jean-Marie le Pen, pour qui elle est imposée aux nations en partie par les juifs, de Marine le Pen, qui la brandit régulièrement comme un épouvantail, qui est une expression plutôt d’extrême-droite. Elle sert de déversoir à tout ce qui déplaît, ici l’égalité de genre, la contraception, la libéralisation des mœurs, etc. et de cadre global pour les accusations de pédocriminalité supposée des élites, qu’on a vu s’exprimer publiquement dans les délires autour de l’adrénochrome et qui rejoignent, comme on le voit ici, de vieilles antiennes antisémites (accusations de messes noires et d’infanticides). Carfantan baigne là-dedans premier degré quand il écrit sur le Covid, en 2007 c’est pas dit, mais de plus en plus en plus la proximité entre la prosopopée et les Protocoles me fait dire qu’il y avait déjà une bonne base. Qui peut-être n’attendait qu’un événement pour que s’étage dessus un monument de haine et de bêtise.

Finissons :

L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutiennent devront ensuite être traités comme tels. On observe cependant, qu’il est très facile de corrompre un individu subversif : il suffit de lui proposer de l’argent et du pouvoir.

Les Protocoles aussi usent de la métaphore du troupeau :

Les Gentils sont comme un troupeau de moutons — nous sommes les loups. Et savez-vous ce que font les moutons lorsque les loups pénètrent dans la bergerie ? Ils ferment les yeux. Nous les amènerons à faire de même, car nous leur promettrons de leur rendre toutes leurs libertés après avoir asservi tous les ennemis du monde et obtenu la soumission de tous les partis. J’ai à peine besoin de vous dire combien de temps ils auront à attendre le retour de leurs libertés.

Dans ce qui leur ferait fermer les yeux, on peut compter la presse et les sciences :

Nous avons abêti et corrompu la génération actuelle des Gentils en lui enseignant des principes et des théories que nous savions entièrement faux, mais que nous lui avons nous-mêmes inculqués. 
La littérature et le journalisme sont les deux puissances d’éducation les plus importantes ; pour cette raison, notre gouvernement achètera le plus grand nombre de périodiques. Nous neutraliserons ainsi la mauvaise influence de la presse indépendante, et nous acquerrons un empire énorme sur l’esprit humain.

Pour ce qui est de la disqualification politique et de la corruption des individus subversifs, on trouve bien des passages qui rejoignent la prosopopée :

Parmi les plus importants de ces moyens de corrompre leurs institutions, il faut compter l’emploi des agents qui sont susceptibles, étant donné leur activité destructive, de contaminer les autres en leur révélant et leur développant leurs tendances corrompues, comme l’abus de pouvoir ou l’achat sans pudeur des consciences.

Pour enlever au crime politique son auréole de bravoure nous placerons ceux qui l’auront commis au rang des autres criminels ; ils iront de pair avec les voleurs, les assassins et autres malfaiteurs du même genre odieux. L’opinion publique ne fera plus alors de différence entre les crimes politiques et les crimes vulgaires et les chargera d’égal opprobre.

Mais on en trouve aussi d’autres qui semblent la contredire : le Protocole reprend l’idée de l’Abbé Barruel, idée selon laquelle la Révolution Française serait une révolution juive et franc-maçonne, idée qui va courir jusqu’à Maurras et ses continuateurs actuels. Donc les Protocoles avancent l’idée que les juifs auraient d’abord promu des idées révolutionnaires, ce désir d’éveil et de remise en cause du système. Mais cela pour déstabiliser les nations et s’en emparer plus facilement. C’est le seul point où la divergence, sans être totale on le voit, est notable.

Verdict ?

Et bien ma foi, je crois qu’on est tous d’accord, non ? La proximité entre le texte de la prosopopée, ce texte qui apparaît sur internet comme une citation de Günther Anders, ressemble en tout point à un texte dont l’antisémitisme ne fait pas de doute. L’antisémitisme de ce texte, de cette fausse citation, de cette prosopopée, ne devrait, de facto, lui non plus, pas faire de doute.

Et si vous doutez encore, considérez cela. Je vous ai parlé de Pascot. Il a tiré la fausse citation de Günther Anders, entre autre, d'un blog, MKPolis, qui lui-même la tirait d’une conférence donnée aux Cercles nationalistes français par Philippe Ploncard d’Assac. « La démocratie pourrit tout, détruit tout, les conséquences ». Ce titre, maurrassien en diable, m’a longtemps retenu de l’écouter pour voir ce qu’il faisait de la citation. J’en avais déjà vu assez. Mais tout de même : un maurrassien, nationaliste, s’il est maurrassien, certainement antisémite, peut-être royaliste encore, antirépublicain en tout cas, opposé fermement à la démocratie, qui cite prétendument un auteur juif, bah ça intrigue. À la longue je me suis décidé à l’écouter cette conférence. J’ai eu raison. Le voir lire le texte, c’est du dernier bouffon. J’ai bien ri. Puis je me suis senti con.

Vous allez pas me croire.

Ploncard d’Assac, aprèsavoir lu ce qu’il croit être le texte d’un philosophe juif (il le précise bien), dit à son auditoire que tout est là.

« Fin de la citation. Cela ne vous rappelle rien ? (une pause). Ceux qui étaient là à ma conférence sur les Protocoles des sages de Sion, vous ne trouvez pas que c’est un remarquable résumé des Protocoles des sages de Sion ? Un faux célèbre bien sûr, vous dira-t-on même dans nos milieux … C’est remarquable comme précision et comme résumé. Pas besoin de se farcir les je-ne-sais pas combien de pages des différentes éditions des Protocoles : tout est là. Tout est là et correspond tellement bien à ce que nous vivons dans nos programmes à l’école, dans ce qui est fait dans la société, que c’est la preuve absolue du complot. »

Ptin, je me serai épargné si j’avais su que pour démontrer ce que je voulais démontrer j’avais juste à balancer un lien youtube


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